Autres églises de Catalogne susceptibles de dater du premier millénaire 

• Espagne-Portugal    • Article précédent    • Article suivant    


L’église Sant Pau del Camp à Barcelone


Selon la page (en anglais) du site Internet Wikipedia consacré à cet église, elle serait « documentée à partir de l’an 977, et en 985, elle aurait été saccagée et détruite par les troupes musulmanes de Al-Mansour Ibn Abi Aamir. »

Nous sommes en général très circonspects vis-à-vis de ces informations. Dans de nombreux cas, les historiens confondent les mots « saccagé » et « détruit ». Or la destruction d’un bâtiment n’est pas chose facile (hormis à l’époque actuelle qui connaît les explosifs). Cette destruction exige une volonté destructrice et nécessite des délais pour accomplir l’acte destructif. Il est rare que des pillards mettent le feu à un habitat. Assez paradoxalement, la destruction est plus le fait des assiégés que des assiégeants. En effet, les assiégés qui se replient derrière leurs murailles démolissent – s’ils en ont le temps – toutes les constructions extérieures aux murailles et rapatrient les matériaux.

Cependant, dans le cas présent, il est possible que l’église construite avant l’an 1000 ait été entièrement détruite. Nous ne voyons pas de construction antérieure à l’an 1000.

Le chevet est décoré d’arcatures lombardes (image 2). Ce serait le deuxième âge des arcatures lombardes (XIesiècle). Le culot (image 2) nous semble nettement plus ancien (wisigothique ?).

Le portail (image 4) semble a priori dater du XIeou du XIIesiècle. Cependant, les impostes qui soutiennent les voussures du portail, d’une très grande largeur, s’apparentent à des modèles wisigothiques (images 5 et 6). Leur décor est lui aussi de style wisigothique : rosaces, étoiles, croix pattée. Les chapiteaux qui portent ces impostes sont d’un modèle archaïque ni romain, ni roman. Le tympan représentant le Christ entouré de deux apôtres, Pierre et Paul (image 7) date du XIIIeou du
XIVesiècle. Le linteau situé en-dessous, décoré d’une croix pattée, est nettement antérieur.




Cathédrale Sainte-Marie de La Seu d’Urgell

Le plan de la cathédrale de La Seu d’Urgell est basilical : nef à trois vaisseaux, piliers de type R1111. Les arcs sont doubles. Les voûtes sont en plein cintre.

Remarque : il y a une sorte de pléonasme dans l’expression : « cathédrale de La Seu d’Urgell » . En effet, le mot « Seu » signifie « siège » et aussi « cathédrale ». La cathédrale était le siège, ou la cathèdre de l’évêque.

Datation envisagée : an 1050 avec un écart estimé de 50 ans. Mais il est possible qu’il y ait des parties plus anciennes non détectées sur les images fournies.





L’ensemble épiscopal de Terrassa

Voici quelques uns des commentaires de la page « Ensemble monumental des églises de Sant Pere de Terrassa » du site Internet Wikipedia : « L’ensemble monumental des églises de Sant Pere de Terrassa est constitué par les églises romanes de Sant Pere, Sant Miquel et Santa María situées au confluent des torrents de Vallparadis et Montner, dans l’ancienne agglomération wisigothique d’Egara, origine du village de Sant Pere, aujourd’hui un quartier de Terrassa…. Elles ont été le siège de l’ancien évêché d’Egara aux Ve et VIIe siècles…. L’ensemble épiscopal se conforme aux modèles byzantins antiques : deux églises (Santa María et Sant Pere), un baptistère (Sant Miquel). Après un long processus de construction, les églises ont été terminées (dans leur forme actuelle) vers les XIe et XIIe siècle. Elles sont de facture romane, édifiées sur les anciens édifices préromans de l’époque wisigothique. »

L’image 16 fait apparaître de gauche à droite Sant Pere, Sant Miquel (baptistère à plan centré), Santa María.

Nous n’avons pas visité ces églises (du moins à une date récente). Les images 18 et 19 représenteraient l’extérieur et l’intérieur de Sant Miquel. Les images 20 et 21 seraient celles de Santa María.

Il nous est difficile d’émettre un point de vue sur ces constructions. Cependant, nous émettons quelques objections sur certains des commentaires ci-dessus tels que :
« L’ensemble épiscopal se conforme aux modèles byzantins antiques ». Nous pensons en effet que le modèle n’est pas byzantin (c’est-à-dire une émanation du pouvoir de Constantinople) mais général au monde chrétien antique. Durant l’antiquité tardive, il n’y avait pas de grande cathédrale mais un ensemble de plusieurs églises dont l’une, en général dédiée à Sainte Marie, était le siège de l’évêque. Une autre de ces constructions servait de baptistère. Le nombre de ces églises était variable : on en trouve 6 à la Hierapolis d’Oviedo, 5 à l’enclos cathédral de Béziers.

Une autre objection tient dans la formulation, « Elles sont de facture romane, édifiées sur les anciens édifices préromans de l’époque wisigothique », formulation que nous aurions tendance à remplacer par « Ce sont des édifices préromans de l’époque wisigothique restaurés à l’époque romane ». Il nous semble en effet que, très probablement, des pans entiers des édifices préromans existent dans les édifices actuels. Dans sa formulation, la page de Wikipedia veut sans doute rajeunir ces édifices, nous inciter à croire qu’ils datent du deuxième millénaire, de la période de la Reconquista, lorsque la Catalogne est devenue espagnole.






Église Sainte-Colombe de Siurana

Apparemment, rien dans cette église ne montre une appartenance au premier millénaire. Il faut dire que son modèle est simple : c’est un édifice à nef unique terminée par une abside semi-circulaire, un édifice que rien ne distingue de nombreux autres invariablement datés du XIe ou XIIe siècle (images 22 et 23). Le portail (image 24) semble lui aussi dater de la même période. Un détail cependant attire notre attention. L’arc de cercle formé par les voussures du portail est plus ouvert que l’arc de cercle du tympan qu’il surmonte. Très probablement, le tympan (image 25) est un remploi emprunté à un portail plus ancien. Par son iconographie (représentation du soleil et de la lune, Christ et apôtres non auréolés, têtes surdimensionnées, vêtements proches de l’antique, lions à têtes recouvertes d’écailles), ce tympan fait penser à des œuvres du Xe siècle, voire même antérieures.

D’autres sculptures font aussi envisager une antériorité à l’an 1000. C’est le cas du chapiteau de « l’homme entouré de quadrupèdes » (image 26). D’une part, le pagne de l’homme est semblable à celui du Christ de l’image précédente. D’autre part, nous sommes en présence d’une image que nous ne comprenons pas et que nous n’avions jamais vue auparavant. Nous pensons que plus une image est ancienne, moins on est apte à comprendre sa signification. Car plus on est privé des éléments de référence qui ont permis de la produire.

Malgré sa facture un peu malhabile, nous sommes moins certains de l’ancienneté de la console de l’image 27, soutien du linteau du portail.


Chargement...