L'église Sint-Pieterskerk d'Utrecht (Province d’Utrecht/Pays-Bas)
Nous n'avons pas visité cette église.
Les images ci-après proviennent des galeries d'Internet.
Parlant d'Utrecht, Madame Ava van Deijk, auteure du livre Pays-Bas
romans de la Collection Zodiaque,
nous apprend ceci :
« Si
la ville d'Utrecht est si richement dotée en collégiales,
elle le doit au fait que l'empereur Conrad II mourut
subitement à Utrecht,. en 1039, pendant la célébration de
la Pentecôte. [...] C'est
son fils, Henri II, qui dût prendre l’initiative de
construire quatre églises disposées en forme de croix
autour de la cathédrale. Elles reçurent les noms des
quatre grandes basiliques romaines : Saint-Jean,
Saint-Pierre, Saint-Paul et Sainte-Marie Majeure. Trois de
ces églises furent élevées dès le milieu du XIesiècle
à l’extrémité d'une croix imaginaire dont la cathédrale
constituait le centre ; l'une d'elles, Saint-Paul, était
une abbatiale et non une collégiale. Sainte-Marie ne fut
érigée qu'au cours du dernier quart du XIesiècle.
[...] »
Madame Ava van Deijk poursuit un peu plus loin avec
l'analyse de Saint-Pierre :
« La
collégiale Saint-Pierre, qui s'élève à l’Est de la
cathédrale, constitue une des extrémités de la croix
d'églises conçue par Bernold. Il s'agit d'un des monuments
les mieux conservés des Pays-Bas, surtout en ce qui
concerne l'intérieur.
La tradition veut que cette église ait été consacrée en
1048, sans aucun doute en présence de son fondateur,
l'évêque Bernold. Il est vraisemblable que c'est par elle
que fut entreprise la réalisation de la croix d'églises.
L'église est conçue sur le plan d'une basilique à colonnes
de style roman précoce, avec une triple abside et une
crypte sous le chœur surélevé. [...] »
Commentaires
au sujet du texte précédent et analyse de l'architecture
de l'édifice
Nous sommes un peu surpris par le passage concernant la
croix d’églises. Nous ne voyons pas le lien entre la mort de
Conrad II à Utrecht et la création d'une croix d'églises. Il
serait tout à fait normal qu'il y ait eu construction d'un
unique monument funéraire. Mais, pourquoi quatre monuments,
qui étaient, semble-t-il, différents les uns les autres ? Et
pourquoi des églises qui sont des édifices construits en vue
d'accueillir du public ? Il est possible que l'évêque
Bernold ait laissé des documents montrant que c'était son
choix, mais le texte ne nous le dit pas et nous ne nous
sentons pas forcés de le croire.
Ce d'autant plus que nous avons l'impression que quelque
chose ne va pas dans cette argumentation. Ce « quelque chose
qui ne va pas « se situé dans l'architecture.
L'autrice nous dit ceci : « L'église
est conçue sur le plan d'une basilique à colonnes de style
roman précoce » et, pour elle, le style roman
précoce se situerait dans la première moitié du XIe
siècle (« La
tradition veut que cette église ait été consacrée en 1048,
sans aucun doute en présence de son fondateur, l'évêque
Bernold. »). Or les
images 5, 6 et 7 sont celles d'une basilique de
l'antiquité tardive (nef à colonnes, colonnes cylindriques
monolithes, arcs en plein cintre à un seul rouleau et de
petit diamètre). Nous estimons que la description par les
historiens d'un immense hiatus d'une durée de six cent ans
entre l'antiquité romaine et la période romane avec une
redécouverte spontanée et quasi immédiate à partir de l'an
mille des inventions romaines ne correspond pas à la
réalité. Les inventions romanes et gothiques ont été la
conséquence de longues années de réflexions et
d'expérimentations. Si les romains avaient été capables de
construire des églises comme la Madeleine de Vézelay ou
Notre-Dame de Paris, ils les auraient construites.
En conséquence, selon nous, la nef de Saint Pierre est
nettement antérieure au XIe siècle. Bien sûr,
s'il existe des documents prouvant sans ambiguïté que cette
église date du XIe siècle, nous sommes disposés à
faire amende honorable. Mais il y a peu de chances que de
telles preuves existent. Les documents parlant de la
construction des églises sont très rares et en général peu
précis. Souvent des documents ont été interprétés comme
étant des preuves. C'est peut-être le cas ici : on nous
parle d'une consécration faite en 1048. Mais une
consécration ne correspond pas forcément à une inauguration.
Et lorsqu'il y a vraiment inauguration, ce peut être celle
d'une partie de bâtiment. Et c'est peut-être le cas ici.
Nous avons constaté que, dans de nombreux cas, la crypte est
postérieure à l'église : elle est créée artificiellement à
l'intérieur de l'église en posant un plancher de séparation
entre les parties inférieure et supérieure. Ce faisant, on
crée une nouvelle église, on place un nouvel autel qu'il
faut ensuite consacrer. Dans le cas présent, ce processus
est fortement possible car le transept et le chevet semblent
être des ajouts postérieurs à la nef. Il en serait de même
pour la crypte.
L'église expose plusieurs bas-reliefs
intéressants :
Image 10 : La
Crucifixion et le Procès de Jésus par Pilate.
Image 11 : L'Ange
annonciateur de la Résurrection et les Saintes femmes.
Image 12 : Ce
bas-relief est très surprenant. Il montre deux hommes
enjambant chacun un cheval-bâton sous les yeux d'un
troisième personnage. Le jeu (mais est-ce bien un jeu ?) du
cheval-bâton est connu au moins depuis l'Antiquité. Le poète
romain Horace se moque des hommes faisant du cheval-bâton en
35 avant notre ère. On trouve des représentations picturales
du cheval-bâton au cours du Moyen-Âge et au XVIIe
siècle. Shakespeare en parle dans Hamlet comme une activité
… du passé. Il a été « remis en selle », en Finlande,
récemment, sous le nom de Hobby Horsing, comme activité
sportive. Nous pensons qu' à l'origine, ce n'était pas un
sport, mais un rite magico-religieux. La représentation d'un
cheval dansant tel que celle de la danse du Chevalet à
Montpellier ou la procession du Chameau à Béziers est sans
doute une évocation du Cheval Solaire des Celtes et de
nombreux autres peuples.
Datation envisagée
pour l'église Sint-Pieterskerk d'Utrecht : an 600 avec un
écart de 200 ans.