Généralités sur l’histoire et l’architecture des Asturies
Nous considérons l’ensemble du chapitre
concernant la région des Asturies d’une grande importance
pour notre étude sur l’histoire du premier millénaire et
l’architecture des monuments de cette période. En effet,
cette région occupe une place à part dans l’histoire de
l’Espagne. C’est de cette région que serait partie la
« Reconquista », la reconquête par les chrétiens espagnols
sur l’Espagne musulmane.
Cependant, avant même de poursuivre nos explications sur
l’histoire des Asturies, demandons à nos amis espagnols : «
quelle est la vérité de la phrase précédente ? »
Si nous posons cette question, c’est
parce que nous avons découvert que, concernant le premier
millénaire et en France, la vérité historique a été
arrangée, adaptée à la France : les ancêtres des français
sont les gaulois, la Gaule ressemblait à s’y méprendre à
l’actuelle France, le vrai fondateur de la France est Hugues
Capet qui, vers l’an mille, a renversé l’empereur allemand
et a fondé un royaume (en Île-de-France) avec pour
capitale…Paris.
Alors, sachant qu’il existe une « histoire française » de la
France, sensiblement différente de l’histoire réelle, mais
propre à forger une identité nationale des français, nous
nous demandons s’il n’y aurait pas de même, concernant
l’Espagne, une « histoire espagnole » propre à forger
l’identité nationale des espagnols.
C’est en tout cas ce que nous avons
envisagé à la lecture des premiers écrits extraits de
l’encyclopédie en ligne Wikipedia concernant le roi Pélage
et la bataille de Covadonga.
Né vers la fin du VIIesiècle, mort en 737,
Pélage aurait assisté à la conquête de l’Espagne par les
arabes, conquête très rapide qui se serait déroulée de l’an
710 à l’an 714. Seules quelques petites parties de la
péninsule ibérique auraient été préservées. Pélage se
réfugie dans les Asturies où il est élu roi en 718 par des
montagnards asturiens, selon une source, par des dignitaires
goths, selon une autre source. En 722, Pélage réussit à
vaincre les Arabes à la bataille de Covadonga. Cette
première victoire préfigurerait les suivantes qui ont permis
la reconquête de l’Espagne musulmane par les chrétiens.
Une telle histoire a valeur d’épopée. C’est en tout cas ce
qu’expriment lesimages de
1 à 6 censées représenter les premiers souverains
des Asturies. On devine aisément qu’elles ne montrent pas
des portraits réels, mais des images idéalisées.
A lire (très superficiellement) cette
histoire de l’Espagne des invasions arabes jusqu’à l’an
1100, nous avons eu tendance à la négliger, à estimer
qu’elle était artificiellement gonflée. Il nous apparaissait
que, dans la réalité, le roi Pélage devait être une sorte de
petit potentat local, subitement apparu au grand jour, au
hasard de la découverte d’un texte. Il ne devait pas avoir
l’importance qu’on lui a donnée par la suite. Les premiers
textes qui en parlent datent de la fin du IXesiècle,
soit près de 150 ans après la mort de ce roi, un temps
suffisant pour justifier non seulement la réalité de son
existence, mais aussi la constitution d’un mythe légendaire
sur sa personne.
Et il nous semblait que ce mythe, démesurément grossi, ne
pouvait pas être remis en question par les historiens
espagnols. Tout comme les mythes fondateurs de l’histoire de
France n’ont pas été remis en question par les historiens
français.
Il nous semble à présent que, en France comme en Espagne,
cette remise en question est en train de se faire. Cette
réaction est bien timide mais elle existe et devrait
s’amplifier. Cela est sans doute dû au développement
d’Internet et d’encyclopédies en ligne. La liberté
d’expression qui s’y exerce permet à chacun de proposer son
point de vue. Et si ce point de vue est argumenté, il a vite
fait de convaincre.
Ainsi concernant la «Reconquista », nous avons consulté la
page de Wikipedia qui traite du sujet. Elle nous semble plus
conforme à la réalité et nous renvoyons à cette page le
lecteur soucieux de connaître cette période d’une manière
plus approfondie.
Cette page fort bien documentée sur la
Reconquista nous conforte dans notre analyse. À savoir que
l’histoire de l’Espagne, au moment de la conquête musulmane
puis de la reconquête chrétienne, n’est pas aussi
schématique que ce qu’on voudrait nous faire croire. La
conquête des musulmans a profité des divisions chez les
chrétiens. Ils ont très certainement et au moins dans un
premier temps évité de s’affronter aux populations locales
en abordant les questions religieuses. Et, en retour, la
Reconquista à dû profiter des divisions chez les musulmans
Les premiers artisans de la reconquête ont dû éviter de
s’affronter aux populations locales islamisées par des
conversions forcées. Celles-ci ont dû survenir beaucoup plus
tard.
Les cartes de la Péninsule Ibérique en l’an 721 (image
7), l’an 910 (image
8) et en l’an 1000 (image
9), reflètent la complexité de cette Reconquista.
Toute nation qui veut forger une
identité nationale - en fait, c’est le cas de toutes les
nations - est amenée à élaborer un scénario historique
analogue à celui d’un
manga : « Nous sommes un peuple A uni et pacifique. Nous
avons été attaqués par un autre peuple B perfide et
sournois. Mais grâce à notre courage et à des chefs
valeureux, nous avons réussi à repousser le peuple B et nous
sommes devenus un peuple libre et heureux. ». Bien sûr, le
même type de discours avec seule inversion des lettres A et
B est proposé aux peuples B par leurs dirigeants.
Ces discours de propagande ont existé dès les temps les plus
anciens. Aussi l’amateur soucieux de découvrir la vérité
historique doit, non seulement, douter des écrits
d’historiens modernes et, en particulier, de ceux du XIXesiècle,
mais aussi douter des écrits plus anciens, susceptibles de
donner un point de vue partisan.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, un raisonnement
basé sur le doute n’est pas forcément destructif. Prenons
l’exemple de « l’invasion arabe de 710 ». Le discours,
promoteur d’une identité espagnole, nous amène à croire que
les arabes étaient de méchants barbares qui se sont attaqués
à l’Espagne, ont soumis les populations chrétiennes et ont
détruit toutes les églises. Introduire le doute dans un tel
raisonnement permet d’imaginer qu’il existe peut-être des
églises qui n’ont pas été détruites, de les rechercher, et,
en cas de découverte, d’infirmer le discours « nationaliste
», … ou de le confirmer en cas d’absence de découverte.
L’art
préroman asturien
Le scénario constructeur d’une identité nationale espagnole
a conduit à privilégier l’importance du royaume des Asturies
dans le dernier quart du premier millénaire. Inversement,
l’importance non seulement de l’empire carolingien, mais
aussi des autres royaumes du nord de la péninsule, a été
minimisée afin de montrer l’unanimité du peuple espagnol
face à l’adversité arabe.
Toujours selon le même scénario, le royaume des Asturies
devait apporter richesse et prospérité à ses sujets. Il est
donc essentiel que l’on trouve des restes importants de
cette opulence. Inversement, il serait regrettable que l’on
trouve dans d’autres régions d’Espagne et pour la même
période des monuments d’égale importance.
Il n’est donc pas étonnant que les monuments asturiens
soient datés du dernier quart du premier millénaire et que,
inversement, les monuments chrétiens des autres régions
soient wisigothiques ou mozarabes datés d’une autre période.
Il faut cependant noter que l’Espagne a sur ce point un gros
avantage sur la France. Car, en Espagne on accepte
l’existence d’édifices antérieurs à l’an 1000. Ce n’est pas
le cas pour la France. Le discours « nationaliste » français
affirme que la France s’est constituée à partir de l’an 1000
autour d’une capitale appelée Paris. Accepter l’idée qu’il
puisse exister ailleurs qu’à Paris et dans des territoires
conquis par les francs des monuments antérieurs à l’an 1000
relève de la gageure.
Nous avons découvert en étudiant les monuments des Asturies
qu’un bon nombre d’entre eux pouvaient être antérieurs à
l’invasion arabe.