Édifices d’Irlande susceptibles d’être antérieurs à l’an 1000 

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Cette page est très vite remplie car, en ce qui concerne les édifices d’Irlande susceptibles d’être antérieurs à l’an 1000, c’est bien simple : il n’y en a pas !

En fait, en cherchant bien, on en trouve quelques uns. Ainsi il existe des cellules de moines sur l’île de Skellig Michael dans le Kerry, ou l’église Saint Ciaran à Clonmacnoise (Offaly). Ou encore l’oratoire de Gallarus dans le Kerry (image 2). Ces édifices, datés du VIIesiècle, témoignent d’une grande habileté dans la construction de voûtes en encorbellement sur des bâtiments aux arêtes vives. Néanmoins, ils font pâle figure vis-à-vis des bâtiments construits à la même époque.


Pourtant certains témoignages concordants montrent que, à cette époque là, l’Irlande était un pays riche et cultivé. Plusieurs moines, dont Saint Colomban, ont quitté l’île afin d’évangéliser le continent. Les manuscrits irlandais comme les livres de Kells et de Durrow sont sans doute les plus précieux documents de l’enluminure mondiale, tant par leur ancienneté que par la richesse de leur ornementation. Les couvertures de ces livres, les objets cultuels, sont de véritables merveilles de l’orfèvrerie.


Par ailleurs, on ne s’étonnera pas qu’il existe une ressemblance entre l’Irlande et la Bretagne.

Cette ressemblance, elle existe en ce qui concerne les croix. Il ne s’agit pas des croix que l’on voit ci-contre mais des croix pattées (non représentées ici) . Ces croix pattées, communes à la Bretagne et à l’Irlande, pourraient dater des premiers siècles de notre ère.


Mais une sorte de croix caractérise plus particulièrement l’Irlande : c’est la croix celtique, dont certains exemplaires sont représentés ici. On n’a pas conscience, en voyant les photographies, de leurs dimensions : il s’agit de croix monumentales de plusieurs mètres de haut. Elles seraient datées du IXesiècle.

Un autre type de monument semble dater de la même époque : la tour cylindrique. Cette tour dépourvue de toute décoration, localisée dans des cimetières servait peut-être de « lanterne des morts » comme celles du Poitou, de construction peut-être plus tardive.


Le portail de Clonfert (image 11) nous semble plus ancien que le XIesiècle, date qui lui est habituellement accordée. Cette estimation est liée à plusieurs « impressions » . D’une part le gâble (partie triangulaire qui le surmonte) est très aigu. Ce qui est signe d’une toiture très pentue. Ce type de toiture pentue se retrouverait sur des bâtiments antérieurs à l’an mille, souvent couverts d’une toiture en planchettes de bois (voir la page suivante consacrée aux Stavkirker). Par ailleurs le décor de têtes encastrées est plus proche des représentations celtes des premiers siècles de notre ère que des représentations romanes du XIIesiècle.

Le lecteur averti estimera sans doute que le portail de l'image 12 se situe hors de notre étude puisqu’il est peut être daté du XIeou XIIesiècle. Nous pensons au contraire qu’il s’en situe en plein.

En effet, on constate que ce portail est celui d’une église en ruine. Et c’est bien ce qui s’est passé lors de notre séjour de deux semaines en Irlande : nous avons visité beaucoup de sites, mais la plupart étaient des cimetières ou des églises en ruine. Pas de monument debout !

Alors une question se pose : existe-t-il en Irlande autre chose que des ruines ? Il est possible que tous les monuments anciens (et l’on songe en particulier aux monuments du premier millénaire) aient disparu. Il est aussi possible que des monuments existent encore. Mais, soit on ne veut pas les montrer, soit on ignore carrément leur existence. Tout simplement parce que l’Irlande ayant connu tant de malheurs, on ne peut pas s’imaginer qu’il subsiste quelque chose de ce paradis perdu.

Il peut sembler téméraire qu’un étranger qui n’a visité l’Irlande que durant deux semaines puisse se hasarder à de telles conjectures. Mais l’étranger en question a visité la Bretagne, où il n’y avait aucun monument attribuable au Premier Millénaire. En quelques mois, il en a trouvé plus de dix. Et jusqu’à présent personne ne lui a prouvé qu’il se trompait.