Les deux sites de la commune de Graveson
L’abbaye
de Saint-Michel-de-Frigolet
Si on se fie uniquement aux renseignements extraits
d’Internet, on est un peu perdus quant à la date de
fondation de cette abbaye.
Ainsi, la page du site Internet Wikipedia nous apprend ceci
: « Son histoire
commence dès le XIIesiècle où s’est
installée la première communauté religieuse. En 1133, le
nom du prieuré est signalé pour la première fois. Une
communauté de chanoines réguliers de Saint Augustin est
regroupée autour de son prieur Guillaume de Loubières. Le
pape Adrien IV confirme cette installation en 1155.
»
Et, pour un autre site Internet intitulé « Avignon et
Provence » : « Au cœur de
la Montagnette, pas loin de Boulbon et de Barbentane, se
dresse l’Abbaye Saint-Michel-de- Frigolet, qui tire son
nom du mot « thym », la « férigoule » en provençal, qui
pousse partout sur les collines. D’abord simple prieuré
qui aurait été fondé par les moines de Montmajour, elle a
grandi avec l’implantation d’un chapitre de Saint Augustin
et a connu son apogée au XIIIesiècle. De
cette période, subsiste le chœur du monastère, le cloître,
l’église Saint-Michel, et la chapelle romane Notre-Dame du
Bon Remède bâtie antérieurement au XIesiècle.
»
On remarque une contradiction entre les deux sites Internet.
Pour le premier, son « histoire
commence dès le XIIesiècle », alors
que pour le second, il existait auparavant, «
antérieurement au XIesiècle », une
chapelle romane dédiée à Notre-Dame du Bon Remède.
Nous profitons ici de l’occasion qui nous est donnée pour
effectuer une petite mise au point liée à la polémique
concernant le mot « préroman ». Certains spécialistes se
sont insurgés contre ce mot, qui n’aurait selon eux aucun
sens : on ne parle pas d'art « pré-gothique ». De notre
côté, nous nous fions à la définition du dictionnaire
« Petit Larousse » concernant l’art roman : « Se
dit de l’art qui s’est épanoui en Europe aux XIe
et XIIe siècles ». En conséquence de
cette définition, l’art roman est postérieur à l’an 1000. Et
il existe bien un art préroman qui serait donc antérieur à
l’an 1000. La chapelle Notre-Dame du Bon Remède, antérieure
au XIesiècle, ne serait pas romane mais
préromane.
Essayons à présent de régler la question de la contradiction
entre les deux commentaires. Nous voyons dans le premier la
manifestation d’une attitude rencontrée auparavant dans
d’autres situations, attitude que nous appelons, « la
dictature de l’écrit » : si une information est corroborée
par une source écrite, elle est vraie, si elle n’est pas
corroborée par une source écrite, elle est, a priori,
fausse.
En l’occurrence, la charte la plus ancienne qui parle de
l’abbaye de Saint-Michel-de-Frigolet étant datée de 1133,
cette abbaye est du XIIesiècle. Vu qu'aucun
écrit antérieur ne la cite, cela signifie qu’elle n’existait
pas auparavant. Il n’y avait ni abbaye, ni Montagnette, ni «
férigoule » : le vide complet ! Bien sûr, nous ironisons.
Mais cette ironie traduit une réalité. Ou plutôt un déni de
réalité de la part des historiens obnubilés par les textes
écrits. Cette réalité tient dans le fait qu’une création
humaine ne se fait pas à partir du néant.
En admettant même que tous les bâtiments de ce monastère
aient été construits à partir de l’an 1133, ils ne l’ont pas
été à partir de rien. Les chanoines qui sont venus là ne se
nourrissaient pas seulement de thym ! Il a bien fallu qu’ils
disposent de ressources pour construire leurs habitations ou
leurs églises. S’ils ont exploité des terres cultivables,
ces terres devaient exister auparavant. Il a bien fallu
qu’on les leur octroie! Qu’on leur procure un bien. En
conséquence de ce raisonnement, on doit sérieusement
envisager qu’il existait bien quelque chose en cet
emplacement avant l’année 1133. Et se contenter de dire que
cela se passait au XIIe siècle est bien
réducteur.
Les rédacteurs de la deuxième page d’Internet ont bien
compris que les textes écrits étaient insuffisants pour
envisager une datation. Ils ont fait une démarche analogue à
la nôtre en essayant de dater les monuments par leur style.
C’est ainsi que, examinant la chapelle Notre-Dame du Bon
Remède, ils ont estimé qu’elle pouvait être préromane.
Nous n’avons pas vu la chapelle
Notre-Dame du Bon Remède qui serait englobée dans les décors
de la basilique construite au XIXesiècle. La
très mauvaise photographie de l'image
6 donne une idée de cette chapelle qui pourrait
effectivement être préromane.
Ce n’est pourtant pas cette chapelle qui a retenu notre
attention. Mais l’église Saint-Michel.
En effet, cette église présente les éléments
caractéristiques d’une basilique à trois vaisseaux. Bien
sûr, on ne voit que deux vaisseaux sur les images
3 et 4. Mais la parfaite symétrie existant entre
le mur de droite et le mur de séparation entre les deux
vaisseaux à gauche, fait envisager la situation suivante :
l’église primitive était à trois vaisseaux. Le collatéral
Sud (à droite) a été supprimé et les arcades qui le
séparaient du vaisseau central ont été obturées par un mur.
Côté Nord, on a construit des arcs sous les arcs précédents
de façon à communiquer avec le collatéral Nord. Par
ailleurs, les murs ont été rabaissés et on a construit une
voûte en berceau brisé dans le vaisseau central. Tout permet
de penser que cette église était primitivement une église
charpentée. Les piliers les plus proches de l’entrée sont
des piliers de type R0000
à impostes dans toutes les directions. Le modèle se trouve à
Saint-Aphrodise de Béziers, modèle que nous avons
précédemment daté de l’an 550 avec un écart de 150 ans.
C’est la date que nous envisageons pour l’église
Saint-Michel.
Le reste nous semble moins digne d’intérêt. Le cloître (image 5) date
probablement du XIXesiècle, voire du XVIIIesiècle.
Mais vu qu’il est récent, il doit y avoir des documents qui
donnent sa date de construction.
L’église
paroissiale de la Nativité-de-Marie
Nous ne dirons que peu de choses sur cette église en grande
partie récente. Ainsi, sa nef (image
9) est attribuable au XIXesiècle.
Seul le chevet est ancien. À l’extérieur (images
7 et 8), il est décoré d’arcatures lombardes.
Nous datons les arcatures lombardes des Xeet
XIesiècles. À l’intérieur, le fond de
l’abside principale (image
10) est décoré d’une arcature portée par des
colonnes. En fait, nous ne pensons pas qu’il s’agit là
seulement d’un élément de décor. Ces colonnes et ces arcs
devaient servir à soutenir la voûte en cul-de-four. Tout le
problème est de savoir s’ils sont là dès l’origine ou s’ils
ont été posés après. Nous ne nous prononcerons pas
là-dessus, faute d’éléments suffisants pour alimenter une
expertise. Par contre, nous remarquons que l’arc triomphal
est porté par des impostes et non des chapiteaux. Ce qui est
pour nous signe d’une plus grande ancienneté. Mais ceci
reste à confirmer par l’analyse d’autres édifices.
Datation proposée :
an 950 avec un écart de 150 ans.