Édifices de la ville de Guimarães susceptibles de dater du premier millénaire 

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Le Castelo (images 1, 2 et 3)

« Une tour de défense assurant la protection d’un monastère et de quelques maisons alentour : telle est, au Xesiècle la configuration du bourg de Guimarães, fondé peu de temps auparavant par la comtesse Nuña Mumadona, originaire du León. ». Cette phrase extraite du Guide Michelin sur le Portugal semble sans appel : le bourg de Guimarães a été fondé au Xesiècle. Nous verrons cependant plus loin qu’il doit subsister des restes d’une occupation plus ancienne.

La tour de défense dont il est ici question est le donjon du château (Castelo). Le château aurait été ajouté au début du XIIepar Henri de Bourgogne, puis remanié au
XVesiècle.



L’église São Miguel do Castelo

Le Guide Vert Michelin est peu disert sur cette église : « Entre le palais des ducs de Bragance et le château, cette petite église romane (XIIesiècle) abrite des dalles funéraires… ».

Nous pensons que cette petite église présente toutes les caractéristiques « d’une église à chevet plat ». On désigne sous ce nom un grand nombre (plus d’une centaine) d’églises situées dans la région d’Occitanie (France). Ces caractéristiques sont les suivantes : une nef rectangulaire de dimensions réduites. Cette nef est prolongée d’un chœur en général carré de dimensions plus petites que la nef. Si la nef est le plus souvent charpentée, le chœur est, lui, voûté en plein cintre (Plan de l'image 9 , images 4 et 6). Les fenêtres (image 5) sont rares et étroites. La porte est en général située côté Ouest. Dans le cas présent, on a trois portes situées respectivement sur les façades Nord, Sud et Ouest.


L’expérience acquise après les longs mois de recherches pour alimenter l’actuel site Internet nous permet d’affirmer avec une probabilité supérieure à 90% que, contrairement à ce qui est écrit sur les guides touristiques, cette église n’est pas du XIIesiècle, mais de beaucoup antérieure à cette période. En premier lieu, elle ne peut être qualifiée de romane. L’art roman concerne des édifices construits au XIe ou XIIe siècle. Or, à cette époque, les églises étaient voûtées et dotées de chapiteaux sculptés. On peut certes nous objecter que les constructeurs ont voulu faire des économies en lésinant sur les moyens, mais qu’il nous soit permis de douter que, ce faisant, les rois du Portugal qui ont participé à la construction du Castelo, se rabaissent au niveau d’un simple citoyen.

A l’intérieur, l’arc triomphal (image 12) semble être le résultat d’une restauration récente. Les pierres qui tapissent le sol de la nef sont ornées de croix pattées (images 13 et 14) ou d’inscriptions épigraphiques (image 14) . Sur celle de l'image 15, un petit bonhomme aux bras levés porte un plastron décoré d’une croix pattée. En absence de références, il nous est difficile de dater ces pierres tombales. Nous pensons cependant qu’elles doivent dater du XIIe ou du XIIIesiècle.





Collégiale du couvent Notre-Dame de l’Olivier

Cette église ne suscite a priori aucune interrogation. Elle a des traits caractéristiques de l’art roman (chapiteaux dérivés du roman, absence de croisée d’ogives) et d’autres qui font penser aux débuts du gothique (pilier de l'image 17). Et donc la datation pourrait correspondre au début du XIIIesiècle.

On pourrait en rester là. Cependant, les images 19 et 21 font apparaître des restes d’arcades à l’intérieur et, en ce qui concerne l'image 21, non seulement l’arcade mais aussi le chapiteau qui la soutient. Notons aussi sur l'image 18 et, en agrandissement sur l'image 20, que les colonnes portant les arcs brisés (du XIIIesiècle) ont été placées sur des pilastres cannelés. Ces pilastres sont donc antérieurs au XIIIesiècle. S’agit-il des restes de l’ancienne collégiale du « couvent fondé au Xesiècle par la comtesse Mumadonna » ? En tout cas, l’utilisation de pilastres cannelés est significative d’un retour à l’antiquité prôné par Charlemagne au IXesiècle.



Le cloître du couvent Notre-Dame de l’Olivier

Ce cloître a été en partie endommagé par des bâtiments qui ont été installés en son milieu. Comme la collégiale, il peut être daté du début du XIIIesiècle (images 22, 23 et 24). La salle capitulaire (image 25) peut être attribuée à la même période. On y voit des arcs nettement outrepassés. Cependant, nous ne sommes pas certains que ce soit intentionnel, à valeur symbolique, ou dans le but d’imiter l’art arabe. Nous ne sommes même pas certains que ce soient les arcs originaux. Ils semblent en effet fortement restaurés.


Le cloître a été aménagé en musée lapidaire.

On peut y voir deux sarcophages sculptés (images 26 et 27). Les cuves, à logette céphalique, semblent anciennes, du VIeou VIIesiècle. On peut en voir une du même type, mais non décorée, à Barcelos. Primitivement, ces deux cuves devaient être à l’image de celle de Barcelos. Au XVesiècle, elles auraient été récupérées et décorées du blason du nouvel occupant.

Les images 28, 29 30 sont celles de chapiteaux pouvant être antérieurs à l’an 1000. La sirène de l'image 28 tient dans son bras gauche sa queue dressée à la verticale et dans l’autre ce qui ressemble à un tronc d’arbre. Dans de nombreux autres cas, la sirène tient deux queues dressées et non une seule.