La cathédrale Notre-Dame-des-Doms d’Avignon  

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Rappelons que dans ce site que nous avons créé sur le Premier Millénaire, les monuments que nous étudions sont censés être du premier millénaire … ou susceptibles de l’être. Par ailleurs, il peut arriver que certains monuments postérieurs à l’an mille soient néanmoins étudiés afin de servir de modèles de comparaison avec des monuments plus anciens.

A priori, la cathédrale Notre-Dame-des-Doms d’Avignon n’apparaissait pas dater du premier millénaire. La présence d’arcs brisés de grandes dimensions (image 8) faisait envisager une datation remontant au plus au XIIesiècle.

Cependant, une étude un peu plus approfondie s’avérait nécessaire. C’est la raison d'être de cette page Internet.


Avant d’entrer dans cette église, on peut admirer le cadre somptueux du Palais des Papes où elle est insérée (image 1). D’après le plan de l'image 9, la massive tour-porche (image 2) daterait du XIIesiècle. Nous ne disposons pas d’élément suffisant pour confirmer ou infirmer cette assertion. Le dernier étage de cette tour portant la statue est certainement beaucoup plus récent. La tour-lanterne octogonale date, quant à elle, du XIIesiècle (image 3).

Le porche (images 4, 5, 6 et 7) est décoré en imitation de l’antique (chapiteaux corinthiens, fronton triangulaire). Ce type de décor est caractéristique de la région. On le treouve en particulier à Saint-Gabriel (Tarascon/ Bouches du Rhône). Selon le plan de l'image 9, il daterait de la fin du XIIesiècle. Nous confirmons à peu de chose près cette estimation. À Saint-Gabriel, une rosace encore romane préfigure les grandes rosaces gothiques.


L’intérieur est surprenant (image 8). Une grande balustrade de style baroque court le long des murs latéraux en contournant les piliers (images 11 et 13). Cette balustrade a été ajoutée ultérieurement à la construction initiale. Sans doute afin de servir de tribune.

Le plan (image 9) est celui d’une église à nef unique. Avec une nef formée de 5 travées de dimensions identiques. La première travée a été utilisée comme s’il s’agissait d’un transept. Elle a reçu une coupole. Comme la largeur de la travée était inférieure à la largeur de la nef, il a fallu ajouter trois arcs supplémentaires pour obtenir un plan carré et bâtir la coupole (image 10).

Sur l'image 13, on peut voir les arcs, en plein cintre, adossés au mur. Il s’agit d’arcs à double rouleau. Il y a une contradiction entre ces arcs en plein cintre et les arcs brisés qui soutiennent les voûtes. On s’attendrait à ce qu’ils soient de même forme, soit tous en plein cintre, soit tous brisés. Ce qui serait logique dans le cas d’un projet architectural d’ensemble.

Tout le problème est de savoir si, initialement, la nef était à trois vaisseaux. Si c’est le cas, la nef actuelle est le vaisseau central de l’ancienne nef. Les architectes auraient donc supprimé les collatéraux et, afin de constituer une nef unique, auraient élevé des murs sous les arcs en plein cintre de façon à clore l’ancienne nef. Puis ils auraient procédé au voûtement en berceau brisé du vaisseau central de l’ancienne nef. Mais, afin d’assurer une meilleure stabilité, ils auraient été obligés de rabaisser les murs latéraux de l’ancien vaisseau central, supprimant par là même les fenêtres hautes.

On doit pouvoir déceler la présence de ces fenêtres hautes en passant entre les voûtes et le toit. En attendant de telles vérifications, on peut observer sur l'image 11 des taches sombres en forme de baies sur les voûtes du toit.

Les images 14 et 15 sont celles des pilastres et des colonnettes soutenant les doubleaux de la nef. Ce type d’ornementation se retrouve dans beaucoup d’édifices provençaux (Arles, Aix-en- Provence,...). On peut à présent le dater de la seconde moitié du XIIesiècle. En effet, il a très probablement été effectué en vue du voûtement de la voûte centrale, en berceau brisé.

Remarque : la console en forme de coquille Saint Jacques située à la base du pilastre de l'image 15 a été probablement sculptée dans le pilastre au moment de la création de la tribune, au XVIIesiècle.


Il reste à étudier deux éléments sculptés, à savoir la table d’autel et le trône de l’évêque.

La table de l’autel principal est décorée d’une frise sculptée (images 16 et 17).

Une des scènes représente l’ascension vers le Ciel de l’âme d’un personnage crucifié. S’agit-il du Christ ? Nous pensons plutôt à un saint crucifié car le Christ n’a pas besoin d’anges pour être porté au Ciel. Remarquer que les mains des anges, dont on ne voit que les pouces, sont démesurées (image 18).

Une autre scène représente un taureau crachant des feuillages en forme de nids contenant à gauche, un oiseau, et à droite, un quadrupède (image 19).

Le siège épiscopal est décoré, à gauche, du Lion ailé symbole de Saint Marc, et, à droite, du Taureau ailé, symbole de Saint Luc.

Nous pensons que ces deux pièces sont datables du XIIesiècle, mais ce, sans certitude.


Nous pensons que l’église Notre-Dame-des-Doms pourrait être antérieure au XIIesiècle. Et même antérieure (de peu) à l’an 1000. Cependant nous n’avons aucun argument sérieux à l’appui de cette hypothèse. En conséquence, nous préférons, par souci de sécurité et en attendant que notre hypothèse soit confirmée, proposer une datation conforme à la construction des voûtes : an 1175 avec un écart de 50 ans.