Le musée lapidaire de plein air du palais des comtes de Barcelos 

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La cité fut le siège du premier comté du Portugal et la résidence du premier duc de Bragance. Dans les ruines de ce palais, construit au XVesiècle, a été aménagé un petit musée archéologique de plein air.



La légende du coq de Barcelos (d’après le Guide Michelin sur le Portugal)

« Un pèlerin qui se rendait à Saint Jacques de Compostelle, se voit accusé de vol au moment de quitter Barcelos. Incapable, malgré sa bonne foi, de se défendre face à l’apparente évidence des faits, il est condamné à être pendu. Il tente alors une ultime démarche auprès du juge. Comme celui-ci refuse de se laisser convaincre, le pèlerin implore la protection de Saint Jacques, et, avisant le coq rôti destiné au repas du juge, déclare que, pour preuve de son innocence, le coq se lèvera et chantera. Le miracle a lieu. Le juge reconnaissant l’innocence du pèlerin le libère. En souvenir, l’homme fait ériger un monument qui se trouve au Musée archéologique de la ville. » . Il s’agit de la croix de l'image 3. Il s’agit d’un calvaire du XVeou XVIesiècle analogue aux biens connus calvaires bretons.

Nous pensons que, comme toute légende, celle-ci doit recéler une part de vérité. Notons tout d’abord que cette croix de l'image 3 semble confirmer la légende. Tous les personnages y sont présents : le pèlerin pendu, le juge qui le soutient et, tout au-dessus, le coq chantant.

Venons en maintenant à la légende elle-même. Elle n’a rien d’exceptionnel. Ce n’était sans doute pas rare de voir un simple voyageur accusé de vol. Il était sans doute un peu plus rare qu’il soit condamné à être pendu. Et encore plus qu’il soit gracié au dernier moment. Mais un tel enchaînement est plausible.

Il est même possible - mais là nous devons être très imaginatifs - que l’homme soit gracié parce qu’un coq tout rôti s’est mis à chanter !

Souvenons nous en effet que le mot latin « gallus » a eu deux traductions : « coq » et « gaulois ». Il est donc possible que le voyageur en question d’ethnie gauloise ait demandé a être jugé selon la loi gauloise par des juges gaulois. Et que, le juge, conscient de possibles problèmes internationaux, ait décidé de gracier l’homme. Il ne faut pas négliger une telle interprétation : on sait qu’un tel type d’argument a été soutenu par Saint Paul qui, de citoyenneté romaine, n’a pas voulu être jugé par un tribunal juif. Concernant l’affaire de Barcelos, elle aurait été réinterprétée et enjolivée pour devenir la légende que l’on connaît. À cela se serait ajoutée une autre interprétation de la représentation sculptée de la croix. Celle-ci ne décrit pas en effet exactement la légende : le pèlerin n’est pas un pèlerin, le coq n’est pas rôti et le juge semble plus inciter l’homme à se pendre qu’à se libérer de la corde. Cette scène ne représenterait-elle pas plutôt la pendaison de Judas effectuée lorsque le coq de Saint Pierre se met à chanter ?



Toujours est-il que le coq est devenu l’emblème de Barcelos. Là encore ne serait-ce pas en relation avec les Gaulois ? On a vu dans la page précédente le caractère
« celtique » da la ville de Braga, située à une vingtaine de kilomètres de Barcelos.

Les images suivantes montrent des sarcophages déposés dans ce musée de plein air. Tous ou presque datent du premier millénaire, du VIeau IXesiècle. C’est le cas des sarcophages des images 5, 9, 11, 14, 15. Sans doute aussi des couvercles de sarcophages des images 17 et 18. Il faut cependant noter que certains de ces sarcophages ont pu être réutilisés à une époque plus récente. Et des inscriptions épigraphiques ou des gravures symboliques ont pu marquer ce réemploi. C’est le cas des sarcophages des images 12 (inscription permettant de dater de l’année 1322, étoile de David), 17 (étoile de David), 18 (blason du XIVeou XVesiècle).


Inversement, d’autres décors semblent dater du premier millénaire (images 11 et 14). Mais le sarcophage qui nous semble le plus remarquable est celui de l'image 5
(agrandissements dans les images 6 et 7). Il y a là une série d’images accumulées. Nous pensons qu’une partie de ce sarcophage devait être cachée et qu’il a été utilisé à plusieurs reprises. À chaque fois la famille du défunt faisait graver un signe caractéristique dans les parties visibles et dans la mesure où il y avait de la place. On trouve ainsi un arbre de vie, une roue, un homme debout, une croix pattée portée sur une hampe, des rosaces, une étoile à 6 branches et d’autres figures difficiles à identifier. Malgré le caractère hétéroclite de cet énoncé, ce sarcophage apparaît intéressant car il permet de mesurer les évolutions et les changements de symboles.

On pourrait penser que la croix pattée de l'image 10 est wisigothique, du VIeou VIIesiècle. Nous l’estimons  - mais sans preuve - beaucoup plus récente, du XIIIesiècle.