L’église Sainte-Marie de Wamba  

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Le nom de la localité, Wamba, a de quoi surprendre. Ce serait le seul village d’Espagne dont le nom commence par la lettre « W ». Il y a eu beaucoup de spéculations sur l’origine de ce nom. Tout d’abord Wamba est aussi le nom d’un roi wisigoth ayant succédé à Réceswinthe. Il est né avant 633 et mort en 688. Il a été roi d’Hispanie et de Septimanie de 672 à 680. Il aurait été proclamé roi par ses pairs lors des funérailles de Réceswinthe.

Existe-t-il un lien entre ce roi et le village ? D’après le livre « L’art Mozarabe » de la collection Zodiaque, « en 928, Fruminius …apparaît avec le titre d’évêque de Wamba (episcopus Wambensis)… ». Il nous faut ici rappeler que, aux premiers temps de l’ère chrétienne, un évêque n’était pas évêque d’un lieu (département, diocèse, ville) mais d’une communauté de fidèles. Ainsi l’appellation « episcopus Wambensis » ne signifie pas « évêque de Wamba » mais « évêque des Wambes ». Qui sont donc ces
« Wambes  » ? Nous l’ignorons : cela peut-être un peuple autochtone. Ou bien un peuple issu de la nation wisigothe, implanté dans la région quelques siècles auparavant. Ou bien un peuple issu d’une autre nation (romains, gaulois, suèves, etc…). Ou encore un habitant de la ville de Wamba (mais seulement si cette ville est de fondation très ancienne). Ce peuple se serait donné un évêque qui aurait résidé dans sa capitale, Wamba. À remarquer que l’église où un évêque installe sa chaise - la cathèdre - est appelée « cathédrale » et est, dans de nombreux cas, dédiée à Sainte-Marie. C’est le cas à Wamba. En conséquence, il est probable que l’église Sainte-Marie de Wamba avait, à l’origine, rang de cathédrale.

Et il est possible que le roi Wamba soit issu de ce peuple Wambe.



Le livre « L’art Mozarabe » de la collection Zodiaque nous apprend par ailleurs que « le monasterium Ubambe est nommé dans un autre document de 948 ». Puis ajoute :
« L’acte de naissance de notre église est à placer sans doute entre ces deux dates (note : la précédente de 928 et celle-ci de 948), et plus près de la plus ancienne, en ce premier tiers du Xesiècle qui est justement la grande période des bâtisseurs mozarabes au royaume de León ».

Une telle assurance a de quoi nous surprendre même si elle est nuancée par le mot « sans doute ». Il faut dire que nous habitons la bonne ville de Béziers où subsistent bon nombre d’édifices du XIXesiècle et que nous avons beaucoup de difficultés à faire la différence entre ceux construits au premier tiers du XIXesiècle, de ceux construits au deuxième tiers, au troisième tiers, et même au premier tiers du XXesiècle. Alors, en ce qui concerne le Xesiècle, nous avons de quoi être surpris.

Ce qui nous étonne aussi, c’est que soit mentionnée l’existence de l’évêque avant que sa cathédrale soit construite. Nous pensons que l’auteur du livre a cédé à une dérive commune à bien des chercheurs : les textes antérieurs à l’an 1000 sont tellement rares qu’ils ont tendance à les privilégier, en oubliant les milliers d’autres textes qui ont disparu. En l’occurrence, il est fort possible qu’il y ait eu un évêque à Wamba plusieurs siècles avant l’année 928. Mais bien sûr, tous les textes qui en parlaient ont disparu.



Le plan de l’édifice (image 1) révèle deux parties bien distinctes : en noir, le chevet et la première travée de la nef, en blanc la partie romane.

Commençons par cette dernière partie. Son caractère roman est parfaitement identifiable dans la façade occidentale et son grand portail (images 4 et 5). On le retrouve aussi dans les murs latéraux du vaisseau central (image 16). Ces murs sont supportés par des piliers aux chapiteaux manifestement romans (images 17 et 18).
À remarquer que les vaisseaux sont charpentés et non voûtés, comme l’étaient à l’époque les églises romanes. Il y a une raison à cela. On constate en effet, sur le plan de l'image 1, les murs « en blanc » sont dans l’alignement des murs « en noir ». Une nef existait très probablement avant la nef romane. Pour diverses raisons que nous ne connaissons pas, il a été décidé de la remplacer en construisant la nouvelle nef sur les mêmes fondations que l’ancienne au lieu de construire une nef différente dans le nouveau style roman. Mais la largeur des vaisseaux étant trop importante, on a préféré les charpenter plutôt que de les voûter.

Datation de cette partie romane : An 1150 avec un écart estimé de 50 ans.



Passons maintenant à la partie « mozarabe » qui nous intéresse le plus.

Les arcs sont très nettement outrepassés (images de 6 à 13).

Certaines impostes parmi les non décorées seraient récentes. Celles de l'image 12, qui représenterait l’arbre de vie, et des images 14 et 15, aux décors de feuillages, montrent des modèles inusités dont il nous est très difficile d’envisager une datation. Un seul indice un peu ténu : l’arc outrepassé nettement accentué comme c’est le cas ici daterait du dernier quart du premier millénaire.

Datation de cette partie  « mozarabe »  : An 850 avec un écart estimé de 100 ans.