Le monastère Saint-Pierre d'Osor
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Nous n'avons pas visité ce monastère. La plupart des images
de cette page ont été recueillies sur Internet.
Le site archéologique du monastère Saint-Pierre d'Osor a
fait l'objet de plusieurs campagnes de fouilles par une
équipe franco-croate (ainsi Morana
Cauševic-Bully, Sébastien
Bully, Miljenko
Jurković et Iva
Maric pour la campagne 2013) parrainée par l’École
française de Rome. Les rapports de ces fouilles ont été
publiés dans la Chronique
des activités archéologiques de l’École française de Rome.
Ils sont accessibles sur le site Internet OpenEdition
Journals.
Voici un extrait du rapport concernant la campagne 2013 :
« Église Saint-Pierre :
phasage des élévations
L’analyse de l’ensemble du bâti a permis d’identifier huit
phases de travaux, sur les douze phases que comptent la
chronologie générale du site, correspondant à quatre
grandes campagnes de construction et quatre périodes de
modifications ou de restaurations. La première phase
identifiée correspond au mur nord d’une construction
antérieure à l’église à triple abside, en partie intégrée
dans le tiers oriental du mur gouttereau nord. La
maçonnerie est conservée sur environ 4,20 m de hauteur par
5,40 m de longueur ; elle est percée d’une fenêtre de 1,70
x 0,50 m qui sera réduite dans sa hauteur avant d’être
condamnée par une baie postérieure. On ignore le
développement et le plan de cette construction, mais on
notera que son parement interne forme un léger ressaut,
qui sera repris pour marquer le départ de l’absidiole nord
de Saint-Pierre dans la phase suivante. La comparaison
typologique des liants de mortiers permet de proposer un
rapprochement entre cette construction et un bassin de
l’Antiquité tardive ou du haut Moyen-Âge découvert au
chevet de l’église. La première construction forme la
souche de l’église à triple abside dont les précédentes
campagnes avaient permis de restituer le plan. C’est une
construction de 26,45 x 12,40 m, de plan basilical à trois
vaisseaux de quatre travées, précédés par un vestibule et
achevés par une travée de chœur ouvrant sur trois absides.
La question de sa datation reste d’actualité puisqu’il
s’agit d’une construction présentant à la fois des
caractères architecturaux renvoyant à des modèles de
l’Antiquité tardive repris au haut Moyen-Âge – abside
polygonale, ouverture à arc de décharge débordant, etc. –,
alors que certains fragments de sculpture inscrivent le
monument dans un courant artistique du début du XIe
siècle. Deux analyses radiocarbones réalisées sur les
inhumations primitives d’une tombe maçonnée et d’un caveau
donnent une datation correspondant à la période de
fondation du monastère, attestant d’une fonction funéraire
à Saint-Pierre dès les origines. Dans le courant du XIIe
siècle, une memoria est
flanquée contre le bas-côté nord de Saint-Pierre, avant
que l’église soit reconstruite suivant un simple plan
rectangulaire de 8,45 x 15,30 m. On maintient une partie
du mur nord, mais également l’abside centrale, qui, barrée
par un nouveau chevet, est transformée en sacristie ; un
clocher est construit dans l’ancien bas-côté sud, au
niveau de la travée de chœur. Le maintien de certaines
maçonneries structurantes dans la reconstruction de
l’église dénote d’un programme architectural peu ambitieux
et peu doté financièrement, vraisemblablement consécutif à
la mise en commende du monastère vers 1440. »
Explications au sujet de ce texte
Il n'est pas question pour nous de remettre en question ce
texte comme nous l'avons fait pour beaucoup d'autres en
maintes pages de ce site. La recherche a été très bien faite
et les conclusions du rapport sont nuancées, ouvertes au
dialogue et à la réflexion. Mais, pour ceux qui n'ont pas
assisté à ces fouilles, il peut être difficile de comprendre
l'évolution de l'ensemble des bâtiments. Grâce à la vue
aérienne de l'image 3 et
au plan de l'image 9, nous pouvons essayer
de dégager quelques explications.
Image
9
Une première construction, en traits jaune vif, daterait du
IVe siècle (monnaies de Constantin le Grand).
Cette première construction aurait été utilisée pour
construire la base d'une partie du mur Nord de l'église à
triple abside. Elle aurait été suivie, au cours du premier
millénaire, d'autres constructions (quatre teintes de traits
: jaune pale, marron, rouge, vert). Nous avouons n'avoir pas
compris quel pouvait être l'usage de ces divers bâtiments.
Vient ensuite une « période bleue ». Cette fois-ci, le le
plan devient compréhensible. Il s'agit d'une église à plan
basilical : nef à trois vaisseaux très probablement
charpentés. Cette église a ceci de particulier qu'il y a
trois absides en prolongement des vaisseaux de la nef. Et
pas de transept ! C'est là quelque chose de tout à fait
exceptionnel … en Croatie (il faut cependant dire que nous
sommes loin de connaître toute la Croatie). Mais ce n'est
pas du tout exceptionnel dans l'Ouest de l'Europe où il
existe de nombreuses églises ayant ce plan-là. Nous avons
même pu établir une chronologie des plans d'églises à trois
vaisseaux : celles à une abside insérée puis celles à une
abside apparente, puis celles à trois absides en
prolongement, celles à transept débordant et à trois absides
dont deux greffées sur le transept, celles à chevet à
déambulatoire.
Compte tenu de cette chronologie, nous datons de la période
préromane (an 950 avec un écart de 100 ans) les églises
ayant ce type de plan. La grande marge d'incertitude (100
ans) que nous adoptons permet d'obtenir l'écart temporel
[850 ,1050] contenant la date du début du XIe
siècle proposée ici. Notons cependant que cette date du
début du XIe siècle ne doit pas être corrélée
avec la fondation du monastère, comme nous l'apprend un
autre texte : « Rappelons
qu’il est communément admis que ce monument serait le
témoin contemporain de la fondation d’un monastère par
l’évêque d’Osor, Gaudentius, dans les années 1018. ».
Nous avons en effet écrit en de nombreuses occasions que la
fondation d'un monastère et la construction de son abbatiale
ne doivent pas être reliés. Il suffit pour s'en convaincre
d'organiser un jeu de rôle avec pour objectif de fonder une
communauté. On se rend très vite compte que soit l'église a
été construite avant la fondation, soit après.
La construction suivante est celle d'une église à nef unique
dont le mur Nord reprend le mur Nord de l'église à nef
triple et dont le mur Sud est installé sur des fondations
accolées à celles des piliers Sud de la nef triple. Nous ne
comprenons pas pour quelles raisons ces fondations sont
accolées et non superposées aux anciennes.
Cette nouvelle bâtisse est représentée sur les images
4, 5, 6,7, 8.
Les
décors sculptés
Miljenko Jurković, qui a participé aux fouilles de l'église
Saint-Pierre d'Osor, s'est aussi efforcé de reconstituer son
décor sculpté ornant certaines maisons du village, décor qui
avait été morcelé et dispersé. Les images
11 et 12 permettent d’imaginer ce que pouvait être
à l'origine le portail de Saint Pierre (image
11) ainsi qu 'un décor extérieur non localisé (image 12).
Dans le paragraphe d'introduction à son article intitulé LE
PORTAIL DE SAINT-PIERRE D’OSOR, Monsieur
Jurković écrit :
«
“L’extériorisation”, ce transfert de la sculpture à
l’extérieur sur les façades des églises au XIesiècle,
fait assurément partie des phénomènes importants, liés à
la réforme de l’Église et par lesquels la nouvelle Église
Triomphante affirmait une position renouvelée au sein de
la société. Elle ne représente pas certes une nouveauté
complète dans l’articulation des façades au cours du
siècle de l’an Mil. Cependant, le fait est que le corpus
des sculptures de façade dont nous disposons aujourd’hui
est infime et en majeure partie fragmentaire. Il permet
seulement d’imaginer les ensembles sculptés de cette
époque, rendant chaque nouvel exemple d’autant plus
crucial. Une des rares façades complètes antérieures aux
portails romans sculptés est celle du monastère bénédictin
de Pomposa ; la façade de son vestibule, construit en
1026, a été ornée par le magister Mazulo. »
Par la suite, il compare le décor sculpté (« un
rinceau dont la tige à brin triple forme des enroulements
circulaires dans lesquels sont placés, probablement en
alternance, des motifs végétaux et des animaux »)
du portail d'Osor avec celui de la façade du monastère de
Pomposa. Et de la ressemblance entre ces deux décors, il
envisage la datation au début du XIesiècle pour
le portail d'Osor.
Il nous est très difficile d'émettre un avis sur la
question. Tout d'abord, bien qu'ayant écrit une page pour
Pomposa (que nous n'avons pas visitée), nous n'avons pas
suffisamment examiné sa façade. Par ailleurs, nous avons
occulté le problème des « rinceaux habités ». Nous appelons
« rinceau habité » un ensemble de tiges entrelacées formant
une bande continue à l'intérieur de laquelle évoluent des
êtres vivants (oiseaux, mammifères, hybrides et parfois des
humains). On doit trouver sur ce site des exemples de ces
rinceaux. Mais nous n'avons pas cherché à les repérer ou à
les classer. Nous savons seulement que certains sont
probablement très anciens (Quintanilla de las Vinas/
Castille : VIIe ou VIIIe siècle).
D'autres plus récents (cloître de Monreale/ Sicile : fin du
XIIe siècle). Pour d'autres encore mélangeant
archaïsme et modernité, la datation est délicate
(Estibaliz/Pays Basque/ Espagne).
Mais au delà de ces problèmes de datation, se pose la
question du sens donné à ces décors. S'agit-il de simples
décors dénués de sens ? Ou existe-t-il un symbolisme
derrière ces décors ? Et dans ce cas, quelle est la nature
de ce symbole ? Caché, à l'image d'une peinture moderne dont
le symbolisme n'est connu que par l'artiste qui a créé
l’œuvre ? Ou imposé par des commanditaires afin d'être
compris par tous les gens de l'époque ? Et ce, sans compter
que pour beaucoup de scènes historiées, l'interprétation
symbolique a pu évoluer au cours des siècles.
Datation envisagée pour
la basilique à trois absides du monastère Saint-Pierre
d'Osor : an 950 avec un écart de 100 ans.