L’église de l’amphithéâtre de Tarragone 

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Le site de l’amphithéâtre est installé dans un cadre splendide face à la mer Méditerranée (images 1, 2 et 3).

Selon un des panneaux explicatifs (écrit en anglais) : « Le site de l’amphithéâtre, considéré comme sacré, fut monumentalisé par une grande basilique construite à la fin du VIesiècle qui a créé une petite aire funéraire. Étonnamment, une partie des fondations de la basilique a été excavée des gradins du vieil amphithéâtre quand les dimensions de l’église leur ont été allouées, une fois que le podium et la cava ont été démantelées pour insérer la totalité de l’œuvre dans un des quadrants de l’arène. Ce fait a été interprété comme un possible désir de superposer la nouvelle construction wisigothique sur une structure religieuse précédente : peut-être une memoria de martyre. » (image 4).


Selon le même panneau écrit en anglais : « La basilique est une nef rectangulaire orientée dans la même direction que les axes de l’amphithéâtre. Elle est de 13 mètres de large sur 22, 75 mètres de long et, à l’intérieur, elle est divisée en trois nefs. La nef centrale est large de 14 m et chacune des nefs latérales de 5, 60 m. À l’est de l’abside en fer à cheval, ont été ajoutés les restes d’un bloc ancien portant une inscription dédiée à Héliogabale, et au nord, une chambre annexe destinée aux rites funéraires ou de baptême. »

Nous avons beaucoup de difficultés à comprendre ce texte : si la nef de cette basilique est constituée de trois vaisseaux, le vaisseau central étant large de 14m, et chacun des collatéraux, large de 5, 60, la largeur totale de cette nef est au moins égale à 14+ 2 X 5, 6. Soit 25, 2 m. Et non les 13 mètres précédemment cités. Nous pensons donc qu’il y a une erreur. Et que cette erreur concerne les dimensions du vaisseau central (14m) et des collatéraux (5,60m). Une mesure effectuée à partir du plan de l'image 5 (une échelle apparaît tout en bas du plan) donne les valeurs suivantes : vaisseau central, de milieu de pilier à milieu de pilier : 6, 5 m ; collatéral de milieu de pilier à mur côté intérieur : 2,5m. Soit en tout 11, 5 m de largeur intérieure. Et en ajoutant un mètre d’épaisseur des deux murs, cela donne 12,5 m : ce qui est plus conforme aux 13m du début.

À remarquer que la même erreur se retrouve sur les textes identiques écrits en espagnol et en catalan. À croire que l’erreur vient de nous !


L'image 6 fait apparaître des tombes à dalles de pierre caractéristiques du premier millénaire. Certaines sont à plan rectangulaire, d’autres à plan anthropomorphe. Selon les panneaux indicatifs, les dalles de pierre proviendraient de l’amphithéâtre, 48 tombes seraient documentées et l’étude anthropologique de 28 individus aurait été réalisée. La présence d’individus des deux sexes et d’âge différents a été confirmée.


Le plan de l'image 7 montre que l’église wisigothique à nef à trois vaisseaux (en traits noirs) a été recouverte par une autre église à nef à un seul vaisseau (seul le contour des murs est indiqué). On remarquera que les murs de l’église nouvelle occupent les collatéraux de l’église ancienne. Cependant, ce n’est pas tout à fait symétrique car côté Nord les murs n’empiètent pas sur socles des piliers alors que c’est le cas côté Sud.

On peut voir des exemples d’emplacements des socles des piliers sur les images 10, 11 et 12.


Les images 13, 14 et 15 font apparaître les restes de la seconde église.


Commentaires et datation


La basilique wisigothique :

Un autre panneau, celui-ci écrit en français, nous apprend ceci : « Basilique chrétienne à trois nefs, bâtie au VIesiècle en mémoire de l’évêque Fructueux et de ses diacres Augure et Euloge. L’édifice disposait d’une salle annexe qui servait de sacristie. Selon la tradition, l’endroit indiquerait le lieu d’exécution. La basilique fut utilisée jusqu’au début du VIIIesiècle. »

Nous sommes très circonspects vis-à-vis de telles informations. D’une part, l’affirmation que la « basilique … a été bâtie en mémoire de l’évêque Fructueux et de ses diacres Augure et Euloge » est-elle étayée par un document montrant que l’édifice a bien été dédié à ces saints ? On sait par ailleurs que Saint Fructueux et ses compagnons auraient été martyrisés à Tarragone en 259. Si l’endroit est vraiment le lieu d’exécution, et si cet endroit a fait dès le début l’objet d’une vénération, comment se fait-il qu’il n’y ait, semble-t-il, aucun reste de sarcophage du IVesiècle en cet emplacement ? Et aucun signe montrant qu’une au moins de ces tombes a fait l’objet d’une vénération particulière ? Nous pensons donc que cette église a pu avoir été construite à l’intérieur de l’amphithéâtre lorsque celui-ci a cessé d’être utilisé pour les jeux.

La deuxième remarque est en rapport avec la phrase : « La basilique fut utilisée jusqu’au début du VIIIesiècle ». Cette information est-elle le résultat d’une véritable observation archéologique qui aurait constaté l’abandon de l’édifice pendant plusieurs siècles ?  Ne s’agirait-il pas plutôt d’une phrase de circonstance partant du principe érigé en dogme que les envahisseurs arabes du début du VIIIesiècle ont détruit tous les lieux de culte chrétiens ?


L’église à plan à croix latine :

L’église à plan à croix latine qui a remplacé l’église wisigothique (images 13, 14 et 15) est dédiée à Santa Maria del Miracle. Selon le Guide Vert Michelin « Barcelone et la Catalogne », elle daterait du XIIesiècle. Au vu de l’état du bâtiment, il ne nous est pas possible de confirmer ou d’infirmer cette datation. Cependant, l’existence de colonnes adossées aux murs latéraux fait envisager que l’église était voûtée et en conséquence pourrait être postérieure à l’an 900, voire l’an 1000. Inversement, la présence d’arcs en plein cintre (donc non brisés) la rendrait antérieure à l’an 1150.


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