L’abbatiale Sainte-Marie de Cruas  

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La page du site Internet Wikipedia nous révèle ceci : « En 804, des moines bénédictins envoyés par l'abbaye d’Aniane fondent sur ordre du comte Eribert de Vivarais, une abbaye à Cruas, sur un site occupé dès l'Antiquité par une villa gallo-romaine, puis par une église paléochrétienne à abside orientée, dès la fin du Ve- début du VI e siècle.

L'abbatiale actuellement en place date des XIe et XIIe siècles. Elle fut consacrée en 1095 par le pape Urbain II
. »

Ce texte confirme certaines de nos convictions maintes fois exprimées : la fondation d’une abbaye ne se fait pas « ex nihilo ». Les moines ont été installés sur un terrain habité auparavant. Ils ont aussi probablement utilisé durant un certain temps une église déjà construite. Bien sûr, cette fondation de 804 a pu être à l’origine d’un renouveau. El il est même possible qu’à la suite de ce renouveau, une autre église ait été construite. Mais on ne peut être certain d’une part que ce renouveau ait eu lieu et d’autre part que la construction de la nouvelle église ait été effectuée très peu de temps après l’arrivée des moines.

La phrase indiquant que le site a été occupé « par une église paléochrétienne à abside orientée, dès la fin du Ve- début du VIesiècle » mériterait une explication. Cette affirmation résulterait-elle des résultats d’une campagne de fouilles ?


Le texte nous dit que l’abbatiale date des XIeet XIIesiècles. C’est ce que nous essaierons de vérifier un peu plus loin dans cette page.

Immédiatement après, nous apprenons que l’église a été consacrée en 1095 par le pape Urbain II. Nous avons à plusieurs reprises affirmé que la consécration d’une église ne correspondait pas obligatoirement à la date d’achèvement des travaux. D’abord, il semblerait que c’est pas un bâtiment qui est consacré, mais un autel de ce bâtiment. Ensuite, on a constaté qu’il pouvait y avoir plusieurs inaugurations successives. Une cérémonie exceptionnelle, la célébration d’un traité de paix, le voyage d’un pape (c’est le cas ici), pouvaient être l’occasion de consacrer (ou re-consacrer) l’autel d’une église en cours de construction, ou construite depuis longtemps.


Le plan de l'image 6 fait apparaître, en noir, une nef estimée du XIIesiècle, et, en grisé, un chevet estimé du XIesiècle.

Les images 1 et 3 font apparaître des arcatures lombardes de deuxième génération. Nous les datons du XIeou XIIesiècle. On remarque cependant que ces arcatures lombardes ne sont pas uniformément réparties (image 1). Il faut toutefois observer que l’existence d’arcatures lombardes sur des bâtiments n’assure pas la datation de ces bâtiments : les arcatures lombardes peuvent être posées sur des murs plus anciens.

Nous avons visité cette église en février 2009. C’est-à-dire à une époque où nous n’avions pas commencé à établir les méthodes d’évaluation. De plus, l’accès à l’intérieur de l’église était limité à la partie supérieure (chevet, transept et partie quadrillée du plan de l'image 6).


En conséquence, il nous est difficile de fournir une estimation de datation. Nous sommes cependant un peu étonnés par ce plan. Les trois absides sont situées dans le prolongement des trois vaisseaux. On aurait tendance à rapprocher ce plan à celui d’églises à nefs à trois vaisseaux prolongés par trois absides, dépourvues de transept. Le transept a pu être ajouté après (mais cet ajout n’apparaît pas sur le plan). Nous estimons que les églises à nefs à trois vaisseaux prolongés par trois absides sont antérieures à l’an mille. Les églises postérieures à l’an 1000 (cette date étant donnée avec une grande marge d‘incertitude) auraient été dotées d’un transept débordant. Les trois absides lorsqu‘elles étaient crées, étaient greffées directement sur le transept. Ce transept étant plus large, les absides pouvaient être écartées et l’abside principale pouvait être élargie. En conséquence, après l’an 1000, les absidioles ne sont plus dans le prolongement des collatéraux. Bien sûr, au fur et à mesure de l’évolution, on assiste au perfectionnement du modèle. Le système des trois absides est modifié ; très grande abside à déambulatoire, abside à déambulatoire et chapelles rayonnantes.


Les images 7, 8 et 9 montrent que la nef est construite sur des arcs doubles. Nous pensons que ce type de nef est postérieur à l’an 900, mais sans preuve réelle.

Le chapiteau de l'image 12 est décoré d’un certain type de feuilles encadrées d’une ligne en forme de cœur. De plus, on repère sur la face supérieure gauche l’image d’une colombe simplement incisée. Ce motif s’apparente à ceux des images 17, 18, 19, 20 et 21. Mais il y a plus, car tous ces motifs font penser à des décors wisigothiques. (archaïsme des contours, absence de tailloirs ou plus exactement faux tailloirs (image 18), rosaces). Ces chapiteaux des images 17 à 21 ne sont pas signalés sur Internet mais il nous semblent importants pour la connaissance de cette église.


Il est possible que la tribune et la crypte datent du XIesiècle comme indiqué sur le plan. Aux alentours de l’an 1000, de telles tribunes ont été bâties afin de séparer en deux les églises : le haut était réservé au culte, le bas à la vénération des reliques.

Ce type de tribune est de conception simple. Il est inutile de faire des travaux importants pour la construire. On peut même utiliser des chapiteaux de remploi. C’est ce qui semble être le cas en ce qui concerne les chapiteaux des images 25 à 30. Ceux des images 25, 26 et 28 s’apparentent à des chapiteaux wisigothiques. Pour les autres, nous sommes moins certains mais ils sont manifestement préromans.

Il est difficile de proposer une datation des mosaïques (images 14, 15 et 16). Nous pensons qu’elles sont bien antérieures au XIesiècle. La datation pourrait peut-être provenir de l'image 15 présentant un homme, un civil, dont le vêtement proche des vêtements romains pourrait fournir une information. Datation envisagée : an 600 avec un écart de 150 ans.

Compte tenu du flou dans lequel nous nous situons, la datation que nous proposons est l’an 1050 avec un écart supérieur à 100 ans.