L’église Saint-Maurice de Saint-Maurice-de-Gourdans 

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Nous avons étudié cet édifice en juillet 2018 et rédigé la notice suivante sur l’actuel site Internet :

«Cet édifice présente quelques éléments qui nous semblent caractéristiques d’une église du premier millénaire. On voit en effet sur l'image 1 deux absides accolées (c’est la différence avec Saint-André de Bâgé où les absides sont séparées).

L'image 3 montre que des piliers sont adossés aux murs. Il y a là deux possibilités : soit l’église était à trois vaisseaux et les deux collatéraux ont été supprimés, soit il existait une seule nef qui a été voûtée grâce à l’adjonction de la colonnade.

Datation estimée : an 950 avec un écart de 100 ans.»


Nous n’avions pas auparavant visité cet édifice et nous ne disposions que de trois images extraites d’Internet. Grâce à une visite récente de notre collègue, Dominique Robert, nous disposons à présent d’un plus grand nombre de photos et de meilleure qualité, ce qui nous permet de réétudier cette église.

Les photographies de 1 à 21 sont de Dominique Robert : http://www.drobert-photo.com.

Examinons tout d’abord la colonnade de la nef (images 3, 4 et 5). Rappelons ce que nous avions écrit précédemment : «L'image 3 montre que des piliers sont adossés aux murs. Il y a là deux possibilités : soit l’église était à trois vaisseaux et les deux collatéraux ont été supprimés, soit il existait une seule nef qui a été voûtée grâce à l’adjonction de la colonnade». La réponse à cette question peut se révéler importante car nous pensons que les nefs primitives d’édifices de moyenne importance étaient toutes à trois vaisseaux. Sachant que nombre de nefs à trois vaisseaux ont été réduites à un seul vaisseau, le vaisseau principal, serait-ce le cas de celle-ci? Les nouvelles images permettent de répondre à la question.

La colonnade est formée de pilastres rectangulaires et de colonnes cylindriques en alternance. Les colonnes cylindriques nous semblent bien fragiles et donc peu susceptibles d’avoir porté les murs gouttereaux du vaisseau central d’une nef à trois vaisseaux. Par ailleurs, si tel avait été le cas, elles seraient insérées dans la maçonnerie du mur et non détachées de celui-ci. La réponse à la question est donc : la nef primitive était à un seul vaisseau.


Mais cette question en entraîne une autre : cette nef primitive était-elle voûtée? Il est manifeste que la colonnade et la série d’arcades ont servi de support à la voûte. Cette colonnade est-elle d’origine ou postérieure à la première construction, les divers piliers étant accolés aux parois primitives? Nous pensons que c’est la seconde réponse qui convient. En effet, si le voûtement de cette nef avait été prévu dès l’origine, les pilastres et les colonnes auraient été accolés au mur. Surtout, les chapiteaux auraient été sculptés sur trois faces et non quatre. Or, ces chapiteaux, dont nous voyons des exemplaires sur les images 16, 17, 18, semblent effectivement sculptés sur quatre faces et non trois. Il faudrait certes vérifier cela en passant la main sur la face non visible du chapiteau. Mais si c’est bien le cas, nous avons la preuve presque sûre d’un voûtement postérieur. En effet, pour une construction primitive, l’architecte n’aurait certainement pas demandé à ses maçons de sculpter une face non visible. Il est donc tout aussi probable que ces chapiteaux soient de remploi. L’architecte qui a fait construire cette voûte devait disposer d’un nombre de chapiteaux assez restreint, ce qui expliquerait l’alternance d’impostes non sculptées et de chapiteaux sculptés. Cette voûte qui semble romane pourrait donc être beaucoup plus tardive, de même époque que les fresques datables du XVeou XVIesiècle.

Image 16 : Chapiteau représentant un personnage émergeant des feuillages, en attitude d’orant : art roman tardif?

Image 17 : Chapiteau représentant un masque émergeant de feuillages; à comparer avec le précédent : art roman tardif?

Image 18 : Cette fois-ci, c’est une colonne palmée qui émerge des feuillages; à comparer avec les deux chapiteaux précédents : art roman tardif?



Les images 6, 7, 8, 9 nous révèlent l’existence de trois absides semi-circulaires. Cela n’apparaissait pas à l’extérieur, où seules deux absides sont visibles (image 1), l’absidiole Nord étant englobée dans une construction. Nous renouvelons la remarque faite précédemment : les deux absides visibles sont accolées. Cela pourrait être un signe d’ancienneté : dans des chevets plus récents, les absides sont séparées. Nous décelons un autre indice d’ancienneté dans la disposition du transept. Il s’agit d’un transept «bas» : les croisillons du transept sont plus bas que les travées de la nef et du chœur. Cela se voit aux arcs d’entrée de ces parties : celles du chœur et de la nef sont plus hautes que celles des croisillons du transept (image 9). Il est possible que ces croisillons aient été ajoutés à une nef déjà construite pour former le transept actuel.

Les remarques que nous avons faites sur la colonnade de la nef peuvent être répétées à propos de la colonnade supportant le cul-de-four du chœur (image 6). Les chapiteaux de cette colonnade (images 12, 13, 14, 15 et 19) semblent tous avoir été sculptés sur quatre faces.

Image 12 : Deux chapiteaux à feuillages.

Image 13 : Chapiteau représentant un sphinx.

Image 14 : Chapiteau représentant deux sphinx affrontés.

Image 15 : Chapiteau représentant un aigle aux ailes déployées.

Image 19 : Deux chapiteaux représentant des colonnes palmées émergeant de feuillages.

Image 21 : Faute d’information supplémentaire, nous attribuons au XIVesiècle le décor de ces fonts baptismaux.

Dernière observation : nous constatons que le parement du mur de façade Sud n’est pas le même à gauche et à droite. Il est formé à gauche de lits horizontaux de moellons grossièrement taillés et de briques disposés en alternance (image 10). Par contre, à droite, le parement est composé de simples moellons grossiers. L’alternance de moellons et de briques est caractéristique de constructions de l’antiquité tardive. Cependant, rien n’empêche que cette technique ait été utilisée durant une période postérieure.



Datation

Rappelons notre précédente évaluation : «Datation estimée : an 950 avec un écart de 100 ans.»

Les dernières observations obtenues grâce aux images de Dominique Robert remettent en question cette datation. En fait, ces nouvelles informations compliquent la donne. L’hypothèse que nous avions envisagée d’une nef primitive triple est probablement erronée, et ce, bien que nous ne soyons pas certains d’avoir tout examiné.

Mais ces observations font apparaître la forte probabilité d’une construction en plusieurs étapes de travaux. En particulier, le voûtement postérieur de la nef et du chœur, mais aussi, peut-être, la construction des croisillons du transept. D’où la possibilité d’une église antérieure à la période romane. Nous proposons donc la réévaluation suivante.

Datation estimée : an 1050 avec un écart de 150 ans.