L’église Sant Pere de Besalú  

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Nous avons visité cette église en avril 2007. C’est–à-dire bien avant d’avoir identifié les caractères spécifiques permettant d’envisager la datation d’une église. Ce n’est que bien plus tard, il y a moins de trois ans, en consultant les photographies prises à cette occasion, que nous avons compris l’intérêt que pouvait représenter cet édifice.


L’abside principale est de grandes dimensions (image 1). Elle est à arcatures lombardes (image 3). Ces arcatures lombardes semblent faire partie du groupe du deuxième âge des arcatures lombardes. Nous pensons en effet que la période durant laquelle ont été construites les églises à arcatures lombardes s’est déroulée durant plusieurs siècles, avant et après l’an mille. Ce type d’arcatures lombardes est probablement à l’an mille, voire 1100.

La façade Nord (image 4) révèle une nef à plan basilical.

La façade Ouest (image 5) est tout à fait analogue aux façades Ouest des basiliques paléochrétiennes comme Saint-Aphrodise de Béziers : portail d’entrée au milieu de la partie inférieure, grande fenêtre à la verticale du portail, plus petite fenêtre sur chacun des collatéraux, mur de façade identique à la vue en coupe transversale de l’édifice.


Nous pensons que la fenêtre (image 7) est de beaucoup postérieure à la période paléochrétienne : elle daterait peut-être du XIesiècle. Mais il arrive souvent que des fenêtres soient percées dans des façades anciennes, longtemps après la construction de celles-ci.

Le portail de cette façade Ouest (image 8) semble plus ancien que la fenêtre. Les images 9, 10, et 11 sont des détails d’une voussure du portail. On y voit des entrelacs
(image 10) ainsi que des sortes de quadrupèdes (images 9 et 11) de style apparenté à celui du chapiteau « à la marmotte » de Saint-Pierre de Lespignan (à voir sur ce site). Cette voussure semble bien antérieure à l’an 1000.

Mais ce sont les images 12 et 13 qui révèlent la véritable ancienneté de l’édifice en montrant que le plan de sa nef est bien celui d’une basilique à trois vaisseaux avec des piliers rectangulaires de type R0000 dotés d’impostes à saillies multidirectionnelles. C’est donc tout à fait le même profil que Saint-Aphrodise et la Madeleine de Béziers, églises que nous datons de l’an 550 avec un écart estimé de 150 ans.


Sur l'image 14, le chœur à déambulatoire doté de colonnes cylindriques a un style fort différent de la nef. Les chapiteaux des colonnes sont manifestement romans.

À partir du plan de l'image 15, on peut envisager l’évolution suivante :

L’édifice primitif était une basilique à nef à trois vaisseaux et quatre travées terminées par une abside dont les restes de murs seraient sous la colonnade de l’actuel chœur, et, peut-être, deux absidioles. Il resterait de cet édifice les trois travées à l’Ouest. La façade Ouest aurait été refaite plus tard à l’identique mais avec de nouvelles baies.

Peut être au même moment que la réfection de la façade, d’autres travaux auraient modifié la partie Est. Un transept débordant aurait été créé. Dans ce but, des piliers auraient été accolés aux piliers anciens pour soutenir la croisée du futur transept. Cette campagne de travaux a dû s’effectuer avant l’an 1000 (an 900 avec un écart estimé de 100 ans).

Peut-être au même moment, un mur à plan circulaire aurait été construit autour de l’abside de façon à ménager un couloir pour la contourner.

Mais ce n’est que beaucoup plus tard, à la fin du XIesiècle ou dans la première moitié du XIIesiècle, qu’il aurait été décidé de renforcer ce mur pour en faire le mur extérieur d’une nouvelle abside et transformer le déambulatoire extérieur en l’actuel déambulatoire intérieur.

Voilà donc pour un essai de reconstitution de l’évolution de cet édifice.

On peut émettre l’objection suivante : les églises paléochrétiennes étaient charpentées et non voûtées. À cela nous répondrons que cette église a été probablement charpentée initialement et voûtée ultérieurement. Cette deuxième opération a été rendue possible grâce à l’abaissement des murs du vaisseau central et la fabrication de voûtes légères.

Les considérations développées ci-dessus ne sont là que des hypothèses de travail qui doivent être confirmées (ou infirmées) par un examen approfondi des lieux.