La Rotonde de Simiane
Le monument que l’on a ici est
exceptionnel à plus d’un titre. Ce n’est pas une église. Du
moins, il n’a pas été construit dans cette intention,
puisqu’il n’y a pas d’abside. Le plan intérieur est celui
d’un dodécagone (image
12). A la base, 12 colonnes accolées à la paroi
portent 12 arcs. Seules deux arcades sont ouvertes vers
l’extérieur côté Sud. L’une abrite la porte d’entrée (image 3).
L'image
11 révèle deux arcs consécutifs séparés par un
pilier. Chacun des piliers est prolongé par une ogive qui
permet de raidir la voûte (images
4 et 10).
Les chapiteaux situés à la retombée des arcs sont décorés de
larges feuilles stylisées disposées sur une seule rangée
(dans le chapiteau dit « corinthien », il y a trois rangées
de feuilles d’acanthe). Au dessus du chapiteau du milieu,
une tête sculptée grimaçante est plaquée contre le pilier (images 5, 6 et 8).
Ces têtes énigmatiques, aux yeux forés
au trépan, qui devaient accueillir des pierres colorées en
guise de pupilles, ne ressemblent à aucune autre de la même
période. Le modèle peut être trouvé chez les Celtes, mais il
serait antérieur de plus d’un millénaire à la période
envisagée (images 7 et 9
).
Pourquoi un monument aussi surprenant ? Sur la page du site
Internet Wikipedia consacré à cet édifice, on peut lire : «
L’hypothèse la plus
répandue est celle de la chapelle castrale, construite sur
une crypte abritant le tombeau de Raimbaud d’Agoult, qui
participa à la Première Croisade et mourut en 1113. Guy
Barruol l’interprète comme un donjon. ». Nous
n’avons aucune information sur la présence ou non en ce lieu
du tombeau de Raimbaud d’Agoul, mais si Guy Barruol
l’interprète c’est sans doute parce qu’il n’a pas vu le
tombeau en question.
Nous ne pensons pas que cette rotonde
ait eu une fonction défensive. Il est manifeste qu‘elle a
avant tout une valeur symbolique. Le nombre douze, le plan
circulaire de l’édifice, la présence des têtes sculptées,
tout concourt à affirmer cette valeur symbolique. On songe à
la Jérusalem Céleste de l’Apocalypse, une cité à 12 portes,
3 au Nord, 3 au Sud, 3 à l’Est, 3 à l’Ouest, chaque porte
étant gardée par un ange.. On retrouve la même idée,
plusieurs siècles plus tard, au XVIIIesiècle
dans la cour carrée de l’Hôtel de Ville de Béziers.
Datation
La page Internet citée précédemment nous apprend que le
château « est connu pour
la rotonde octogonale irrégulière de la fin du XIIesiècle
ou du début du XIIIesiècle, qui donne son nom
au village. Extérieurement, elle est de forme pyramidale,
plus régulière du côté Sud-Ouest que du côté Nord-Est…
» (images 1 et 2).
Puis un peu plus loin « .. ; ce
qui permet à Raymond Collier de dater la crypte du début
du XIIesiècle, les travaux de la chapelle
durant tout le siècle et une partie du XIIIesiècle
… ». On constate immédiatement le caractère contradictoire
de ces deux morceaux de phrase. D’une part, une construction
en un seul jet s’effectuant soit à la fin du
XIIesiècle, soit au début du XIIIesiècle.
D’autre part, une construction beaucoup plus lente sur plus
d’un siècle. Mais aucun des deux commentateurs ne semble
insister sur la différence très nette entre les parties
Nord-Est et Sud-Ouest (images
1 et 2). Différence tellement nette que l’on a de
la difficulté à imaginer qu’il s’agit du même bâtiment.
Notre hypothèse est la suivante : la construction de cet
édifice a dû se faire en deux temps. L’édifice initial
devait avoir la forme du cône tronqué de l'image
1. Cette édifice devait être couvert d’un toit
charpenté. Nous pensons que ce premier édifice était
antérieur au premier millénaire. Il devait accueillir des
assemblées ou des Cours de Justice à destination de peuples
barbares (autochtones issus des Celtes, Ostrogoths,
Burgondes). Beaucoup plus tard, cette tour aurait été voûtée
grâce à l’ajout des 12 piliers prolongés par des ogives, et
au même moment, la façade Sud-Ouest aurait été entièrement
reprise (image 2)
. Nous situons la première construction a une date avancée
du premier millénaire, VIeou VIIesiècle,
mais avec une erreur estimée à plus de 300 ans. La seconde
construction daterait de la première moitié du
XIIIesiècle.