L'église carolingienne de Torhout 

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Selon Xavier Barral i Altet, auteur du livre Belgique romane de la Collection Zodiaque

« L'église actuelle, reconstruite après la destruction dont elle fut l'objet au cours de la seconde guerre mondiale (image 2), donna lieu à une campagne de fouilles en 1941. À l’origine, elle était dédiée à saint Donatien. Fondation carolingienne d'un monastère que la légende fait remonter au VIIe siècle, elle devint collégiale dès 1073. À cette date, remonte la dédicace à saint Pierre. Les fouilles archéologiques ont révélé l'existence d'un édifice de plan carré de 13 m 20 de côté, enveloppé dans un carré plus important de 27 m de côté. On a supposé, à cause des dispositifs retrouvés, qu'en élévation, il s'agissait d'un édifice en forme de croix grecque surmonté dans sa partie centrale par une tour recouvrant la croisée médiane. Beaucoup d'hésitations subsistent encore en ce qui concerne la structure proprement dite de ce monument qui correspondrait à l'époque carolingienne et qui a été parfois comparé à un type d'oratoire que l'on trouve par exemple à Germigny-des-Prés. Dans l'état actuel de nos connaissances, on doit noter seulement l'existence d'un édifice à plan centré ayant précédé un bâtiment de plan basilical datant vraisemblablement de la fin du XIe siècle. »

Nous n'avons pas visité cette église. Les deux premières images proviennent de galeries d’Internet. Nous avons capté les suivantes sur l'ouvrage de thèse présenté par Tine Rassalle à l'Université de Gand en 2007. Ce rapport est intitulé : L'église préromane en Flandre : inventaire archéologique. Malheureusement, le texte est écrit en flamand, langue que nous ne maîtrisons pas. Il semblerait cependant que Tine Rassalle soit aussi hésitante que Xavier Barral i Altet en ce qui concerne ce monument à plan centré. Et nous le sommes aussi. Le plan est en effet exceptionnel. Nous avons recherché des plans pouvant être analogues : Germigny-des-Prés (France), Saint-Crois de Montmajour (France), San Marco de Rossano (Calabre/Italie),  Djvari (Géorgie). Nous n'en avons pas trouvé d'exactement semblable.

Xavier Barral i Altet donne pour datation la fin du XIe siècle pour l'édifice à plan basilical qui a remplacé cet édifice à plan centré. Concernant celui-ci, Tine Rassalle parle quant à elle d'une église carolingienne (c'est à dire du IXe, voire Xe siècle).

Selon nous, l'édifice à plan basilical a pu être construit en deux étapes. Pour la première d'entre elles, il y aurait eu installation d'une nef à trois vaisseaux terminée par une abside unique, peut-être à plan rectangulaire, mais dépourvue de transept. Par la suite, il y aurait eu construction du transept et prolongement du chœur vers l'Est. Si cette hypothèse est exacte, on peut remonter d'au moins un siècle la première étape de construction de cette basilique.

Les deux édifices sont superposés sans cohérence dans leurs positions respectives. Cela signifie que le plus ancien devait être détruit au moment de la construction de l'autre.

Nous devons d'abord « tordre le cou » à la fameuse légende de la « destruction par les invasions barbares ». Bien souvent, lorsqu'un édifice est cité avant l'an mille et que les historiens de l'art avancent une date postérieure à l'an mille, la question se pose de savoir ce qu'est devenu l'édifice antérieur à l'an mille. La réponse est simple : « Il a été détruit par une invasion barbare ». Beaucoup trop simple. Car les envahisseurs ne cherchent pas à détruire, mais à s'installer durablement dans des constructions habitables et non des ruines. Bien sûr, cette église même constitue un contre-exemple de ce qui vient d'être dit puisqu'elle a été bombardée en 1940. Mais il s'agissait d'une destruction en rapport avec une guerre : une opération stratégique non liée à la volonté de détruire une église (durant la même guerre, le monastère du Mont Cassin a été détruit. C'était aussi une opération stratégique, mais à côté de cela, beaucoup d'autres églises ou monastères ont été préservés).

Dans le cas présent, on ne parle pas d'invasion barbare. Pourtant, l'édifice à plan centré devait être en ruines lors de la construction de la basilique. Et cela pose question. Car nous ne voyons que deux explications. La première est que cet édifice à plan centré est antérieur de plusieurs siècles à la basilique. Son usage particulier aurait progressivement disparu et il y aurait eu ruine à partir de sa désaffection. La deuxième des hypothèses est celle d'un changement radical, le passage d'une religion à une autre avec un changement de liturgie.

Xavier Barral i Altet ne semble pas croire à « la légende d'un monastère » qui remonterait au VIIe siècle, Mais pourquoi ne faudrait-il pas y croire ?


Datation envisagée pour l'église « carolingienne » de Torhout : an 750 avec un écart de 200 ans.