La Cámara Santa d’Oviedo 

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Il ne reste rien de la cathédrale primitive San Salvador d’Oviedo qui, selon la page Wikipedia qui lui est consacrée, aurait été construite sous Fruela 1er, roi des Asturies de 739 à 757. Une grande et belle église gothique l’a remplacée. Par contre deux monuments subsistent dans l’enclos cathédral : la Cámara Santa (Chambre Sainte) et la tour San Miguel.

Voici ce qu’en dit le site Internet Wikipedia :

« Alphonse II le Chaste, fils du précédent, en transférant la capitale du royaume à Oviedo, ordonna l’édification d’une série de bâtiments administratifs communaux sur les mêmes terrains, utilisant quelques surfaces de l’église San Salvador. De l’époque d’Alphonse II, il subsiste actuellement : la chapelle palatine (Cámara Santa) et la tour San Miguel qui fut le clocher de l’église. »

Pour mémoire, Alphonse II le Chaste a été roi des Asturies de 791 à 842. Concernant la première phrase du paragraphe précédent, nous n’avons aucun moyen de vérifier les affirmations (ni le temps à y consacrer). Néanmoins, les renseignements fournis sont suffisamment détaillés pour laisser penser qu’il sont issus d’une charte contemporaine à la fondation. Concernant la seconde phrase du même paragraphe, nous ne sommes pas certains que la chapelle palatine et la tour San Miguel font partie de « la série de bâtiments administratifs » construits sous Alphonse II. La phrase peut en effet être une simple estimation de son auteur sans lien direct avec la charte dont il est fait allusion.



La tour San Miguel


Avant de visiter Oviedo, nous ignorions l’existence même de cette tour. Elle se présente imbriquée dans un ensemble de bâtiments contenant entre autres le cloître et la Cámara Santa. L'image 1 la présente dans sa totalité. Son architecture diffère de celle d’autres tours (principalement, à arcatures lombardes) situées à l’Est, en Catalogne, en France ou en Italie. Cependant nous n’avons pas suffisamment d’éléments de référence pour évaluer ces différences et les comprendre.

L’analyse des murs permet d’envisager plusieurs étapes. En partant du bas, deux massifs piliers en appareil régulier encadrent un mur en appareil grossier. Ce mur en appareil grossier est arrêté à la base de l’arc protégeant la fenêtre supérieure. La corniche qui surplombe ce mur limiterait la première de travaux. En effet, la fenêtre elle-même aurait été creusée postérieurement (elle est encadrée de tous côtés, sauf du bas).

Au dessus de cette partie, l’appareil est plus régulier. Le dernier étage se différencie de cette partie par le traitement des fenêtres. On pourrait donc avoir trois étapes de constructions.

A l’intérieur (image 3), on note un détail surprenant : chaque baie est surmontée d’un « sourcil », c’est-à-dire d’une corniche faisant saillie sur le mur. A l’extérieur
(image 1), une telle disposition n’a rien de surprenant : protéger la baie des intempéries en évitant des gouttières. L’explication est plus difficile à trouver pour l’intérieur. Elément de décor ? On voit mal pour quelles raisons on ait pris soin de décorer cet endroit.

Les images 4, 5 et 6 présentent les baies de l’étage supérieur. Dans la plupart des cas rencontrés ailleurs, les baies sont géminées : sous un grand arc, deux ouvertures semblables sont accolées, séparées seulement par une colonne cylindrique. Ce n’est pas le cas ici : on a deux baies identiques non accolées.

Les chapiteaux s’identifient à des modèles datés aux alentours de l’an mille : entrelacs de vannerie pour le chapiteau de droite de l'image 5, « oiseaux au canthare » pour le chapiteau de gauche dans les images 5 et 6.

Notons enfin que sur ces images, les arcs sont outrepassés (c’est surtout visible sur l'image 6).

Datation de cette tour :
  Nous pensons que, du point de vue architectural, rien ne vient contredire l’idée que cette tour ait été initialement construite au début du
IXe siècle. Cependant il y aurait eu plusieurs étapes de construction, dont la dernière se serait déroulée peu après l’an 1000.



La Cámara Santa


C’est là que sont déposées les principales reliques et reliquaires qui constituent le trésor de la cathédrale d’Oviedo.

Il s’agit d’un bâtiment à deux étages. À l’étage inférieur, se trouve la crypte Sainte-Léocadie (image 11). À l’étage supérieur, la chapelle San Miguel où sont déposés les objets du trésor (image 13).

La Cámara Santa a été détruite à la dynamite en 1934 lors de la révolte des mineurs des Asturies. Elle a été reconstruite depuis, sans doute à l’identique, mais il est difficile de distinguer les parties restaurées des parties entièrement refaites. Il est tout de même surprenant que, sur place, il n’existe aucun témoignage photographique de cette destruction alors qu’il en existe tant pour les églises allemandes détruites par le bombardement de la deuxième guerre mondiale. Sans doute l‘épisode de cette destruction fait-il partie d’un passé que les espagnols et (ou) asturiens s’efforcent d’oublier.

D’un point de vue architectural, il est fort possible que cette chapelle ait été fondée par Alphonse II. La datation des églises à nef unique est beaucoup plus difficile que celle des églises à nef triple. Cependant nous pensons que des églises « effilées », c’est-à-dire celles de hauteur supérieure à trois fois la largeur, comme c’est le cas ici, ont été construites dans le dernier quart du premier millénaire.


Au XIIe siècle, la Cámara Santa a été réaménagée. Sa nef, probablement charpentée à l’origine, a été voûtée d’une voûte en plein cintre portée sur trois doubleaux. Ces trois doubleaux reposent sur 6 piliers. Chacun de ces piliers est constitué de deux statues représentant deux apôtres. Soit en tout, les douze apôtres du Christ (images 13, 14, et 15).



Les pièces du trésor

Le sanctuaire de la chapelle San Miguel contient diverses pièces du Trésor. Rappelons qu'au Moyen-Âge, le vrai trésor n’était pas constitué par les pièces d’orfèvrerie contenant les reliques, mais par les reliques elle-mêmes (image 16).

Nous n’avons pas d’information sur la plaque en métal repoussé de l'image 17. Elle représente une scène de crucifixion. À gauche, on peut voir le bon larron sur sa croix. Il est identifié comme étant le bon larron par l’ange au-dessus de la branche de croix. Au-dessus, on peut voir une Pesée des Âmes. Le même type de scène est reproduit à droite pour le mauvais larron.

Le Christ en Croix est installé au centre de la scène. Son attitude n’est pas celle d’un supplicié, mais de quelqu’un qui accueille. Le ciel, au-dessus des branches de la croix, est constellé. La lune et le soleil sont personnifiés. En dessous des branches, un soldat perce d’une lance le corps du Christ alors qu’un autre lui apporte l’éponge vnaigrée. À leurs côtés, la Vierge Marie et Saint Jean.

Ce type de représentation est visible sur des enluminures datées du Xe siècle.


La croix des Anges de l'image 19 est un reliquaire en forme de croix pattée (nous préférons ce mot à celui de « croix grecque » donné par Wikipedia, probable traduction littérale du texte espagnol). Les branches peu évasées de la croix montrent que l’on est en présence d’une représentation tardive de cette croix. Selon Wikipedia, cette croix « a été donnée à la cathédrale San Salvador d’Oviedo par Alphonse le Chaste, roi des Asturies, en 808, selon ce qu’indique une inscription placée au revers de la croix ». La Croix des Anges est l’emblème d’Oviedo.

Toujours selon Wikipedia, la croix de la Victoire (image 20) « fut exécutée par des orfèvres originaires du royaume franc pendant le règne d’Alphonse III qui ordonna son élaboration au début du Xe siècle pour en faire don à la cathédrale San Salvador d’Oviedo? comme cela est indiqué au revers de la croix. »

Image 21 : le coffret des agates a été donné à la cathédrale San Salvador d’Oviedo, en 910, par l’infant Fruela II d’Asturies et de Léon? fils de Alphonse III des Asturies.

Les images 22 et 23 sont celles d’une pierre tombale de la crypte Sainte-Léocadie. Le texte qui lui est associé indique qu’elle est antérieure aux années 883-884. Les pampres de vigne représentent l’arbre de vie. Un autre arbre de vie est gravé au centre de la plaque. Son interprétation relève de l'énigme.


Les images 24 et suivantes sont celles de divers éléments lapidaires dispersés dans le musée d’art sacré ou des pièces voisines du cloître. On y trouve une grande variété de formes.

Il y a d’abord les plaques de chancel qui séparaient autrefois le sanctuaire de la nef. L’exemple le mieux conservé se trouve à Santa Cristina de Lena que nous étudierons plus loin. Celles des images 24, 25 et 26 décrivent des motifs principalement végétaux. Ce type de plaque est qualifié de « wisigothique », bien qu’on ne soit pas certain de pouvoir les attribuer au peuple des Wisigoths. La datation du VIe- VIIesiècle semble correcte. Celle de l'image 27, gravée de motifs géométriques, est toute différente. Peut être plus tardive : IXe- Xesiècle ?

Le diptyque byzantin de l'image 28 attribué au stratège Apion daterait du VIe siècle. On trouve dans toute l’Europe de telles plaques d’ivoire offertes par les empereurs de Byzance en cadeaux d’amitié.

Les images 29, 30 et 31 sont très intéressantes. Ce sont des chapiteaux ornés de feuilles d’eau dressées (et non de feuilles d’acanthe comme dans les chapiteaux corinthiens).

  • Mais où se trouve leur intérêt ?

  • Ces chapiteaux sont datés du IXe siècle.

  • Et alors ? qu’est-ce que ça change ?

  • En France, le même type de chapiteau est daté du XIe siècle, voire même du XIIe siècle ! Il faudra qu’un jour les chercheurs français et espagnols essaient d’accorder leurs violons.

Dans le même ordre d’idée, qu’est ce qui a conduit un chercheur à estimer que le chapiteau de l'image 32 est daté du XIIe siècle ? Nous pensons qu’il est plus ancien (forme du chapiteau, présence d’entrelacs, de palmettes), du Xe ou XIe siècle ?



Conclusions


Cet ensemble se révèle d’une grande richesse et, très certainement, il reste encore beaucoup à explorer ou à commenter. La datation des monuments (tour San Miguel et Cámara Santa) du IXe ou Xe siècle, semble cohérente. Il en est de même pour les objets et sculptures déposées dans les musées. Concernant la tour San Miguel et la Cámara Santa, il faut cependant noter que les parements de pierre sont différents. Cette différence peur être dûe aux restaurations : nous ne savons pas comment se présentait la Cámara Santa avant la destruction de 1934. Il est possible aussi que le premier étage de la tour San Miguel ait été érigé avant le IXe siècle. Dans tous les cas, il est fort possible qu’il y ait eu sur les deux siècles précédant l’an mille des constructions différentes avec des parements de pierre différents.