Monuments d’Andalousie susceptibles de dater du premier millénaire 

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Le titre de cette page est très présomptueux car, à dire vrai, des « monuments d’Andalousie susceptibles de dater du premier millénaire », c’est bien simple ! … il n’y en a pas ! Ou si peu ! Cette page n’en contient que cinq, dont deux en ruines, un daté du XIIesiècle et un autre musulman qui ne devrait pas faire l’objet de notre étude.

On le voit : une absence quasi générale ! Une absence qui ne pose pas question, qui ne surprend personne. Pourtant les archéologues se plaisent à raconter les richesses de la Bétique (ancien nom de l’Andalousie) à l’époque romaine. Les amphores issues de Bétique ont été découvertes en grand nombre dans tout l’Empire Romain. Et à des dates relativement tardives (IVeou Vesiècle de notre ère).

Par ailleurs, il suffit de consulter sur ce site les deux cartes interactives concernant d’une part l’Andalousie et de l’autre l’Occitanie. Ces deux régions européennes sont de superficie comparable (87 268 km2 pour l’Andalousie, 77 724 km2 pour l’Occitanie). Pour l’Andalousie 5 sites, pour l’Occitanie, plus de 100. Certes, on peut objecter que les 100 sites que nous avons analysés ne datent pas du premier millénaire. C’est sans doute le cas pour certains d’entre eux. Mais nous n’avons pas encore totalement analysé cette région. Et il est fort possible que d’autres monuments s’ajoutent aux 100. Par ailleurs, si certains ont des doutes sur nos estimations, pas un ne les a exprimés jusqu’à présent.

En conséquence, nous pensons qu’il y a là un problème. Problème qui était déjà apparu lorsque nous avions étudié les pays d’Europe du Nord ou de l’Est où nous avions constaté la rareté d’édifices du premier millénaire. Mais concernant l’Andalousie ou plus généralement les régions du Sud de la Péninsule ibérique, le problème semble plus important lorsque l’on sait que ces régions ont été évangélisées bien avant celles d’Europe du Nord et de l’Est.

En conséquence, quatre solutions sont envisageables en réponse à ce problème de rareté des monuments.

Pour la première de ces solutions, durant le premier millénaire, la Bétique n’aurait pas été aussi riche que ce que l’on croyait auparavant. En conséquence, il y aurait eu au cours de cette période très peu de monuments construits.

La deuxième des solutions attribuerait cette rareté à la destruction par des peuples hostiles : les wisigoths, les vandales, les arabes ou les chrétiens après la Reconquista.

Une troisième solution attribuerait la rareté à des constructions dans des matériaux périssables, par exemple le bois.

Une quatrième solution consisterait à envisager que la rareté n’est qu’apparente. Une rareté analogue à celle que nous avions rencontrée en Occitanie avant d’effectuer notre étude sur le premier millénaire. Auparavant en effet, nous ne connaissions en Occitanie aucun monument attribuable au premier millénaire (hormis certains monuments romains). Et puis, au fur et à mesure nous en avons découvert un, puis un autre. Et ainsi de suite pour en arriver à la centaine.

C’est cette dernière solution que nous envisageons dans le cas de l’Andalousie. L’absence de monuments attribuables au premier millénaire serait, selon nous, dûe à la négligence des historiens ou des archéologues refusant de prendre en compte l’historicité d’un monument considéré comme mineur parce qu’il ne correspond pas à un idéal historique préétabli. Inversement, cette prise en compte a été effectuée dans le Nord de l’Espagne, et, plus particulièrement dans les Asturies, d’où serait partie la Reconquista.

Il reste, bien sûr, à prouver ce que nous avançons peut-être inconsidérément.



Bobastro (Malaga) : Église Rupestre

Voici ce qu’en dit le site Internet Wikipedia : « Omar Ben Hafsun (fin du IXe siècle) s’était réfugié dans cette église lorsqu‘il s’est révolté contre l’émir de Cordoue. La conversion de Ben Hafsun au christianisme explique la construction de cette église, probablement durant les premières années du Xe siècle ». Il est difficile d’accepter ce texte en l’état : Omar Ben Hafsun ne peut pas s’être réfugié dans une église non encore construite.

Nous n’avons malheureusement pas visité cette église. Son plan (image 5) est apparemment celui d’une basilique à trois nefs. Mais il semblerait que ce ne soit pas le plan traditionnel des basiliques romaines dans lesquelles les nefs communiquent entre elles grâce à l’emploi de piliers. Dans le cas de Bobastro, les nefs seraient séparées. Un peu comme ce que l’on voit dans des églises wisigothiques du Nord de l’Espagne.

Plusieurs thèses militent en faveur d’une grande ancienneté : tout d’abord son plan. Puis le fait qu’elle soit rupestre (enterrée dans le rocher). Enfin l’existence d’arcs outrepassés (image 2).

Datation : an 500 avec un écart estimé de 150 ans.


Cordoue : La Grande Mosquée

La première partie de la mosquée de Cordoue aurait été construite par le Calife Abd-Al Rahman Ier vers l’an 780 ( en jaune sur l'image 9). Les successeurs de Abd-Al Rahman auraient complété son œuvre. Cette mosquée a été construite sur l’emplacement d’une église chrétienne dédiée à Saint Vincent. Des restes de cette église seraient encore visibles dans la mosquée (image 6). Nous sommes un peu surpris dans la mesure où ces fresques ressembleraient plutôt à des fresques du XIVesiècle.

L'image 7 révèle les piliers de cette mosquée et une curiosité architecturale très surprenante. En effet, les piliers sont surmontés par deux séries d’arcs superposés. Nous ne connaissons pas l’origine de cette anomalie.

Sur l'image 8, on découvre deux portes construites à des périodes différentes. Celle de droite correspondrait à la période gothique du XIIIeou du XIVesiècle. Celle de gauche serait préromane ou romane. On note sur chacune la présence d’arcs outrepassés.


Le Mirhab (image 10) et la coupole (image 11) auraient été construits sous Al Hakam II qui régna de 961 à 975. Mirhab et coupole dateraient donc du Xe siècle. Cette information risque de se révéler intéressante lorsque l’on sait que le même type de coupole se retrouve à l’Hôpital-Saint-Blaise, au nord des Pyrénées.




Séville : La Giralda

Selon l’encyclopédie en ligne Wikipedia, la Giralda serait le minaret de la grande mosquée de Séville édifiée sous la dynastie almohade. La construction, entreprise en 1184, aurait été achevée en 1198. La tour mesurait alors 94 mètres de hauteur.

Le lecteur est en droit de s’étonner que, dans un ouvrage consacré au premier millénaire, on parle d’un edifice postérieur à l’an mille de près de deux siècles. Nous rappelons d’une part que notre étude ne doit pas être strictement cantonnée à l’intervalle de temps (an 1, an 1000) et que nous avions prévu de dépasser ces dates au moins jusqu’à l’an 1100. Cela est d’ailleurs tout à fait logique. Nos tentatives de datation doivent tenir compte d’une marge importante d’incertitude. Si nous datons un édifice de l’an 1050 avec un écart estimé de 100 ans, cet édifice peut certes dater du XIesiècle avec une forte probabilité mais la probabilité qu’il date du Xesiècle ou du XIIesiècle est loin d’être négligeable.

D’autre part et même si elle date du XIIesiècle, cette construction interroge. Elle est imitée des tours Hassan de Rabat et Koutoubia de Marrakech qui lui seraient antérieures. Mais la question est de savoir quelle est l’origine de ces trois tours ? Où le modèle a-t-il été trouvé ? En Europe de l’Ouest dans certains monuments
romains ?  À Byzance ?  À Damas ? En Perse ?



Úbeda : Église Santa Maria de Los Reales Alcázares

Nous avons cherché sur Internet des images d’édifices susceptibles de dater du premier millénaire. Et nous avons étendu cette recherche aux monuments du Moyen-Âge antérieurs à la conquête de l’Andalousie. Nous devons reconnaître qu’il est difficile d’en trouver. Hormis les monuments emblématiques tels que la mosquée de Cordoue ou l’Alhambra de Grenade, rien ne semble subsister en Andalousie de l’occupation arabe ou des monuments ayant précédé cette conquête.

Il faut de véritables hasards pour arriver à identifier des indices d’ancienneté. Il en est ainsi de l’église Santa Maria de Los Reales Alcázares de Úbeda (images 13, 14, 15 et 16). Selon l’encyclopédie en ligne Wikipedia, cette église se trouve sur l’emplacement d’une basilique wisigothique transformée en mosquée par les arabes. Cette mosquée, reprise par les chrétiens, aurait été détruite et à sa place, l’actuelle église gothique aurait été construite. Le site Wikipedia nous apprend de plus que la ville de Úbeda a été prise par les chrétiens en 1233, mais que pendant plusieurs siècles, les religions ont pu coexister en bonne entente.

L’architecture de l’édifice entre en contradiction avec cette histoire. Tout d’abord, si cette église avait été construite à l’époque gothique (après 1233), elle serait recouverte de voûtes d’ogives et non charpentée comme elle apparaît actuellement. Elle est donc selon nous antérieure à l’époque gothique. Considérons à présent les arcs portés par les piliers. Certains sont en plein cintre, d’autres sont brisés. Mais tous sont doublés (deux arcs superposés). Cette dernière particularité fait penser à une œuvre de peu postérieure à l’an 1000. Mais ce type de construction est en général installé sur des piliers de type R1010. Ceci signifie que, si cette église avait été conçue au XIesiècle, les bâtisseurs auraient prévu d’installer des piliers de type R1010 (cruciformes) afin de porter des arcs doubles. Donc l’église (ou du moins les piliers) est antérieure à l’an 1000. Les piliers sont de type R0000. Avec leurs impostes à chanfreins dans toutes les directions, ils s’apparentent aux piliers de la Madeleine ou de Saint-Aphrodise de Béziers que nous avons datées du Veou VIesiècle. Mais la nef de l’église Santa Maria, probablement à 5 vaisseaux, apparaît plus vaste que celles de ces deux dernières églises.

Nos estimations : la nef actuelle est celle d’une église paléochrétienne du Ve ou VIe siècle. Cette église a été réaménagée en mosquée peu après l’an 1000 (suppression d’un pilier sur deux, construction d’arcs brisés de grande ampleur , abaissement du toit principal).



San Pedro de Alcántara : Basilique paléochrétienne de Vega del Mar


Le dernier monument de cette page est une basilique paléochrétienne en ruines. Son plan (image 19) présente un grand intérêt. On constate tout d’abord que l’édifice est orienté Nord-Sud. Et non Est-Ouest comme la plupart des édifices chrétiens. Des sépultures ont été découvertes à l’intérieur de l‘édifice. Les tombes, de forme trapézoïdale, sont aussi orientées Nord-Sud. La nef, probablement à trois vaisseaux, était encadrée par deux absides. Le baptistère (images 18 et 20) a été prévu pour une immersion totale du baptisé. Tous ces points militent en faveur d’une datation très ancienne du site (IVesiècle de notre ère). De plus, l’orientation Nord-Sud nous fait envisager une construction par des peuples issus du Nord de l’Europe, des Wisigoths ou des Vandales.