Église Saint-Cyprien de San Cebrián de Mazote 

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Le site Internet « Turismo preromanico » donne une bonne description de cette église, mais malheureusement c’est écrit en espagnol et nous n’avons pas la traduction en français.

Il ressort toutefois que, selon ce site, « L’impulsion donnée par Alphonse III (roi des Asturies) à la fin du IXesiècle qui a permis d’élever la frontière au delà du rio Duero, a engendré la nécessité de repeupler les nouveaux territoires, lesquels en de nombreux cas sont repeuplés par des chrétiens mozarabes qui se sont échappés de Al Andalus ».

Il apparaît de ces explications - si nous les avons bien comprises - que cette église, et d’autres encore dans la même région, aurait pu être construite par des « chrétiens mozarabes » venus d’Andalousie.


Il est fort possible que ce raisonnement ait été imaginé à partir d’un certain nombre de textes authentiques. Nous avons aussi cela en France. Ainsi plusieurs chartes du Cartulaire de la Cathédrale Saint-Nazaire de Béziers font état de donations de terres à des « Hispani » réfugiés dans le biterrois à la suite de persécutions par les arabes. Et il semblerait même que ces donations aient été importantes, puisque ce sont des successeurs de Charlemagne qui ratifient l’accord.

Il existe cependant une différence avec Béziers. Parce que, à Béziers, personne ne dit que l’église Saint-Jacques de cette ville où l’on peut voir des arcs outrepassés, est d’origine mozarabe, c’est-à-dire construite par des chrétiens venus d’Espagne. Remarque : on ne dit pas non plus qu’elle pourrait être wisigothique.

Revenons à San Cebrián de Mazote. Malgré l’existence probable de textes faisant référence à des persécutions de chrétiens en Andalousie et le départ de ceux-ci vers des contrées plus accueillantes, nous ne sommes pas du tout certains que ce sont ces mêmes chrétiens qui ont construit les églises dites « mozarabes » en utilisant des techniques arabes. C’est ce que nous allons voir concernant San Cebrián de Mazote.


Tout d’abord considérons le plan de l'image 1. Il nous semble que c’est le plan… d’une église !... et pas d’une mosquée! Une église qui s’apparente à toutes les églises que nous avons rencontrées durant notre étude sur le premier millénaire : nef de type basilical, à trois vaisseaux charpentés, transept légèrement débordant, abside et absidioles dans le prolongement des vaisseaux de la nef.

Il existe bien sûr des « bizarreries ». Ainsi le fait que le plan au sol des absides soit outrepassé. Mais un tel plan au sol existe aussi dans les églises wisigothiques antérieures à la conquête arabe.

De même, les arcs outrepassés des images 7 et suivantes donnent à cette église un petit air « arabe », mais l’arc outrepassé est une invention wisigothique antérieure à l’invasion arabe et il est possible qu’il ait évolué pendant l’occupation arabe (si tant est que cette région éloignée des centres de décision ait été occupée par les arabes) et indépendamment de celle-ci.


Si l’influence proprement « arabe » nous semble négligeable, l’influence issue du Nord des Pyrénées nous semble plus importante. Il y a d’abord l’existence d’une contre-abside à l’Ouest, opposée à l’abside principale, à l’Est. Cette contre-abside existait dans certaines églises paléochrétiennes (par exemple, à Volubilis, au Maroc). Elle aurait ensuite disparu pour réapparaître au IXe siècle dans le Nord de la France ou en Allemagne.

Une autre différence « nordique » apparaît dans le transept. Celui-ci a dû apparaître au VIeou au VIIesiècle (l’étude de l’évolution du transept, très complexe, reste encore à faire). Ce transept devait être assez primitif. L'image 9 montre qu’il ne devait pas y avoir de coupole de croisée. Le plafond actuel a dû être ajouté plus tard.


Datation

Le site Internet « Turismo Preromanico » envisage pour cette église, et sur la foi de certains documents, une datation antérieure à l’an 915. Nous ne sommes pas en mesure de vérifier cette datation. Par ailleurs, nous avons visité cette église le premier novembre 2004. C’est-à-dire il y a près de 13 ans, à une période où n’avions pas encore défini les méthodes d’expertise et de recherche systématique que nous avons adoptées depuis.

Il nous apparaît cependant que cette église semble avoir été construite d’un seul jet : le chevet, le transept, la nef, et la contre-abside font partie du même plan d’ensemble. Cela se voit dans certains détails (parfaite symétrie du plan, absides situées dans l’alignement des vaisseaux de la nef).

L’existence de la contre-abside et du transept, la forme et le dessin des chapiteaux (images 17, 18, 19) font envisager une datation postérieure à l’an 750. Inversement, l’absence de voûtes fait envisager une datation bien antérieure à l’an 1000. La datation proposée par le site « Turismo Preromanico » est donc tout à fait envisageable. Notre seule objection a déjà été évoquée : selon nous, cette église n’est pas d’inspiration arabe mais autochtone (peut-être « tolédane » ou « castillane ») ayant subi diverses influences (wisigothique, franque).

Datation envisagée : an 850 avec un écart estimé de 75 ans.

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