Église San Salvador de Tolède 

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La page du site Internet Wikipedia consacrée à cette église nous apprend (en espagnol) qu‘elle « a été construite sur une ancienne mosquée qui est orientée au Sud-Est en direction de la Mecque ». Par ailleurs, la même page nous révèle que cet édifice a subi deux incendies, l’un au XVesiècle et l’autre en 1822 qui ont provoqué de très gros dégâts ayant nécessité d’importants travaux de restauration.



L'image 1 permet de constater l’impact de ces travaux de restauration. Si la partie de droite avec sa colonnade apparaît la plus ancienne, le chœur au centre et la partie de gauche aux piliers quadrangulaires est la plus récente (image 2).

Une colonnade occupe la partie droite (images 3 et 4). Elle supporte des arcs nettement outrepassés. Les chapiteaux (images 5, 6 et 7) sont imités du corinthien. Ils sont différents entre eux, la décoration de certains d’entre eux dénotant un certain archaïsme (images 5 et 7). On constate une certaine irrégularité des dimensions des chapiteaux et des colonnes. Au point que l’on pourrait parler de chapiteaux ou de colonnes « en remploi » si nous n’avions pas conscience qu’il pourrait s’agir de restaurations : la première œuvre était idéalement construite mais, au fur et à mesure des destructions et des restaurations, elle a changé d’aspect.



La plus intéressante des pièces conservées dans cette église est un pilier wisigothique (images 8 et suivantes). C’est le pilier situé à l’extrême gauche sur l'image 3. C’est sans doute une des pièces les plus anciennes de cette église. Nous ne pensons pas pourtant qu’il se trouvait à cet emplacement à l’origine. Il a dû remplacer, lors de travaux de restaurations, une colonne cylindrique endommagée. Les scènes sculptées sur ce pilier sont typiques de l’antiquité tardive. On y découvre en effet : la Guérison de l’aveugle-né et la Résurrection de Lazare (image 9 , de haut en bas), Jésus, et la Samaritaine et la Guérison de l’Hémorroïsse (image 10 , de haut en bas). Ces scènes de miracles ont été reproduites dans une période postérieure à la fin de la persécution des chrétiens.

Les autres faces du pilier sont moins lisibles : carrés inscrits dans un cercle pour l'image 11 , cannelures pour l'image 12. Ce pilier sculpté sur toutes ses faces surprend un peu. Il ne ressemble pas aux montants latéraux du portail de San Miguel de Lillo vus dans les Asturies. Ni aux piliers qui soutiennent l’entrée du puits de Mérida. Pour trouver quelque chose d’analogue, il faut aller à une très grande distance de là, en Arménie, dans le musée lapidaire de Talin et le monument à colonnes d’Odzun.
À remarquer que nous trouvons aussi aux mêmes endroits des croix pattées analogues à celles du sarcophage des images 13 et 14.



Des fouilles ont été faites dans le collatéral Nord de cette église ainsi que dans une cour intérieure située au Nord-Est de l’église (image 15). Une série d’arcs outrepassés qui sont portés par des colonnes monolithes. Les chapiteaux, très endommagés, sont imités du corinthien (images 16 et 17).

Toujours dans cette cour, on peut voir des tombes à coffres avec la logette céphalique nettement marquée (images 18 et 19). Ces tombes sont en général datées du
VIe-VIIesiècle.

Le mur de l'image 20 présente une alternance de pierres plates et rondes caractéristique de la même époque.

Un bandeau sculpté entoure le campanile de l'image 21 sur au moins deux de ses faces (images 22 et 24). Un seul motif est représenté d’une façon répétitive, il est visible sur l'image 23. Nous n’avons pas identifié l’origine du motif. En conséquence, la datation de ce bandeau n’est pas actuellement envisageable.




Datation


Rappelons que nous sommes extrêmement réservés quant aux estimations de datations effectuées auparavant. Bien souvent en effet ces estimations sont basées, non sur des données architecturales, mais sur des a priori ou des simplifications abusives de l’Histoire. En conséquence, l’a priori pourrait être le suivant : « on sait que Tolède était une ville musulmane qui a été prise par le roi de Castille en 1085. L’église El Salvador, qui est antérieure à 1085, ne pouvait donc être avant cette date qu’une mosquée musulmane. ». Comment les historiens ont-ils su que l’église primitive de El Salvador était une mosquée ? Il est possible qu’ils aient découvert des textes historiques le précisant. Mais il est aussi possible que ce ne soit pas le cas et qu’ils l’aient déduit de leurs conceptions préétablies. Par ailleurs, les mêmes historiens simplificateurs diront que les chrétiens et les juifs bénéficiaient d’un climat de tolérance dans l’Espagne musulmane.

Nous estimons que cette église San Salvador n’était pas à l’origine une mosquée, mais une église chrétienne. Elle a un plan basilical très caractéristique des églises chrétiennes. Il suffit de regarder les images 1 , 2, 3 et 4 pour réaliser que sa nef est à trois vaisseaux, le vaisseau central étant nettement plus large que les deux autres. Nous estimons aussi que, dès les premier temps de l’ère musulmane, les musulmans ont construit leurs lieux de culte (les mosquées) en fonction de leurs convictions religieuses, donc différents des lieux de culte chrétiens.

Nous pensons donc que, initialement, cet édifice était un lieu de culte chrétien. Il a peut-être été réquisitionné un peu plus tard pour devenir une mosquée. Mais, dans ce cas, seule l’existence d’un texte écrit permettrait de le prouver.

Constatons enfin la grande ressemblance de cette église avec d’autres situées à 400 km au Nord : les églises dites mozarabes de San Cebrián de Mazote ou San Miguel de Escalada. Pourquoi cette église ne serait-elle pas aussi une église mozarabe ?

Datation envisagée : an 850 avec un écart de 150 ans.


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