Les stavkirker de Norvège : une architecture illogique 

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A l’origine, en Europe du Nord, un grand nombre d‘églises étaient construites entièrement en bois. La plupart ont disparu. Cependant l’usage du bois pour la construction des églises s’est perpétué et on trouve encore des églises en bois en Russie, en Pologne et même en France, en Champagne. Cependant, toutes ces églises sont relativement récentes, du XVeau XVIIe siècle.


Les seules églises vraiment anciennes se trouvent en Norvège. Leur nombre est faible (on en compte 28), mais les recherches archéologiques en ont dénombré beaucoup d’autres. Et on estime que rien qu’en Norvège, il devait y en avoir 1000 à 2000. Elles sont désignées, en norvégien, sous le nom de Stavkirker, ou en français, « églises en bois debout ». La plus ancienne serait celle d’Urnes édifiée vers 1130.


Celle de Borgund, édifiée vers 1180, serait la mieux conservée. On y voit encore les antéfixes à torse de cerf (ou de dragon ?) qui ornaient le faîte du toit.

Pourquoi parler de ces édifices qui ne datent pas du premier millénaire ? Il existe plusieurs raisons à cela, mais la première d’entre elles vient du fait qu’ils ont succédé à d’autres édifices en bois datés du premier millénaire et qu’ils peuvent apporter des renseignements précieux sur l’architecture de cette époque.


Par ailleurs, on sait que la Norvège a été évangélisée tardivement. Il est donc possible que ces édifices soient en partie inspirés de lieux de culte païens antérieurs à l’an 1000. Leur plan formé d’une grande salle, faisant office de nef, et d’une plus petite réservée au sanctuaire, est nettement chrétien (images 3 et 10).


Venons en maintenant au petit problème justifiant le titre donné à cette page : une architecture illogique :

L'image 10 est celle d’un plan d’une église à bois debout non identifiée.

Sur l'image 11, on a extrait la partie concernant les structures porteuses. Les poutres en bois verticales sont représentées par les petits cercles en rouge vif. Les parties en rouge atténué sont des poutres posées horizontalement isolées du sol.

Sur l'image 12 ont été tracées en bleu les parois extérieures, de faible épaisseur.

L'image 13 reconstitue l’ensemble. On voit sur cette image que les structures porteuses sont différentes des parois extérieures.


Le plan de l'image 14 est quant à lui bien identifié. C’est celui de l’église de Borgund déjà vu dans l'image 6. Comme dans le cas précédent, les images 15 et 16 font apparaître les structures porteuses, puis les parois séparant l’intérieur de l’extérieur. Sur l'image 17, un élément supplémentaire (en vert) a été ajouté. Il s’agit d’une poutre disposée en oblique faisant le lien entre les structures porteuses (en rouge) et les parois (en bleu).


Nous disons que « cette forme d’architecture n’est pas logique  ». En effet, dans tous les bâtiments que nous connaissons, les murs extérieurs sont porteurs. Or ici, il semblerait que les murs extérieurs soient portés par un noyau central. Cette forme architecturale s’apparente à celle d’un parapluie dressé et à demi entrouvert.

On a pu comparer la forme de ce bâtiment à celle d’une basilique à 3 vaisseaux, mais il ne s’agit pas d’une vraie basilique à trois vaisseaux (image 17). Si c’était le cas, les pans de murs au-dessus des collatéraux (ou des piliers rouges) seraient percés de fenêtres afin d’éclairer le vaisseau central.

Nous avons un temps pensé que le « premier étage « entouré d’une sorte de balustrade formée de planches disposées en X pouvait servir de galerie supérieure (image 5). Mais après un examen plus sérieux, nous avons réalisé que cette « galerie » ne possédait pas de plancher … qu'il aurait été difficile d’utiliser, puisque les poutres qui l’auraient soutenu (en vert sur le plan 17) ne sont pas horizontales.


Cette architecture n’est donc pas logique… mais ceux qui l’ont érigée obéissaient quant à eux à une logique. Cette logique ne serait-elle pas symbolique ?

Notre idée est que les constructeurs ont voulu réaliser une structure triangulaire, même si pour eux il aurait été plus simple de réaliser des parois verticales.

On songe alors aux pyramides d’Égypte et à beaucoup d’autres structures en forme de pyramide. On sait que les constructeurs de ces pyramides qui vivaient à des époques différentes ne se sont pas rencontrés. Pourtant ils ont créé des formes analogues.

Ces formes seraient inspirées des rayons solaires (images 18 et 20). Les pyramides ou les obélisques (images 19 et 21) seraient des sortes de réceptacles des rayons envoyés par le ciel, dons du ciel adressés aux hommes.

De même, les stavkirker norvégiennes pourraient être elles aussi des pyramides construites en bois. Bien que construites au XIIesiècle, elles pourraient constituer une survivance de lieux de culte païens.

L’hypothèse est certes un peu hâtive mais c’est une réponse à la question induite par le titre. Pour quelles raisons une architecture aussi surprenante ?