L'abbaye Saint-Benoît-de-Quinçay à Saint-Benoît
Une courte visite de ce monument a été effectuée par
Anne-Marie et Alain Le Stang en mars 2021, visite dont sont
issues les images de cette page.
La notice mise à la disposition des visiteurs du site nous
apprend ceci : «
Saint Achard et
Saint-Benoît. Mal assurés sont les débuts de
l'abbaye, qui fut établie au cours du haut Moyen-Âge en la
vallée du Miosson. Le fondateur en serait Saint Achard, né
à Poitiers de parents nobles qui confièrent son éducation
à un maître renommé, Ansfroi. […] Moine
à Ension (Saint Jouin-de-Marnes), Achard aurait fondé une
abbaye à Quincay, l'actuel Saint-Benoît, et aurait été
choisi par Saint Philibert pour le remplacer à la tête de
l'abbaye de Jumièges (seconde partie du VIIe
siècle).
L'abbaye de Quincay sera placée sous le patronage d'un
Saint Benoît qui n'est pas l'auteur de la règle monastique
la plus répandue en Occident. Né, semble-t-il, dans le
pays d'Herbauge, en Bas-Poitou, il sera identifié avec
l'évêque de Samarie du temps d'Hilaire (IVe
siècle). […]
Une histoire peu documentée.
L'abbaye a été détruite lors des invasions
normandes du IXe siècle. Les moines se
retirèrent loin à l'intérieur des terres, avec leurs
reliques jusqu'à Tournus, en Bourgogne, comme d'ailleurs
les moines de Noirmoutier avec les reliques de Saint
Philibert.
On retrouve une vie monastique à Quincay au début du XIe
siècle. L'abbé était le seigneur du bourg. […]
Sur les bases d'une église
préromane. Lors de travaux, on a découvert en
1971, sous l'église actuelle, des murs gallo-romains,
vestiges d'une villa sur laquelle l'église fut édifiée.
Il reste deux modestes témoins probables de l'église
primitive : une rosace d'entrelacs à quatre pointes sise
en hauteur du mur Nord externe (image
16),
et un moule à empreinte. Ce moule aurait pu servir pour
des briques estampées comme on en connaît aux VIe-Xe
siècles. »
Donnons quelques commentaires du texte
précédent. Bien que son auteur affirme que son histoire est
peu documentée, elle l'est mieux que beaucoup d'autres en ce
qui concerne le premier millénaire. L'auteur établit un lien
avec Saint Philibert dont l'histoire du transfert des
reliques de Noirmoutier à Grandlieu puis à Tournus est
archiconnue. Il ne faudrait cependant pas exagérer
l'importance de cette histoire comme l'ont fait la plupart
des historiens des XIXe et XXe
siècles. Il faut en effet comprendre que des histoires comme
celle de Saint Philibert, authentifiées par des documents
anciens, sont rares et ne concernent que, au plus, deux
dizaines de documents anciens alors que nous en avons
identifié près de deux milliers. Nous connaissons donc moins
de un centième de ces histoires. La plupart d'entre elles
sont des vies de saints. Mais ces vies, souvent recopiées à
partir d'un schéma unique, ont été rédigées pour exalter non
seulement le saint mais aussi la communauté qu'il a fondée
et ses reliques, sources d'une grande dévotion … et aussi
d'un grand profit pour l'abbaye. Leur totale objectivité ne
peut être que douteuse. Et il en est de même pour certains
événements comme les incursions de Normands. Certes, il y en
a eu en Irlande, en Écosse, dans l'Est de l'Angleterre et en
Normandie. Mais à partir de bases arrières qui se situaient
dans les pays du Nord de l'Europe. Pour la période du IXe
siècle, de telles bases n'ont pas été découvertes en
Normandie. Il est difficile d'imaginer que les Normands
dépourvus de telles bases aient pu s'enfoncer profondément
dans le continent. Et que des seigneurs locaux aient pu
assister passivement à l'enrichissement des abbayes sans
chercher à s'en emparer. Nous pensons que, suivant l'adage «
On ne prête qu'aux riches », les Normands ont endossé en
bien des cas la responsabilité de destructions qu'ils n'ont
pas commises. Si toutefois destructions de bâtiments il y a
eu.
Concernant la troisième partie de ce texte intitulée « Sur les bases d'une église
préromane. », il existe de fortes
imprécisions. Le texte nous apprend que « lors
de travaux on a découvert en 1971, sous l'église actuelle,
des murs gallo-romains, vestiges d'une villa sur laquelle
l'église fut édifiée. ». Mais ces restes de murs
sont-ils à la base des murs actuels (donc en
interdépendance) ou indépendants des murs actuels ? Dans le
second cas, rien ne dit qu'il y ait eu une église préromane
antérieure à l'église actuelle. L'existence de deux témoins,
la rosace à entrelacs et le moule à empreinte, ne suffit pas
à prouver l'existence de cette église primitive, même si on
ajoute la présence d'une cuve de sarcophage de l'antiquité
tardive (image 15).
L'étude de l'édifice ne permet pas de
lever ces ambiguïtés Les bâtiments abbatiaux (images
2 et 3) sont caractéristiques d'un art roman
tardif. Le portail (image
4), quant à lui, est roman. Cependant, nous sommes
surpris par les sculptures de ce portail. Celle de l'image
5 représente un orant émergeant des feuillages. Sa
coiffure est celle d'un romain. Sur le chapiteau de l'image 6,
c'est une tête humaine qui émerge des feuillages. Les
entrelacs voisins sont analogues à ceux de la rosace. Dans
chacun des cas, les thèmes se rapprochent plus de thèmes
préromans que romans. Mais l'état de conservation entre en
défaveur d'une ancienneté. Le chapiteau de l'image
7 est quant à lui plus « classique » : deux
hybrides (licornes ?) affrontés.
Nous avons cependant deux indices (assez ténus)
d'ancienneté. Le premier de ces indices est l'existence
d'impostes (image 11).
Nous estimons que le système des impostes utilisées pour
porter des arcs est antérieur au système chapiteau-tailloir.
On retrouve ces impostes à plusieurs endroits de l'édifice :
sur l'arc triomphal (image
12, agrandissement de l'image
8), et sur l'arc de l'abside principale (images
13 et 14, agrandissements de l'image
9). À remarquer que, dans ce dernier cas, l'imposte
se poursuit en corniche qui fait le tour de l'abside.
Le deuxième de ces indices est dans le plan de l'image
1. Si on
commence par le bas, on a en premier lieu la nef unique qui
pourrait dater des environs de l'an 1200. Puis le transept
qui est haut et débordant. Deux absidioles sont greffées sur
ce transept. Ce type de transept est selon nous
caractéristique de la dernière étape d'évolution du transept
roman (XIe-XIIe siècles). Il reste le
chevet greffé sur le transept. L’abside principale est
précédée par un avant-chœur. On constate que cet avant-chœur
est démesurément allongé. En général, l'avant-chœur est à
plan rectangulaire, le côté Est-Ouest étant plus petit que
le côté Nord-Sud. Mais ici c'est le contraire. Ce qui n'est
pas normal. Une hypothèse : cet avant-chœur pourrait être la
nef d'une église antérieure.
La suite du texte de la noticc mentionne «
le remploi d'un bas-relief roman de belle qualité
représentant le Christ en trône, bénissant, la tête
entourée d'un nimbe crucifère (image
17) ». Ce bas-relief n'est pas daté mais le mot roman
est censé signifier le XIe ou le XIIe
siècle. Nous pensons qu'il est plus ancien. Le nimbe n'est
pas en forme d'amande comme dans les figurations du XIe
ou XIIe siècles. Le Christ est imberbe. Sa
chevelure et son vêtement font penser à des modèles de
l'antiquité tardive (Ve-VIe siècles).
Les hypothèses évoquées ci-dessus
modifient sensiblement une évaluation qui ne serait basée
que sur l'analyse du porche et des logis abbatiaux.
Datation envisagée
pour l'église Saint-Benoît : an 1025 avec un écart de 150
ans.
Au cours de la visite, on peut admirer une belle crosse
épiscopale datée de la première moitié du XIIIe
siècle (image 18).