Autres monuments de Mérida datables du premier millénaire 

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L’enclos de Sainte-Eulalie


Mérida était une ville importante à l’époque romaine. Elle a dû garder cette importance durant l’antiquité tardive et le Haut Moyen-Âge. Nous pensons que, durant cette période, son organisation a dû être identique à celle de bien d’autres villes européennes : elle devait être partagée en plusieurs parties bien spécifiques. Une des parties était restée romaine. Les autres parties pouvaient être occupées, soit par des populations autochtones antérieures à la venue des romains, soit par des populations nouvellement installées. On pense en particulier à des peuples barbares tels que les Vandales ou les Wisigoths. Nous pensons que le quartier de Sainte-Eulalie pourrait être une de ces parties réservée aux barbares.



Le petit édifice romain devant l’entrée de Sainte-Eulalie

Nous n’avons pas de renseignement sur ce petit édifice (images 1, 2 et 3) aux décors finement sculptés.



L’église Sainte-Eulalie


Extérieurement, cette église ne semble pas présenter une très grande originalité (image 4). Son portail (image 5) est roman. C’est-à-dire, très probablement postérieur à l’an mille. Un détail a cependant retenu notre attention : les arcs sont nettement outrepassés. L’appareil de pierres de certains murs de la façade Nord (image 6) fait envisager pour ceux-ci une datation antérieure à l’an mille, mais sans aucune certitude, car nous n’avons pas pu les voir côté intérieur.

Nous avons seulement visité les fouilles en sous-sol. L’intérieur de l’église a été fouillé et un plafond artificiel a été posé au-dessus des fouilles (images 7, 8 et 9), entourant les piliers de la nef. L’un d’entre eux est visible au milieu de l'image 7. Il est posé sur un large entablement fait de gros blocs de forme parallélépipédique. On distingue deux parties dans ce pilier. À droite, sur un autre entablement cylindrique, on peut voir un faisceau de colonnettes et de piliers. Cette partie daterait du
XIVesiècle. À gauche, le pilier est massif, de forme quadrangulaire. Ce serait le pilier de l’église primitive. Le pilier de droite aurait été accolé au pilier d’origine afin de le renforcer pour voûter l'église.

L’église a abrité des sépultures (images 8 et 9). Nous ne connaissons pas ce type de sépulture à forme de baignoire (parties circulaires de part et d’autre). Leur plan fait penser à celui de certaines nefs à absides opposées. Leu couvercle est en forme de toit. Peut-être s’agit-il de sépultures vandales ? Il faudrait vérifier si on en trouve des semblables en Afrique du Nord.

Le plan de l'image 10 est le plan actuel de l’église. On retrouve sur ce plan la forme que devait avoir l’église primitive, à trois vaisseaux charpentés prolongés par trois absides. Cette église a très probablement été construite avant les sarcophages déposés à l’intérieur. Datation : an 550 avec un écart estimé de 150 ans.

La colonnette en marbre (image 11) à décor géométrique pourrait être wisigothique.


L’hôpital de Masona

C’est en visitant le petit musée attenant au sous-sol de Sainte-Eulalie que nous avons découvert l’existence de cette bâtisse découverte lors de fouilles effectuées à 300 mètres à l’Est de Sainte-Eulalie. Le croquis de ce bâtiment est représenté sur l'image 12. Selon les explications fournies, le péristyle de ce bâtiment était constitué de grandes colonnes monolithes (l’une d’entre elles est visible sur la droite de l’image). Il ne reste rien du bâtiment. Par contre, bon nombre de colonnes ont été conservées. Certaines d’entre elles auraient été déposées dans le musée archéologique. Mais la plupart se trouvent ailleurs à l’intérieur d’une forteresse située en bordure du fleuve, la forteresse de l’Alcazaba. Au centre de cette forteresse, se trouve un bâtiment de dimensions modestes (image 13). Ce bâtiment abrite l’entrée d’un escalier souterrain permettant d’accéder à une citerne communiquant par voie souterraine avec la rivière.

Ce puits (ou cette citerne) devait être particulièrement utile en état de siège (plan en image 14). Les seuils d’accès à cette citerne étaient protégés par de solides linteaux soutenus par d’aussi solides piédroits (image 15). Et c’est là que l’on retrouve l’hôpital de Masona, car ces linteaux ou piédroits pourraient provenir de la galerie de cet édifice. Que s’est-il donc passé ? Très probablement lors d’une menace d’invasion, les défenseurs de Mérida – sans doute des arabes – ont décidé de se replier à l’intérieur des murailles en abandonnant les bâtiments situés à l’extérieur. Dans la pratique et si les défenseurs en avaient le temps, l’abandon était accompagné d’une destruction. Ce afin que les assaillants ne profitent pas de positions plus élevées ou n’utilisent pas les matériaux lors du siège. L’hôpital de Masona aurait donc été détruit. Ses matériaux auraient été récupérés pour construire le puits.

L’ensemble des images de 16 à 22 fait apparaître la richesse de l’ornementation de ces piliers. Ces piliers sont désignés comme étant « wisigothiques ». Or, selon nous, la ressemblance avec des modèles wisigothiques n’est pas certaine. Certes, il existe dans des zones d’occupation wisigothique des formes de feuillages à l’intérieur d’un cercle de lianes entrelacées, comme dans l'image 19. Mais pour toutes les formes vues jusqu’à présent, à l’intérieur du cercle de lianes, on ne voit qu’une seule feuille largement étalée au lieu de deux ici. En conséquence, nous pensons que ces œuvres pourraient ne pas être d’origine wisigothe, mais d’un peuple proche des Wisigoths. Peut-être les Vandales.



Le « puits-mosquée »


Venons-en maintenant à la construction elle-même du puits. Le croquis de l'image 24 montre que cette construction avait primitivement trois étages. De ces trois étages, il ne reste que celui du bas. Au-dessus, se trouvait la salle de prière d’une petite mosquée. Et au-dessus encore, une « tour de communication ». On ne sait comment les archéologues ont pu découvrir l’existence de ces trois étages, peut-être la découverte d’un croquis ancien ?

Au-dessus de l’entrée, se trouve une pierre « à coquille » (image 26) . Nous avons déjà rencontré ce type de pierres : en Égypte à Denderah (église copte : plusieurs pierres) et à Braga (une seule pierre).


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