Six églises de Catalogne à chevet plat
Nous avons déjà rencontré en France des
églises dites à « chevet plat ». Nous les avons décrites à
plusieurs endroits de notre site (Ariège, Aude, Aveyron,
Gard, Hérault), et, toujours en France, nous devons
poursuivre notre étude avec le département des Pyrénées
Orientales, et, peut-être, d’autres régions que l’Occitanie.
D’ores et déjà, on constate que leur nombre est important.
Dans son livre « Les
vieillies églises à chevet carré du département de
l’Hérault », édité en 1983, l’abbé Joseph Giry en
décrit 86. Mais depuis, d’autres églises ont été découvertes
et leur nombre dépasserait la centaine … pour le seul
département de l’Hérault. La plupart de ces églises sont
réduites à l’état de ruines dépassant à peine du sol. Mais
on peut penser qu’il en existe de non répertoriées encore
debout dans des régions situées au Nord des Pyrénées moins
bien étudiées que l’a été l’Hérault. On peut logiquement
envisager que, au Sud des Pyrénées, le nombre de ces
édifices est tout aussi important qu’au Nord. En
conséquence, les six édifices que nous décrivons ci-dessous
ne sont certainement pas les seuls de ce type en Catalogne.
Mais ils sont très probablement les plus représentatifs.
L’église Sant Cristofol de Cabrils
Les divers commentaires extraits d’Internet (en espagnol ou
en catalan) donnent des datations très différentes. Pour
certains, des pierres sculptées insérées dans le mur
seraient wisigothiques du VIe ou VIIesiècle. Pour
d’autres, l’église serait du IXesiècle. Enfin
« Selon Barral i Altet », la fenêtre géminée montre que la
chapelle n’est que de peu antérieure à 1037, date de la
première notice. Nous aurions tendance à accorder peu de
crédit à cette dernière phrase. En effet, la datation d’un
bâtiment ne peut être dépendante de celle d’une fenêtre qui
peut avoir été percée longtemps après. D’ailleurs, si nous
devions en tenir compte, nous serions obligés de dater cette
chapelle du XIXesiècle, au vu des deux
fenêtres carrées visibles sur l'image
1.
On constate la présence d’arcs outrepassés : arc triomphal (image 3), fenêtre
simple (image 4),
fenêtre géminée (image 5).
L’église
de Sant Julià de Boada
Selon les renseignements fournis par Internet, l’existence
de cette église est attestée par un document de l’an 934. Le
plan de l’édifice (image
8) présente trois salles. Toujours selon
Internet, il y avait à l’origine (probablement wisigothique)
une seule nef séparée de l’abside par un arc triomphal. Une
autre nef aurait été ajoutée par la suite pour agrandir la
nef précédente. Un autre arc aurait été aménagé dans
l’ancienne façade Ouest afin de faire communiquer les deux
nefs. Cet arc aurait supprimé la porte de cette façade.
Toujours selon le site Internet, cet arc serait
d’inspiration mozarabe (images
10 et 11). Une des impostes serait ornée d’un
rare décor « en dents de loups » (image
12).
Église
Sant Quirze de Pedret
Selon le site Internet du Guide Vert Michelin : « Sant
Quirze est l’un des principaux exemples de l’art préroman
catalan. Une récente restauration lui a rendu son aspect
du Xesiècle. Les peintures murales qui ont
fait sa réputation ont été reproduites, les originaux
étant conservés au musée diocésain de Solsona et au musée
national d’art de Catalogne à Barcelone. ».
Sur le site Internet www.turismeberga.cat
consacré à cette église, son évolution est
évoquée par 8 croquis différents, ainsi légendés : dernier
tiers du IXesiècle, milieu du Xesiècle,
premier quart du XIesiècle, XIIIesiècle,
XVIIIesiècle, 1959, 1964, 1995. Nous sommes très
admiratifs, mais aussi très sceptiques vis-à-vis de ces
datations. En effet, si les trois dates très rapprochées de
1959, 1964, 1995 décrivent les étapes d’une restauration,
une seule aurait pu suffire ou à la limite deux (avant
restauration – après restauration). Mais ce qui nous étonne
le plus, c’est la bonne précision des trois premières
évaluations, opposée à l’absence de précision des deux
suivantes. Comment les spécialistes ont-ils fait pour dater
les trois premières ?
Il semblerait que l’église primitive était à nef unique
prolongée par l’abside actuelle. Nous pensons que cette
église était charpentée (nef et abside), le voûtement est
ultérieur (images 13,
14, 15, 18). Les deux absidioles (images
19 et 20) seraient postérieures. Les arcs sont
mozarabes (fortement outrepassés, impostes à saillie vers
l’intrados). Concernant les fresques, il faut faire la
différence entre les fresques des absidioles (copies
d’originaux images 19 et
20) à scènes bibliques et celles de l’abside
principale (images 16 et
17). Nous pensons que celles-ci sont plus
anciennes. Pour avoir vu des sarcophages présentant le même
aspect désordonné, nous pensons que ces fresques
s’apparentent à des tags ou à des graffiti : un homme
puissant a décidé d’installer dans cette église un monument
(autel ? tombeau ?) le concernant. Il impose sa marque sur
le mur de l’église. Sur l'image
16, la marque est une croix pattée. Dans le cercle
intérieur, un cavalier portant un couvre-chef conique
(évêque ? soldat ? avec à sa gauche, un coq). Le personnage
de l'image 18 a
quant à lui les bras en croix dans une attitude d’orant.
Église
Sant Vicenç d'Obiols
Il est possible que cette église ait été construite d’un
seul jet. Elle est dotée d’un transept bas, aux bras très
peu épais, faisant plus penser à des niches qu’à des
chapelles latérales (images
22, 23, 26). Le caractère symétrique de la
construction fait envisager qu’il y a là un acte
volontaire à caractère symbolique. Peut-être cette église
était-elle réservée au culte de l’hérésie arienne pour
laquelle le Père, personnage central, laisse sur les
côtés, le Fils et le Saint Esprit ? Remarquons que, ici
aussi, les arcs sont fortement outrepassés mais ils sont
portés par des chapiteaux-tailloirs alors que précédemment
ils l’étaient par des impostes.
Église
de Santa Fe dels Solers
Peu de choses à dire sur cette église à nef unique. L’arc
triomphal est légèrement outrepassé. Une pierre tombale
est décorée d’une croix pattée à stries (image
30).
Église de Santa María del Marquet
Sise à l’intérieur du village ou hameau, l’église Santa
María del Marquet n’attire pas particulièrement
l’attention. À l’intérieur, si la nef apparaît romane, le
chevet, quant à lui? est nettement préroman avec ses arcs
outrepassés.
Datation
Tout comme pour les édifices à chevet plat situés au Nord
des Pyrénées, la datation des églises à chevet plat de
Catalogne s’avère très délicate. Cependant on peut
effectuer quelques comparaisons.
Tout d’abord? on constate une ressemblance forte entre ces
églises situées de part et d’autre des Pyrénées. En règle
générale, elles sont dotées d’une nef unique rectangulaire
terminée par une abside rectangulaire. Il arrive souvent
que les axes de ces salles rectangulaires n’aient pas la
même orientation (quelques degrés mais c’est suffisamment
visible sur un plan). La nef et le chœur communiquent
entre eux par un arc triomphal. Cet arc est souvent
outrepassé. Il l’est plus nettement dans les six églises
étudiées ci-dessus. L’arc est très généralement porté par
des impostes sommairement décorées. Très probablement
l’ornementation était picturale mais le support s’est
dégradé et il ne reste rien des fresques primitives.
Le nombre important de ces édifices laisse envisager
qu’ils ont été construits sur plusieurs siècles, avant
l’an 1000. Cependant à l’heure actuelle nous sommes
incapables de les ranger afin de préciser les datations.
Datation envisagée pour l’ensemble de ces édifices : an
800 avec un écart estimé de 200 ans.