La ville de Kotor (Monténégro) 

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La ville de Kotor (Monténégro) est inscrite au patrimoine de l’Unesco pour l’architecture remarquable de des bâtiments, et, plus particulièrement de ses remparts. Une visite rapide de cette ville nous a permis d’identifier de nombreux restes dont certains doivent remonter au premier millénaire. Et de découvrir que la cathédrale Saint- Tripun pourrait elle aussi remonter au premier millénaire et ce, pour une grande partie de ce monument.

Voici donc un petit inventaire de ces restes.

Nous commençons avec l'image 1 montrant un grand portail très endommagé par l’ouverture d’une fenêtre. On pourrait l’attribuer à l’époque romane. Cependant, le décor fait de larges feuilles entourées de lianes entrelacées (image 2) fait penser à un décor semblable de l’église Wisigothique de Quintanilla de las Vinas en Espagne, église attribuée au VIIIesiècle. Il faut néanmoins beaucoup relativiser cette comparaison. Nous ne connaissons pas grand-chose du décor sculpté en vigueur sur la côte dalmate durant le Moyen-Âge. Et il est fort possible que ce décor, relativement simple à exécuter, ait été sculpté par un autre peuple que le peuple Goth et à une période plus récente que le VIIIesiècle.


La cathédrale Saint-Tripun, avec sa façade baroque ne semble pas digne d’intérêt. Mais notre opinion a changé en pénétrant à l’intérieur.

Les images 4 et 5 font apparaître une nef à 3 vaisseaux voûtés d’ogives. Ce qui laisserait envisager une construction postérieure à l‘an 1200. Mais il ne s’agit là que d’une apparence. Comme on le sait, de nombreuses nefs anciennes ont été voûtées à une époque postérieure à leur création. C’est le cas de celle-ci. Observons sur l'image 4 l’alternance des piliers. De droite à gauche on a successivement une colonne cylindrique (pilier C0000), un faisceau de colonnes (ou pilier de type R1013), une autre colonne et, enfin un faisceau de colonnes.

Regardons tout d’abord le premier faisceau de colonnes. La première de ces colonnes située vers l’ouest porte le chapiteau situé le plus bas. Ce chapiteau est de type cubique « rhénan ». Les deux autres colonnes visibles sont toutes deux tournées vers le vaisseau principal. La plus proche porte le deuxième chapiteau rhénan. Sur lequel apparaît un départ d’ogive. Au-dessus encore, on peut voir des pilastres. Et ce n’est encore qu’au-dessus qu’apparaissent les ogives définitives. Une même complexité apparaît sur la 3ecolonne de ce faisceau de colonnes.

Une complexité analogue mais avec quelques différences se manifeste pour le faisceau de colonnes suivant.

Face à une telle complexité, on est obligé d’envisager la succession de plusieurs phases de construction. Nous estimons qu’il y en a eu au moins 3. La nef initiale devait être à trois vaisseaux couverts d’un toit en charpente. Les murs gouttereaux du vaisseau central devaient être portés en alternance par les colonnes cylindriques que l’on voit actuellement et par des piliers rectangulaires de type R1010 (piliers sur lesquels étaient adossées les premières colonnes décrites précédemment). Ultérieurement on aurait décidé de voûter cette église en adossant de nouvelles colonnes aux piliers R1010 et en posant des arcades sur ces colonnes. Cette opération se serait effectuée en plusieurs phases, la dernière ayant était réalisée à l’époque baroque.



La cathédrale initiale devait être dotée d’une galerie (ou triforium) circulant au-dessus des piliers et des colonnes sous les combles des collatéraux. L'image 7 est celle d’une de ces galeries vue de la nef. Lesimages 7, 8 et 9 nous montrent des chapiteaux et des tailloirs photographiés de l’intérieur de ces galeries. Les images ne sont pas nettes car, pour des raisons de sécurité, des vitres ont été placées sur les baies.

On s’aperçoit qu’il reste des fragments des décors primitifs formés de larges feuilles entrelacées. Si les tailloirs sont très endommagés, les chapiteaux, quant à eux sont intacts. Ce qui laisse envisager que seuls les tailloirs dateraient de l’édifice primitif. Bien que très floue, l'image 10 fait apparaître une imposte presque intacte.



Cette galerie, telle qu’on l’imagine, fait penser à celle de Vignory (voir sur ce site à Monuments/France/Alsace-Lorraine).

L’alternance de piliers à plans rectangulaires et cylindriques fait, quant à elle, penser aux églises allemandes ottoniennes dont un exemple se trouve à Lautenbach (voir sur ce site à Monuments/France/Alsace-Lorraine). Remarquer que, dans le cas de la cathédrale de Kotor, les colonnes et chapiteaux corinthiens ont été très probablement récupérés sur des monuments romains. Ce qui correspond à une mise en œuvre de redécouverte de l’héritage antique, appelée « la Renaissance Carolingienne » .

En conséquence de l’ensemble des remarques ou observations faites, la construction de la cathédrale primitive est estimée à l’an 900 avec un écart estimé de 100 ans.


Certains décors sculptés attribuables au Premier Millénaire sont déposés dans cette cathédrale. Ainsi le panneau des « Oiseaux au canthare » (image 11 ; IVe-Vesiècle).

Encore plus intéressant apparaît le « pilier » de l’image 12. S’agit-il réellement d’un pilier ? Sur la face principale apparaît une croix pattée dont la branche inférieure se transforme en socle et la branche supérieure, en vase d’où sort une fleur.




Dans la même ville de Kotor on a pu visiter deux églises. Dans la première, l'église orthodoxe Saint-Luc, seules l’abside et, éventuellement une partie de la façade occidentale semblent dater de la fin du premier millénaire. Voir, dans chacune des parties, les fenêtres géminées surmontées d’arcs légèrement outrepassés. Voir aussi le détail du jambage de porte (image 15).


En ce qui concerne la seconde, l'église Saint-Michel (images 16 et 17), on peut voir en façade des éléments sculptés. Dont un très bel Agneau Pascal portant un nimbe crucifère. On retrouve sur cette image le symbole des « Oiseaux au canthare ». Mais ces oiseaux n’apparaissent pas figés comme dans les représentations des périodes précédentes. De quand date ce bas-relief ? L’estimation est délicate car nous manquons d’éléments de comparaison.