La chapelle Notre-Dame-de-Valvert à Vergons
Située en bordure de la route nationale 202, la chapelle
Notre-Dame-de-Valvert se détache dans un paysage champêtre (
images 1 et 2).
On remarque immédiatement que le chevet est formé de trois
absides accolées. Cette disposition pourrait faire penser
que la nef de l’église primitive était à trois vaisseaux; on
verra qu’il n’en est rien. Remarquer l’étroitesse des
fenêtres, signe d’ancienneté dans l’art roman.
Le portail (image 5)
situé sur la façade Sud (image
4) semble récent. On distingue d’ailleurs
nettement la différence d’appareil des pierres qui
l’encadrent. La question est de savoir s’il est de
conception récente ou si c’est la copie du modèle ancien. Le
reste de la façade Sud est un long mur presque aveugle
(l’unique fenêtre visible sur l’image semble aussi récente).
Cette absence d’éclairage témoigne aussi d’une ancienneté.
Le plan (image 6)
est celui d’une nef unique à transept débordant sur lequel
les trois absides sont greffées.
La nef est recouverte d’une voûte en
berceau brisé sur doubleaux brisés. Cette voûte est portée
par de grands arcs adossés aux murs (images
7, 8 et 9). Est-ce une pure imagination ? Mais il
nous semble que sur l'image
9, l'arc de gauche est à un niveau inférieur à
l’arc de droite. Une telle anomalie n’était certainement pas
prévue dans le plan initial. Si elle était confirmée, elle
permettrait de justifier l’hypothèse d’un voûtement
postérieur à la construction initiale : avant d’effectuer le
voûtement, on aurait posé les arcs de façon à doubler
l’épaisseur des murs.
Une autre remarque à faire concerne le transept (images
10, 11 et 12). Il s’agit d’un transept bas. On
pourrait même croire que c’est un faux transept, car il a
été formé par l’adjonction de deux pièces de part et d’autre
de la nef. Néanmoins, et même si les images donnent crédit à
cette hypothèse, en plan, il s’agit bien d’un transept.
Datation
La page du site Internet Wikipedia consacrée à cette
chapelle nous apprend que celle-ci «
est construite dans la deuxième moitié du XIIe
siècle ». Nous pensons que la personne ayant pour
la première fois effectué une évaluation de cette chapelle a
cédé à la tentation de bien des chercheurs : ne regarder que
le haut de l’édifice. Et, effectivement, si on ne voit que
le couvrement de la nef, en berceau brisé sur doubleaux
brisés, une telle datation est envisageable, voire même plus
tardive, de la première moitié du XIIIesiècle.
Mais nous savons, pour l’avoir observé à maintes reprises,
que nombre d’églises ont été voûtées bien après la
construction initiale. Et il semblerait que ce soit le cas
ici.
Nous pensons que la construction de cette chapelle s’est
effectuée en trois étapes. Au cours d’une première étape, la
nef rectangulaire à trois travées a été construite. Elle
devait être charpentée. Elle était prolongée par une abside.
C’est sans doute l’abside principale actuelle.
Plus tard, il a été décidé de construire un transept en
accolant deux petites pièces de part et d’autre de la nef.
Des arcs doubles ont été percés dans les murs de la nef afin
de permettre d’accéder à ces pièces. Sur ces pièces ont été
greffées des absidioles.
La troisième et dernière étape correspondrait au voûtement
de la nef.
Certes, ces trois opérations ont pu se dérouler sur deux
siècles et donc l’ensemble des constructions aurait pu se
faire après l’an mille. Cependant, nous pensons que
certaines initiatives comme le « transept bas » sont
antérieures à l’an 1000. Il nous semble que si la
construction d’un transept avait été décidée après l’an
1000, les maitres d’œuvre auraient choisi d’emblée de
construire un transept de même hauteur que la nef.
Bien sûr, il ne s’agit là que d’un point de vue. Il est
possible que d’autres raisons, telles que des raisons
économiques, aient amené à la construction d’un transept
bas. La datation de la première construction se révèle très
délicate et entachée d’une forte incertitude : an 850 avec
un écart estimé de 200 ans.