Églises romanes de la vallée d’Andorre
• Espagne-Portugal •
Article
précédent • Article suivant
Selon l’encyclopédie en ligne Wikipedia, la création de la
principauté d’Andorre « remonte
à 780 sous le règne de Charlemagne ». Un peu plus
loin, le texte ajoute ceci :
« Selon une légende du 11
esiècle, Charlemagne aurait accordé une
charte aux Andorrans pour les récompenser de leurs combats
contre les Maures. « Le Grand Charlemagne, mon père, des
Arabes me délivra. » C’est par ces mots que débute l’hymne
des Andorrans. »
La création par Charlemagne de la Principauté d’Andorre fait
elle partie de l’histoire ou de la légende ? C’est là une
question que nous avons eu l’occasion de rencontrer. Mais
c’était à Gérone. Là aussi une légende raconte que
Charlemagne est venu à Gérone mais, selon la guide qui nous
faisait visiter Gérone, « il
y a peu de chance qu’elle soit vraie ».
Nous croyons, au contraire, que l’une et l’autre de ces deux
légendes ont de fortes chances d’être vraies. En effet, deux
diplômes du Cartulaire de Béziers, l’un de Louis le
Débonnaire en 816, l’autre de Charles le Chauve en 844,
mentionnent l’intervention de Charlemagne en faveur
d’espagnols réfugiés à Béziers. Ces diplômes ont été signés
à l’abbaye Saint-Sernin de Toulouse. Ceci signifie que cette
abbaye était un lieu de résidence royale lors des séjours
royaux effectués dans le Languedoc. Ces séjours n’étaient
certainement pas des séjours touristiques. Saint-Sernin
devait plutôt servir de base arrière pour des opérations
lancées sur des territoires situés de l’autre côté des
Pyrénées. On sait d’après des documents arabes que de telles
opérations ont eu lieu à Pampelune ou à Saragosse.
Ceci étant, il est fort possible que la charte accordée aux
Andorrans ne soit pas l’œuvre de Charlemagne, mais de l’un
de ses successeurs immédiats.
L’église
Sant Joan de Caselles
Les églises de la vallée d’Andorre sont en général pourvues
de clochers élégants, minces et d’une grande hauteur.
Souvent ces clochers sont à arcatures lombardes. Ce n’est
pas le cas de celui de Sant Joan de Caselles (images
1 et 2). A l’intérieur, posée sur une fresque, on
peut voir une représentation du Christ en Croix (images
4 et 5). La statue du Christ, très endommagée, est
en stuc. Le Christ porte une longue tunique. En-dessous des
bras de la Croix, les fresques figurent Longin et Stéphaton.
Ces divers éléments caractérisent une œuvre du Xesiècle.
Église
Sant Romà de Les Bons
Il n’y a pas de clocher à l’église Sant Romà de Les Bons. Le
chevet (image 9)
est à arcatures lombardes. Nous pensons que ce type de
construction s’est étalé sur plusieurs siècles et qu’il a
permis l’installation de voûtes en plein cintre. Nous
serions en présence d’une des premières réalisations, du Xe siècle.
L’église
Sant Miquel d’Engolasters
Des arcatures lombardes de facture relativement primaire
décorent le clocher très élancé de cette église (image
15). Nous estimons que ce clocher est antérieur à
l’an 1000. Voire même à l’an 900.
Nous ne connaissons pas suffisamment les fresques
pyrénéennes. Cependant, nous pensons que celles de l'image
16 sont très anciennes. En effet, on remarque que
les fenêtres ont été percées après la pose des fresques et
non avant. Ceci signifie que l’abside ne contenait pas
primitivement de fenêtre. Les premières absides souvent
couvertes de mosaïques, ne contenaient pas de fenêtre.
Encamp
: Église Santa Eulàlia
Une seule image, l'image
19, pour l’église Sainte Eulalie d’Encamp : son
très beau clocher est à arcatures lombardes.
Encamp
: Chapelle Sant Marc et Santa Maria
La petite chapelle Sant Marc et Santa Maria présente les
éléments caractéristiques des églises à chevet carré bien
connues en Bas-Languedoc. Comme ces édifices, elle pourrait
être antérieure à l’an mille.
Ordino
: Église Sant Martí de la Cortinada
Nous n’avons malheureusement pas eu l’occasion de visiter
cette église (images issues d’Internet). Son clocher est à
arcatures lombardes. Il nous est difficile de dater les
fresques (image 24)
semblables à celles d'Engolasters. Un détail nous surprend
beaucoup. Sur son plan (image
25), la partie la plus ancienne, en forme d’église
à nef unique et abside semi-circulaire, est datée du XIIesiècle.
Jusque là tout semble clair. Mais voilà ! elle est orientée
Nord-Sud. A une époque où toutes les églises étaient
orientées Est-Ouest ! Par contre, si on observe la partie
mauve, on s’aperçoit que son plan ressemble fortement à
celui d’une église à chevet plat, orientée dans la bonne
direction Est-Ouest. Il faudrait donc aller visiter cette
église et vérifier s’il n’existe pas un arc triomphal dans
la partie supposée être du XVIIesiècle.
Canillo
: Église Sant Serni
Malgré son clocher élancé (image
26)? cette église ne suscite pas un enthousiasme
particulier. Pourtant sa nef (image
27) a retenu notre attention. Il est possible en
effet que ce soit une église à trois nefs à piliers
rectangulaires de type R0000.
Ou bien une ancienne église à trois nefs transformée en une
église à nef unique par suppression des bas-côtés. Si
c’était le cas, on pourrait être en présence d’une église
antérieure à l’an 800.
Église
de Santa Coloma
Il reste à étudier l’église de Santa Coloma. Son clocher est
très original. Alors que tous les autres sont à plan carré,
celui-ci est à plan circulaire. Il est décoré d’arcatures
lombardes. Il serait donc, comme les autres clochers du val
d’Andorre, antérieur à l’an 1000.
Mais ce n’est pas là le seul intérêt de cette édifice. A
l’intérieur, la nef est charpentée (image
29). Le chœur semble être à plan rectangulaire,
couvert d’une voûte en plein cintre. Il existe une très
étroite fenêtre axiale (image
30). Tous ces éléments sont caractéristiques des
églises à chevet plat étudiées dans le département de
l’Hérault. L’archaïsme de la construction conduit à penser
que cette église est antérieure à la conquête arabe. Ce que
confirmerait la fresque à l’Agneau Pascal portant la Croix
représentée à Ravenne dans un monument daté du VIIesiècle.
Un autre élément entre en jeu : l’arc triomphal est
nettement outrepassé. On serait en présence d’un édifice
wisigothique antérieur aux invasions arabes (Remarque : il
est fort possible que les arabes n’aient jamais envahi cette
vallée reculée des Pyrénées).