Les deux églises de la commune de Berre-l’Étang 

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C’est presque par hasard, en nous fiant à une simple carte de la région, que nous avons eu connaissance de ces deux églises.


L’église paroissiale Saint-Césaire


Extérieurement, l’église n’apparaît pas intéressante et si nous n’avions pas eu l’occasion d’y pénétrer, nous ne lui aurions certainement pas consacré une page de l’actuel site. Cependant, même à l’extérieur, certains points méritent l’attention.

Il y a tout d’abord le chevet (image 1). L’abside construite en petit appareil est faiblement éclairée par une étroite fenêtre axiale . Ces caractéristiques sont celles d’un chevet ancien, probablement antérieur à l’an 1000. Un élément qui nous semble important est l’avant-chœur, à plan rectangulaire, précédant le chevet. Ces avant-chœurs placés entre la nef et le chœur semi-circulaire ont probablement été créés pour accueillir dans des stalles des collèges de prêtres ou de chanoines. On se demande si celui-ci, très étroit, a pu servir à une telle utilisation. Ou alors le collège en question n’était constitué que de 2 à 4 prêtres (image 2) ?

Sur la gauche de l’avant- chœur, une pièce fait saillie sur le mur. Nous ne pensons pas que ce serait le croisillon Sud d’un transept. Peut-être le collatéral Sud d’une nef à trois vaisseaux ?

À sa gauche encore, un pan de mur extérieur dont l’appareil est différent du mur précédent, est percé de deux fenêtres et d’un oculus (image 3 ). Il semblerait que l’arc de la fenêtre de droite soit légèrement outrepassé. Au-dessus de ce mur, apparaît dans l’ombre une fenêtre. C’est la fenêtre de l'image 4. Elle ne se trouve pas sur le mur précédent, mais sur un autre mur en arrière de celui-ci. Ce mur n’est autre que le mur Sud porteur du vaisseau central. On peut donc envisager qu’on est en présence d’une basilique à nef à trois vaisseaux qui devait être primitivement charpentée et qui, ultérieurement, a été voûtée. Le voûtement pouvant affecter la stabilité de l’ensemble, les murs ont été rabaissés, laissant intacte cette fenêtre devenue inutile. Il ne faut cependant pas se focaliser sur cette interprétation. Il peut y avoir une autre raison à la présence de cette fenêtre « suspendue » au-dessus d’un mur. Mais nous ne voyons pas laquelle.


À l’intérieur (images 5 et suivantes), l’existence d’une nef à trois vaisseaux est bien confirmée. On retrouve la multiplicité de transformations déjà constatée à l’extérieur de l’édifice. On peut dire que cette église a beaucoup souffert de l’activité des hommes qui l’on souvent remaniée. Aux débuts de nos recherches, bien avant la création de ce site, nous espérions rencontrer des églises-types restées pratiquement intactes depuis leur construction. Comme pouvaient le laisser entendre des panneaux touristiques tels que « église du XIIesiècle ». L’analyse architecturale nous a permis de réaliser que les édifices, pour la plupart d’entre eux, avaient été modifiés tout au long de leur histoire. Nous avons aussi compris que loin d’être un inconvénient, la mise en évidence des transformations dans un  édifice pouvait être un avantage en permettant d’établir une chronologie de ces transformations. Il restait ensuite à retrouver à travers ces transformations l’édifice idéal imaginé par l’architecte initial.

Concernant l’église Saint-Césaire, le peu de temps (une demi-heure) que nous y avons consacré ne nous a pas permis de retrouver cet édifice idéal. Les photos prises permettent de trouver des pistes de réflexion pour une analyse plus poussée de cet édifice.

Le vaisseau principal est voûté en berceau brisé sur doubleaux brisés. Ce voûtement aurait été effectué au XIIIesiècle. En effet, à cette période, les doubleaux sont portés par des chapiteaux qui s’appuient sur des piliers adossés ou pilastres descendant jusqu’au sol (comme dans l'image 9). À partir du XIVesiècle, les doubleaux reposent sur des consoles directement insérées dans le mur (comme sur l'image 8 , mais on voit qu'ici, le pilastre existait et qu’il a été bûché).

De toute façon, l’existence de cette voûte du XIIIesiècle ne signifie pas que l’église primitive date de la même période.

Dans de nombreux cas, cette datation peut être envisagée à partir des piliers porteurs du vaisseau central et des arcs qui les joignent. Le problème ici vient du fait que les arcs ne sont pas identiques côté Nord (image 6 : arcs simples) et côté Sud (image 7 : arcs doubles). Avec la difficulté supplémentaire que côté Nord, les arcs ne sont pas identiques entre eux.

Par ailleurs, on voit sur l'image 10 qu’un pilier à plan carré a été adossé au pilier du vaisseau central pour soutenir la voûte d’ogives du collatéral. Une configuration analogue se retrouve sur le pilier du milieu de l'image 11.

La complexité de toutes ces transformations autorise à envisager une datation bien antérieure au XIIIesiècle. En l’état actuel des choses, il ne nous est pas possible de préciser la datation suivante : an 900 avec un écart de plus de 200 ans.


L’abside est précédée d’un arc triomphal brisé. On pourrait croire que cet arc et l’abside dans son ensemble ont été construits à l’époque gothique (image 12). Nous pensons que ce n’est pas le cas. Tout comme la nef, l’abside aurait été voûtée à l’époque gothique sur des murs plus anciens. En effet, les colonnes et chapiteaux qui supportent l’arc triomphal, bien que très dégradés, nous semblent plus anciens que l’arc (images 13, 14, 15). Cependant, la datation est difficile, car nous n’avons pas trouvé jusqu’à présent la forme ou le style correspondant à celui que l’on trouve sur l'image 15. Certes, on rencontre parfois des groupes de 2 colonnes soutenant des larges linteaux : à Nant (Aveyron), Saint-Just de Valcabrère (Haute-Garonne). Mais ce modèle à au moins 3 colonnes n’a pas été vu ailleurs. Il faut cependant noter un élément remarquable : les colonnes (images 13 et 15) sont portées par des massifs rectangulaires. On trouve cette caractéristique à Nant, Sant Pere de Rodes (Catalogne), Saint-Jacques de Béziers (Hérault). Ce pourrait être un marqueur wisigothique.




La chapelle Notre-Dame de Caderot

Voici ce qu’en dit le site « Les monuments historiques » consacré à la ville de Berre : « La chapelle Notre-Dame de Caderot. C’est le monument le plus ancien de la ville. Il fut érigé sur les ruines d’un temple païen. ... La chapelle est répertoriée dès le IIIe siècle après Jésus-Christ. C’est alors une église paroissiale implantée sur le lieu dit de Cadaroscum. Les plans n’ont jamais été modifiés. Seule la toiture, à l’origine en pierres plates, a été remaniée. Lors du siège de la ville par les Italiens en 1591, elle subit une destruction partielle. Elle sera reconstruite à l’identique. »

Nous devons dire qui si cela est vrai, c’est un véritable « scoop ». En effet, pratiquement tous les historiens font remonter la construction des premières églises chrétiennes à partir des édits de Constantin vers l’an 330, c’est à dire au IVe siècle. En conséquence, apprendre qu’il existait un siècle plus tôt, à Berre, petite ville surtout connue pour ses raffineries pétrolières, une église, et surtout, une église paroissiale (le mot n’apparaît qu’à la fin du IVe siècle) est une véritable découverte ... à laquelle nous ne croyons pas.

Le chevet, le mur Nord et la première travée du mur Sud, construits en appareil régulier jusqu’au dessous de la corniche qui les ceint aux deux-tiers de la hauteur, sont probablement romans (XIe-- XIIe siècles; images 16, 17, 18, 20). Par contre, les autres travées du mur Sud, construites en appareil irrégulier, sont postérieures à 1591
(image 19). On peut voir sur la première travée du mur Sud et sous la bordure du toit (image 19), une pierre sculptée d’une croix pattée (image 21). Cette croix pattée daterait des premiers siècles de notre ère (Vesiècle), mais selon nous, la pierre est en remploi.

Bien que les enseignements données par le site « Monuments historiques de la commune de Berre » soient sujets à caution, on peut estimer probable l’existence d’une ville antique appelée Cadaroscum sur laquelle la chapelle Notre-Dame de Caderot aurait été installée. Nous ne sommes pas du tout certains que cette chapelle soit elle-même antique. Jusqu’à preuve du contraire, elle est romane (du XIesiècle). Une visite de l’intérieur (que nous n’avons pu réaliser) permettrait peut-être d’apporter plus de clarté et d’envisager une datation plus ciblée : Nef à vaisseau unique ? Nef à trois vaisseaux ? Arc triomphal ? Chapiteaux ?


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