L'église Notre-Dame-de-La-Basse-Œuvre à Beauvais
Un panonceau situé à proximité de
l'église nous donne les précisions suivantes : «
Notre-Dame-de-La-Basse-Œuvre (images
1 et 2) est
le dernier témoignage de la première cathédrale connue à
Beauvais. Élevée aux alentours de l'an mille, elle est
construite avec de petites pierres appelées “pastoureaux”,
remplois de matériaux récupérés sur les bâtiments
gallo-romains. À partir du XIIIe siècle, la
Basse-courière est progressivement démantelée, au profit
de la construction de la cathédrale gothique, dite, la
Haute-Œuvre. L'arrêt des travaux de cette dernière, au
début du XVIIe siècle, permet cependant la
conservation partielle de la nef de la Basse-courière. Le
long ce celle-ci, un muret dessine au sol le plan d'une
chapelle du XIe siècle retrouvée lors de
fouilles archéologiques (images
2 et 6). »
La page de Wikipédia consacrée à cette église fournit une
explication plus détaillée sur les origines de cet édifice :
«
Les origines : La
chapelle dont les fondations ont été dégagées au sud de la
Basse-Œuvre n'est mentionnée dans aucun texte, et l'on
ignore à quel saint patron elle fut dédiée. Ce fut l'un
des sanctuaires de la cité épiscopale, qui existe dès
l'époque carolingienne. La première cathédrale de Beauvais
dont l'existence est démontrée par des constats
archéologiques remonte seulement à l'époque carolingienne
et plus concrètement au VIIIe ou au IXe
siècle. C'est sans doute en son sein que se tient le
concile de Beauvais en avril 845. L'on en a d'abord
retrouvé un fragment de vitrail en grisaille, peint d'une
frise de feuille d'acanthe stylisée, provenant sans doute
d'une bordure. Puis les fondations des absidioles qui
flanquaient l'abside principale ont été mises au jour en
dessous du sol des bas-côtés de l'église actuelle.
L'abside principale n'a pas été reconnue. La largeur de la
précédente église était identique, mais sa longueur devait
être beaucoup moins importante, entre 45 m et 50 m
environ. Le plus ancien texte qui mentionne le vocable de
l'église est le Martyrologe Belvacense d'Usuard, qui date
de la fin du XIe siècle, et qui se trouve
aujourd'hui au château de Beaurepaire (collection du
marquis de Luppé). Le manuscrit évoque une basilique
dédiée à la Vierge Marie et à Saint-Jean-Baptiste. Le
titre de Saint Pierre n'y figure curieusement pas, bien
que tous les auteurs anciens le mentionnent comme vocable
principal. La dédicace à Saint-Pierre est en outre prouvée
par l'acte de donation d'un certain Fredemius, de 923, et
les récits sur la translation des reliques de Saint
Georges vers l'église Saint-Pierre, en 940. L'on ignore
pour quelles raisons précises la cathédrale qui existe à
cette époque est remplacée par un nouvel édifice au cours
de la seconde moitié du Xe siècle. »
Nous avons quelques remarques à faire sur le paragraphe
précédent. Tout d'abord la première phrase, « La
chapelle dont les fondations ont été dégagées au sud de la
Basse-Œuvre n'est mentionnée dans aucun texte, et l'on
ignore à quel saint patron elle fut dédiée »,
concerne très probablement la construction dont les restes
sont visibles sur l'image
6. Nous ignorons si la phrase suivante, « Ce
fut l'un des sanctuaires de la cité épiscopale, qui existe
dès l'époque carolingienne », concerne cette
chapelle ou l'église de la Basse-Œuvre (images
1 et 2) ou une partie de celle-ci. Il y a là une
certaine ambiguïté. Toujours est-il, qu'en parlant d'une
église du VIIIe ou IXe siècle, ces
explications entrent en contradiction avec le texte du
panonceau qui ne parle que d'une construction aux alentours
de l'an mille.
Un passage de ce texte nous a beaucoup surpris : « (de
l'église du VIIIe ou IXe siècle) L'on
en a d'abord retrouvé un fragment de vitrail en grisaille,
peint d'une frise de feuille d'acanthe stylisée, provenant
sans doute d'une bordure. ». La surprise vient du
fait que dans notre recherche en datation, nous avons
jusqu'à présent estimé que les églises antérieures à l'an
mille devaient être dotées de très petites ouvertures. Pour
quelle raison ? Tout simplement pour éviter les courants
d'air. Par la suite, les baies auraient été agrandies car on
aurait trouvé le moyen d'éviter les courants d'air et, en
même temps, de laisser pénétrer la lumière : le vitrail.
Auparavant, il pouvait exister d'autres moyens comme
l'albâtre translucide ou le papier huilé. Mais ce devaient
être soit des produits coûteux, soit des produits
biodégradables. Et en tout cas peu pratiques pour de grandes
scènes colorées. En conséquence, une telle découverte, si
elle devait être confirmée par d'autres découvertes
analogues, pourrait remettre en question notre méthode
d'évaluation … en remontant encore davantage dans le temps !
À l'inverse, les deux phrases suivantes, « Le
manuscrit évoque une basilique dédiée à la Vierge Marie et
à Saint-Jean-Baptiste. Le titre de Saint Pierre n'y figure
curieusement pas, bien que tous les auteurs anciens le
mentionnent comme vocable principal », ne nous
surprennent pas trop. Il y a deux explications possibles à
cela. La première vient du fait que durant le premier
millénaire et pour les grandes villes, il n'y avait pas une
cathédrale mais un groupe cathédral formé de plusieurs
églises. L'une d'entre elles, en général dédiée à la Vierge
Marie, accueillait le siège de l'évêque (la cathèdre). Une
autre était le baptistère dédié à Saint-Jean-Baptiste. Et il
pouvait y en avoir d'autres encore dont une à Saint-Pierre.
Mais il existe une deuxième explication en lien avec un
événement ayant eu lieu durant la période dite «
carolingienne » : la création du Saint Empire Romain
Germanique. À cette occasion, Charlemagne, mais sans doute
aussi ses prédécesseurs ou successeurs, se sont efforcés de
privilégier Rome au détriment de Constantinople, Charlemagne
devenant empereur des romains et l'évêque de Rome acquérant
une primauté sur les autres évêques de la chrétienté.
Auparavant, les évêques se réclamaient successeurs de la
Vierge Marie de l'Assomption. Le pape, évêque de Rome, se
réclame, lui, successeur de Pierre, premier évêque de Rome.
Il est donc possible que le transfert de souveraineté ait
été accompagné d'un changement de dédicace de certaines
cathédrales.
Poursuivons la lecture de la page de
Wikipédia consacrée à cette église : « Les problèmes de datation. Suivant
l'opinion émise par le “premier
historien de la ville de Beauvais”,
Pierre Louvet, qui écrit en 1614 : “
l'on a longtemps considéré la Basse-Œuvre comme la
cathédrale primitive de Beauvais”,
avis qui se trouvait conforté par la similitude de son
appareil de petits moellons cubiques avec celui de
l'enceinte gallo-romaine du IVe siècle. En fait
ce n'est que du réemploi. C'est Jean Hubert qui fournit en
1938 la démonstration scientifique que l'église date
seulement de la seconde moitié du IXe siècle.
Les conclusions des fouilles réalisées à partir de 1965
sous la direction d'Émile Chami vont dans le même sens.
Rares sont en effet les sources permettant une datation
exacte de l'édifice. Les plus importantes faisaient partie
de la collection Troussures, qui s'est perdue sous la
Seconde Guerre mondiale. Victor Leblond les a consultées,
mais pas toujours correctement interprétées. Les
fondations de la “nouvelle”
église auraient été jetées sous l'évêque Hugues, en 94, et
les travaux auraient été poursuivis par les quatre évêques
qui lui succèdent.
Le
nom qui est le plus souvent mentionné en lien avec la
construction de la “nouvelle
œuvre”,
comme on disait alors, est celui de l'évêque Hervé, dont
l'épiscopat a duré de 987 à 998. Selon une charte de
l'évêque Drogon datée de 1030/1040 environ, Hervé est le
maître d'ouvrage qui mène les travaux jusqu'à
l'achèvement, mis à part la décoration du chœur qui
continue jusqu'en 1003. La “nouvelle
œuvre”
reste la cathédrale de Beauvais jusqu'à son remplacement
progressif par l'édifice gothique rayonnant sous Milon de
Nanteuil à partir de 1225, et devient alors la
Basse-Œuvre. Elle garde comme vocable principal
Saint-Pierre tant que le chœur gothique n'est pas remis au
culte. Contrairement à ce qu'affirment certains auteurs
comme Victor Leblond en 1926, et Jean-François Reynaud
encore en 2000, il n'y a pas eu de cathédrale romane, et
la Basse-Œuvre n'a pas été agrandie à l'est et pourvue
d'une annexe. Ces opinions sont formellement contredites
par les résultats des fouilles, et la stratigraphie sur
laquelle s'appuie la datation d'Émile Chami est très
solide. La datation de la Basse-Œuvre de la seconde moitié
du XIe siècle, comme suggérée par Reynaud, ne
tient pas non plus ; tout au plus peut-on admettre que la
décoration de l'église a été achevée au tout début du XIe
siècle. »
Là encore, nous devons faire plusieurs observations sur ce
texte. D'abord sur la phrase, « C'est
Jean Hubert qui fournit en 1938 la démonstration
scientifique que l'église date seulement de la seconde
moitié du IXe siècle. » Nous ne
connaissons pas plus Jean Hubert que sa démonstration
scientifique, mais étant nous même scientifiques, nous avons
souvent constaté que de nombreuses démonstrations
scientifiques ont été démenties tout aussi scientifiquement
quelques années après avoir été publiées. Par ailleurs, nous
sommes un peu sceptiques quand on nous parle d'une
démonstration permettant de dater une église de la seconde
moitié du IXe siècle. Une démonstration qui
aurait été établie il y a plus de 80 ans, alors
qu'actuellement, malgré toutes les découvertes effectuées
entre temps, on n'est pas capable d'un tel exploit, hormis
circonstances exceptionnelles. Remarquer cependant que cette
datation de la Basse-Œuvre (IXe siècle) entre en
contradiction avec le panonceau lu au tout début.
Autre remarque : La phrase « Suivant
l'opinion émise par le “premier
historien de la ville de Beauvais”,
Pierre Louvet, qui écrit en 1614 : “
l'on a longtemps considéré la Basse-Œuvre comme la
cathédrale primitive de Beauvais”,
avis qui se trouvait conforté par la similitude de son
appareil de petits moellons cubiques avec celui de
l'enceinte gallo-romaine du IVe siècle.
» est contredite par la phrase suivante : « En
fait ce n'est que du réemploi. ». Comment les
auteurs de cette phrase ont-ils pu déterminer que c'était du
réemploi ? Il peut parfois être facile de déterminer qu'une
pierre a été utilisée en réemploi (voir un exemple dans la
page précédente sur les fortifications de Beauvais). Mais
dans le cas présent ? Comment différencier deux pièces
cubiques de mêmes dimensions, l'une d'une époque et l'autre
d'une autre époque, en réemploi ? Nous ne connaissons ni la
démonstration de Jean Hubert ni la justification selon
laquelle les pastoureaux de la Basse-Œuvre seraient en
réemploi de ceux des fortifications du IVe siècle
et nous pouvons émettre une réticence à les adopter sans
examen préalable. A contrario, la constatation d'une
similitude des appareils de construction (et probablement
aussi de la technique de construction) entre les
fortifications et la Basse-Œuvre nous semble importante. Il
faut comprendre qu'on est confrontés à deux possibilités :
soit les deux constructions sont contemporaines, soit elles
ont été réalisées à des périodes différentes … mais ici la
différence est de 5 siècles ou même 7 siècles. Il faut
comprendre que dans ce deuxième cas, on ne peut pas se
contenter de la pirouette du « réemploi ». Il faut fournir
une explication à la question : « Comment se fait-il qu'à 5
siècles de distance, on construise exactement de la même
façon ? ».
Nous devons donc sérieusement réexaminer la question de
similitude des appareils. Nous avons là-dessus un embryon de
réponse. L'erreur ne viendrait-elle pas du fait que l'on
parle de « fortifications du IVe siècle » ? Ne
serait-il pas possible que ces fortifications de Beauvais
aient été construites, non au IVe siècle, mais
plusieurs siècles plus tard ? Par exemple au VIe
ou VIIe siècle ? Dans ce dernier cas, la datation
serait proche de celle du VIIIe ou IXe
siècle envisagée par certains pour la Basse-Œuvre.
Le plan de l'image 8 ainsi
que les images 9, 10, 11,
12 montrent que l'église était un édifice à plan
basilical à trois vaisseaux, avec trois absides en
prolongement des vaisseaux. La nef était (et est encore)
charpentée. Les murs gouttereaux du vaisseau central sont
portés par des arcs en plein cintre soutenus par des piliers
à plan rectangulaire de type R0000
(pour ceux du Sud, les angles ont été arasés, ce qui donne
un plan octogonal). Les piliers semblent dépourvus
d'impostes. Nous estimons ce type d'église de peu antérieur
à l'an 800.
En face de l'église, le parc de l'ancien
palais épiscopal contient plusieurs tombes du Haut
Moyen-Âge. Nous ignorons si ces tombes proviennent des
fouilles effectuées sur la Basse-Œuvre ou d'un autre endroit
(images 13, 14 et 15).
Datation envisagée
pour l'église Notre-Dame-de-La-Basse-Œuvre à Beauvais : an
750 avec un écart de 200 ans.
Cette datation est à rapprocher de celle des fortifications
de Beauvais vue dans la page précédente : an 550 avec un
écart de 200 ans. Ces deux datations correspondent aux
intervalles temporels respectifs [550 ; 950] et [350 ; 750].
Si on admet l'idée que les deux constructions seraient
contemporaines, leur datation correspondrait à
l'intersection des deux intervalles, soit l'intervalle de
temps [550 ; 750], intervalle de centre, l'an 650.
Il faut comprendre qu'une telle datation, si elle devait se
vérifier par de multiples examens complémentaires,
remettrait en question de nombreuses certitudes
archéologiques et historiques. L’attribut, « du IVe
siècle » , accolé à de nombreux remparts de villes de
France, mais aussi d'Europe, deviendrait caduc. Cela
obligerait à un réexamen total de ces monuments. Avec la
perspective d'élaborer une chronologie de construction entre
le IVe et le XIIe siècle. D'un point
de vue historique, cela devrait entraîner une réflexion
profonde sur la connaissance que nous avons de l'histoire.
Nos recherches nous permettent de comprendre de plus en plus
que cette connaissance est à la fois très partielle et très
partiale.