L’église Notre-Dame d'Oulmes 

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Cette église a fait l'objet d'une étude superficielle de notre part en mai 2017. Nous donnons ci-dessous le texte et les images correspondantes 1,2 et 3.

« Cette église mériterait une visite approfondie. Ne serait-ce que parce qu’il existe deux portails romans différents. L’un sur le croisillon Nord du transept (image 2), l’autre sur la façade Ouest (image 3). Ces deux portails ont été construits à des époques différentes et il serait bon de connaître l’antériorité de l’un par rapport à l’autre. Datation envisagée : XIesiècle, mais il est possible qu’il y ait des éléments antérieurs. »


Nous avons visité cette église en août 2020. Plus exactement, nous n'avons vu que l'extérieur, l'intérieur étant fermé. Cependant, nous avons pu recueillir sur Internet quelques images de cet intérieur  (images de 21 à 24).


Ces nouvelles images, dans leur ensemble, ne nous apprennent pas grand-chose de plus sur cette église. Cependant, grâce à l'expérience acquise depuis quatre ans, nous pouvons tirer quelques conclusions.

La première d'entre elles concerne la nef. Il s'agit d'une nef à un vaisseau. Or nous avons constaté que, hormis les petits oratoires, les églises du premier millénaire étaient formées de nefs à trois vaisseaux. Donc, a priori, la nef de cette église devait être postérieure à l'an mille. Il ne faut pas toutefois faire de cette observation une vérité incontournable. Il arrive parfois que des nefs triples soient transformées en nefs uniques. Cependant cela ne semble pas être le cas ici. Que ce soit à l'extérieur
(image 20), comme à l'intérieur (image 21), la nef ne présente pas des traits caractéristiques de telles transformations.


La façade Ouest (images 3 et 6), tout comme la façade Nord du transept (images 15 et 16), est romane. On note cependant de légères différences entre les portails de ces façades. Ainsi, celui de la façade Ouest (image 9) est surmonté de deux archivoltes, dont l'une, au-dessus, formée de trois bandes sculptées, est en plein cintre, alors que l'autre est en arc brisé. Pour le portail Nord (image 16), c'est le contraire : l'archivolte du dessus est en arc brisé alors que celle du dessous est en plein cintre.

Un examen plus détaillé permet de comprendre ce qui s'est passé en ce qui concerne le portail Ouest (image 9). Le portail primitif était protégé par l'archivolte supérieure formée des trois bandes semi-circulaires finement ouvragées. Cette archivolte était soutenue par de larges corniches horizontales, elles_même portées par des chapiteaux et des colonnes cylindriques. L'archivolte inférieure, portée par de simples chapiteaux, aurait été ajoutée par la suite. Les détails qui permettent d'avancer cette hypothèse ne manquent pas. Cette archivolte apparaît nettement moins décorée par rapport à celle du-dessus. On pourrait même dire pas décorée du tout. Mais un examen attentif montre l'existence d'une décoration. Ainsi on observe sur l'image 10 la présence, au-dessus du chapiteau de droite d'un claveau portant un décor analogue à celui d'un des bandeaux supérieurs. Ce claveau est isolé dans le reste de l'archivolte. Issu peut-être d'un autre portail contemporain de l'archivolte supérieure, il aurait été utilisé ici en remploi. Toujours sur cette archivolte inférieure, on note, au sommet de l'arc et sur la droite, la présence de deux écus armoriés. L'écu n'est pas typique du roman, mais du gothique du XIVesiècle.

Pour le portail Nord (image 16), le processus pourrait avoir été inverse. Un mur de façade aurait été plaqué contre un mur précédent. Et, en conséquence, l'archivolte supérieure serait plus récente que l'archivolte inférieure. Bien que les indices d'une telle opération soient importants (les deux archivoltes sont de courbures différentes, ce qui ne serait pas le cas dans le cas d'une campagne de travaux unique. De plus, il semblerait que l'archivolte du dessus recouvre partiellement celle du-dessous), nous ne sommes pas certains de ce que nous avançons.

L'archivolte du dessus présente un décor gaufré (image 17). Remarquons plus particulièrement le chapiteau de l'image 19. Son thème est énigmatique. De loin, on croirait voir des personnages alignés. Mais les têtes de ces «personnages» se révèlent être des étoiles. Une hypothèse : ce chapiteau pourrait représenter le ciel avec ses étoiles, situées au-dessus des nuages, qui apportent la pluie. On peut ajouter à cela qu'il peut y avoir télescopage entre les deux hypothèses : un ensemble de personnages et le ciel. En effet, durant tout le Moyen-Âge, et ce, jusqu'au XVIIesiècle, des objets célestes comme le soleil et la lune ont été personnifiés (critique qu'en fait Shakespeare dans «Songe d'une Nuit d’Été»).


Le clocher et le chevet sont décorés d'arcatures lombardes (images 13 et 15) de deuxième génération (après l'an mille).

Dernière observation : elle concerne les fenêtres. On remarque trois sortes de fenêtres correspondant à des campagnes de travaux différentes. Celles de la nef (images 20 et 21) sont à simple ressaut surmonté d'un sourcil, côté extérieur, simplement ébrasées côté intérieur. Celle de la façade Ouest (images 7 et 8) est encadrée de colonnettes supportant une archivolte à trois bandeaux concentriques de même style que celle du portail situé au-dessous. Celles de l'abside sont à double ébrasement, sans ornementation. Nous pensons que la forme des fenêtres doit constituer un indicateur de datation. Mais nous ne sommes pas encore en mesure d'effectuer une évaluation précise. Il semblerait cependant que les fenêtres du style de celles de la nef précéderaient de plus d'un siècle celles du même style que celle, à colonnettes, de la façade Ouest.


Datation envisagée pour l'église Notre-Dame d'Oulmes

Le seul élément permettant d'envisager une ancienneté de cette église réside selon nous dans les fenêtres de la nef (image 20). Malgré ce, nous ne pouvons pas envisager une datation antérieure à l'an mille : nous proposons l'an 1050 avec un écart de 100 ans.

Cependant la visite de cette église nous a permis de découvrir un paysage très caractéristique : celui d'un territoire conquis sur la mer (image 5). Le village d'Oulmes est situé en bordure d'une ancienne côte maritime, et situé en bas de cette côte. Les indications d'altitude de cette commune sont les suivantes : altitude moyenne : 17 m, altitude minimum : 4 m, altitude maximum : 48 m, L'altitude minimum étant seulement de 4 mètres nous avons envisagé que le comblement de cette zone maritime était relativement récent. Cette zone anciennement maritime est le marais poitevin, de très grande superficie. La distance entre le village d'Oulmes et le littoral est de plus de 20 kms. Cette grande distance et l'absence de vision de ce littoral empêchent d'imaginer que, en des temps protohistoriques, voire même historiques, l'océan pouvait atteindre la côte de Oulmes. Nous pensons que la compréhension de cela est plus importante que l'église d'Oulmes. Car c'est une zone beaucoup plus vaste qui est concernée. Certes, il s'agit d'une zone maritime, donc recelant a priori aucun monument humain. Par contre, son littoral devait être densément peuplé de pêcheurs, de marins, de navigateurs. Les habitations de ces peuples ont disparu sous des mètres d'alluvions. Mais elles sont encore là et elles peuvent avoir conservé des objets très intéressants, car des matériaux biodégradables comme le bois peuvent être sauvegardés en atmosphère saline. La difficulté est de localiser ces habitations. Mais un peu de réflexion peut éventuellement remédier à cette difficulté. Prenons le cas de l'église d'Oulmes. Nous venons de voir qu'il nous était impossible de la dater. Cela vient principalement du fait que nous ne sommes pas arrivés à reconstituer le plan de l'édifice primitif. Nous pensons que cet édifice primitif pourrait exister. Mais il serait au-dessous ! L'église primitive aurait était partiellement enfouie sous plusieurs mètres de dépôts alluvionnaires.

Nous aurons l'occasion de reparler du marais poitevin dans une des pages suivantes.