Les églises Saint-Donat à Montfort 

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L’ermitage Saint-Donat est constitué d’un ensemble de quatre églises (dont une disparue).

Il existe plusieurs saints connus sous le nom de Saint Donat. Celui dont il est question ici était un ermite né à Orléans venu se retirer en Provence à l’invitation de l’évêque de Sisteron. Son ermitage aurait été localisé à Saint-Donat le Haut. Il y serait mort vers 535. Selon le site Internet Wikipedia, un culte lui est rendu au moins depuis le IXesiècle. Nous pensons que, en fait, c’est beaucoup plus tôt. Si l’existence de Saint-Donat est bien réelle et sa mort aux alentours de 535, avérée, alors, le culte a du lui être rendu très peu de temps après sa mort. En effet, durant les premiers siècles de l’ère chrétienne il n’y avait pas de reconnaissance officielle par Rome de la sainteté d’un personnage. Seul le culte populaire attestait de cette sainteté. Et pour que ce culte populaire puisse se produire, il fallait que le souvenir des faits marquants de la vie du personnage soit encore vif. Donc vieux de moins d’un demi-siècle, car passé ce délai les souvenirs s’estompent s’ils ne sont pas revivifiés par la pratique d’un culte.


L'église majeure de Saint-Donat le Bas est la mieux conservée des trois églises restantes. C’est une basilique à nef triple. Les murs gouttereaux du vaisseau central sont portés par des colonnes cylindriques (image 1). Les collatéraux sont très étroits. Il existe un transept mais, paradoxalement, ce transept est moins large que la largeur d’une travée.


Une autre caractéristique de ce transept, c’est qu’il est bas : le faîte de son toit est plus bas que le mur gouttereau du vaisseau central de la nef (image 2). De tels transepts bas témoignent d’une grande ancienneté. En effet, dans la pratique des églises romanes (plus récentes que les églises du premier millénaire), le faîte du toit du transept est de même hauteur que le faîte du toit de la nef.

Ce type de transept bas est différent de ceux que l’on voit habituellement. Pour ces derniers, les croisillons du transept s’appuient directement sur les murs gouttereaux de la nef.


En fait le plan de l'image 1 et de l'image 2 montrent qu’on a bien deux corps de bâtiment distincts. D’un côté, la nef à trois vaisseaux, de l’autre le transept sur lequel sont greffées les trois absides. Manifestement, les deux corps n’ont pas fait l’objet d’un plan unique. Un des deux a été construit avant l’autre.

Les piliers de la nef soutiennent des arcs à simple rouleau. Ce qui est pour nous signe d’ancienneté. On a vu que l’architecture romane (XIe- XIIesiècle) a systématisé l’arc à double rouleau.

Un autre signe d’ancienneté est l’absence d’ornementation sculptée. Ceci ne signifie pas l’absence de toute ornementation. Nous pensons que les murs devaient être recouverts de fresques qui ont toutes disparu.

D’autres éléments pourraient intervenir dans une éventuelle datation : l’arc de décharge du portail d’entrée semble légèrement outrepassé. Ce caractère outrepassé est plus visible dans le plan de l’abside principale (image 1) et l’arc triomphal (image 11). Et plus encore dans le plan au sol de l'église mineure (images 13 et 14).


Les baies pourraient constituer un des critères de datation, mais il semblerait que certaines aient été percées ou agrandies ultérieurement. Ce pourrait être le cas sur la façade Sud (image 5). Et, en ce qui concerne la fenêtre axiale de l’absidiole Sud (image 12), nous ne sommes même pas certains qu’elle soit d’origine, la fenêtre d’origine pouvant être de l’absidiole Nord, à peine visible sur l'image 7.

Nous n’avons pas eu le temps d’accéder à Saint-Donat le Haut. Il est probable que cette visite ne nous aurait rien appris de plus que le plan de l'image 15. On y voit un édifice dépourvu de nef. Cela semble logique dans le cas d’un ermitage où il n’y a pas d'assemblée de fidèles. Par contre, l’existence de trois absides accolées d’égales dimensions est surprenant. Il est possible que ces trois absides symbolisent la Trinité. On sait que, à la même époque, ce dogme a enflammé la chrétienté en opposant l’orthodoxie romaine à diverses hérésies, dont l’hérésie arienne. La région Touraine-Poitou, d’où est issu Saint-Donat était un des bastions de l’orthodoxie alors que le Sud de la France était en grande partie conquis à l’hérésie arienne.