La cathédrale Sainte-Anastasie de Zadar  

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Nous avons visité cette cathédrale. La plupart des images de cette page ont été prises lors de cette visite. Les autres sont extraites de galeries d'images d'Internet.

La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette église nous apprend ceci :

« Les origines de l'église remontent à une basilique chrétienne construite aux IVe et Ve siècles, tandis qu'une grande partie de l'édifice à trois nefs actuellement debout a été construite dans le style roman aux XIIe et XIIIe siècles. Le site a été soumis à la liste indicative des sites du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Histoire


Le premier évêque connu à Zadar était Félix. Il a assisté à deux conseils d'église, le premier à Aquilée en 381 et le second à Milan en 390. Le patron d'origine de la basilique était Saint Pierre. Au temps de l'évêque Donat, le diocèse reçut les cendres de Sainte Anastasie d'Illyrie de l'empereur Nicéphore Ier, que la cathédrale prit pour patronne. Donat a commandé un sarcophage pour les restes, qui sont toujours conservés dans la cathédrale. L'église a été en grande partie refaite aux XIe et XIIe siècles et reconsacrée par le pape Alexandre III en 1177.

Lors du siège de Zadar par les Vénitiens et les croisés en 1202, la cathédrale a été fortement endommagée. Pendant tout le XIIIe siècle, le bâtiment a été en réparation. Elle a été reconsacrée le 27 mai 1285, bien que le nouveau bâtiment, conçu de manière similaire à l'église Santa Maria della Piazza à Ancône, n'ait été achevé qu'en 1324. »


Commentaires sur cette partie de texte de Wikipédia

Nous estimons que l'affirmation suivante, « une grande partie de l'édifice à trois nefs actuellement debout a été construite dans le style roman aux XIIe et XIIIe siècles. », est fausse. Il est certes possible qu'une grande partie de l'édifice ait été construite aux XIIe et XIIIe siècles, durant la période romane. Mais ce ne serait pas dans le style roman. Nous connaissons suffisamment ce style pour l'avoir rencontré à de nombreuses reprises en Espagne, en France ou en Italie. Ce style est principalement caractérisé par des nefs voûtées en berceau. Le style que nous avons ici est un style que nous qualifions de romain, car directement issu des basiliques romaines. Cependant, certaines parties de l'édifice comme la façade Ouest sont de style roman.

L'information, « Au temps de l'évêque Donat, le diocèse reçut les cendres de Sainte Anastasie d'Illyrie de l'empereur Nicéphore Ier», est très intéressante car elle permet de dater certaines pratiques. Notons tout d'abord qu'elle est probablement vraie. Nicéphore Ier, né vers l'an 750, est mort en l'an 811. On peut donc dater la donation des cendres aux alentours de l'an 800. Mais la pratique était commune et la donation ou le commerce des reliques est probablement bien antérieure à cette date. On assiste par ailleurs à une pratique aussi courante : l'église était primitivement dédiée à Saint Pierre ; on fait venir les reliques d'un saint (ici Sainte Anastasie) ; il se crée un culte autour des reliques de Sainte Anastasie ; ce culte finit par se supplanter à celui de Saint Pierre ; l'église devient dédiée à Sainte Anastasie. Nous pensions que le changement de dédicace d'une église se faisait aux alentours de l'an mille. Dans le cas présent, il serait bien antérieur à cette date.

Dernière remarque concernant l'information ci-dessus. Nous avons échafaudé l'hypothèse suivante : au cours des premiers siècles de l’Église, les évêques, souvent cooptés par les fidèles, se déclaraient successeurs des apôtres envoyés par la Vierge Marie au moment de son Assomption pour évangéliser les nations. En conséquence, nous avons pensé que les églises où se trouvaient le siège des évêques (les cathédrales) devaient être dédiées à Notre-Dame de l'Assomption. Ultérieurement, il y a eu concentration des pouvoirs et, finalement, l'évêque de Rome a pris l'ascendant sur tous les autres évêques (hormis ceux d'Orient, les orthodoxes). Et les évêques ont été déclarés successeurs des apôtres sous les ordres de Saint Pierre, évêque de Rome. Ainsi, nombre de cathédrales auraient été dédiées à Saint Pierre. Nous pensions que le processus s'était effectué vers l'an mille. Dans le le cas présent, nous avons une cathédrale qui était vers l'an 800 dédiée à Saint Pierre, soit 200 ans plus tôt.


Description

La façade

La façade (image 2), achevée en 1324, a deux étages : le plus bas et le plus massif a trois portails, le central est couronné par un bas-relief de la Vierge à l'Enfant avec Saint Chrysogone et Sainte Anastasie. Celui du haut se termine par un fronton triangulaire, et est orné de quatre étages de bandes lombardes. Il contient notamment une grande rosace de style roman et une plus petite de style gothique. Le bord gauche de la façade est orné d'une statue de lion et le bord droit d'une statue de taureau : ce sont respectivement les symboles des évangélistes Marc et Luc. Le portail principal richement décoré (image 5) contient un bas-relief des quatre apôtres. La lunette du portail de gauche est ornée d'une statue de l'agneau mystique (image 4), tandis que les consoles près de la voûte contiennent des statues de l'ange Gabriel et de la Vierge Marie (image 3), plus anciennes que le portail.


Commentaires de cette partie de texte


Comme nous l'avons écrit ci-dessus, il est possible que la façade soit romane. Le cas est d'ailleurs assez fréquent. Il arrive souvent en effet qu'une façade romane soit greffée sur une façade plus ancienne. Les façades Ouest des édifices de peu postérieurs aux basiliques paléochrétiennes sont en général peu décorées : à l'étage inférieur, trois simples portails permettant d'accéder à chaque vaisseau de nef, celui du milieu étant un peu plus grand que les autres. À l'étage supérieur, trois fenêtres. Le mur de façade ne fait que barrer la nef. Pas d'arcades, pas d'arcatures lombardes, peu de décors aux diverses baies. Le décor est venu plus tard, souvent sous la forme d'un mur accolé à l'ancien. De grands arcs permettent de protéger de grands baies qui permettent d'accéder aux portes plus anciennes. Ces baies constituent les voussures de nouveaux portails. Elles permettent de constituer un porche servant d'abri dans le cas d'intempéries. Nous pensons que c'est ce qui s'est passé concernant cette église. L'habillage extérieur des portails (colonnes et chapiteaux des piédroits, voussures) daterait du XIIe siècle ou du début du XIIIe siècle. L'habillage intérieur (linteau et tympan à l'Agnus Dei des images 3 et 4, linteau de l'image 6, tympan à l'Agnus Dei des images 7 et 8, tympan du portail central (Vierge à l'Enfant avec saint Chrysogone et Sainte Anastasie)) serait quant à lui un peu plus récent, du XIIIe siècle.


Les images 10, 11 et 12 montrent l'intérieur de la nef. Le style est bien celui d'une basilique issue des premières basiliques romaines : nef à trois vaisseaux charpentés, le vaisseau central étant surhaussé par rapport aux collatéraux. On constate aussi l'absence de transept. Mais on remarque également que la galerie supérieure ou triforium (image 12), est typiquement romane. On remarque aussi l'alternance des piliers de type C0000 et de type R1010. Enfin, pour les piliers de type R1010, les chapiteaux sont cubiques (influence germanique, image 12). Tous ces éléments sont absents dans les basiliques paléochrétiennes.

Nous émettons l'hypothèse selon laquelle une église existait dès le IVe ou Ve siècle. Mais pour diverses raisons (vétusté, incendies), on a décidé de la reconstruire. Mais alors qu'en Occident la reconstruction est une création nouvelle, dans le cas présent, on s'est efforcé de reconstruire à l'identique. Enfin ! Presque à l'identique. Il était nécessaire de faire un triforium et divers autres aménagements. La nouvelle construction aurait été lancée avant l'an mille.

Images 15 et 16 : Sarcophage décoré d'une croix pattée.

Image 17 : Mosaïque à décor d'entrelacs.

Image 18 : Crypte.

Image 19 : Décor du devant d'autel de la crypte. Scène de martyre ? L'image est en tout cas très surprenante. Le personnage ici représenté est-il un homme ? ou une femme ? Les traits de son visage sont masculins. Mais il a des seins. Il porte une sorte de braie. Mais de son entrejambe, descend quelque chose qui s'apparente plus à une chute d'eau qu'à un vêtement. On ne sait si les bracelets que l'on voit sur ses poignets l'attachent aux barres disposées en V. Notons enfin l'absence d'auréole. Il y a probablement dans cette représentation un symbolisme sous-jacent.

Image 20 : Chapiteau de la crypte probablement utilisé en réemploi.

Images 21 et 22 : Deux éléments d'un chancel utilisés en réemploi comme marches d'escalier. Le décor du premier est une croix à entrelacs. Mais la forme de cette croix évoque certains plans d'églises à nef unique, à transept débordant sur lequel sont greffées deux absides semi-circulaires ; l'abside centrale, aussi semi-circulaire, est insérée dans un massif rectangulaire. La seconde pièce est décorée d'entrelacs sur au moins deux de ses faces. C'était probablement un piédroit situé à l'entrée d'une clôture de chœur.


Salle annexe (sacristie)

Bien que la nef de la cathédrale ait été reconstruite, selon nous aux alentours de l'an mille et, selon les auteurs du texte de Wikipédia, aux XIIe et XIIIe siècles, il existe dans cette église des traces non négligeables d'une plus grande ancienneté.

Il en est ainsi des fresques (images 23, 31, 32, 33, 35 et 36). Celles-ci, très dégradées, sont difficiles à dater. Du moins en ce qui nous concerne. Nous essayons de récolter le maximum d'informations sur les fresques et les mosaïques, mais nous ne sommes pas encore arrivés à trouver les fondements d'une chronologie.

Les images 24 , 25, 26 et 27 sont celles d'une grande mosaïque située dans la sacristie. Malheureusement, cette mosaïque recouverte de poussière au moment de la prise de vues, est difficilement lisible. On reconnaît cependant la scène de deux cerfs encadrant un canthare. Il s'agit-là d'un avatar de le scène désormais très classique dite
« des oiseaux au canthare ». La fréquence de telles scènes dans un environnement religieux impose l'idée que l'on est en présence d'un symbole lui aussi religieux. Mais une religion différente de celle « des oiseaux au canthare ». Sachant que les celtes ont vénéré des dieux-cerfs, on peut penser que cette religion était proche de la religion des celtes. De cette hypothèse, il ne faut cependant pas faire une certitude. La religion chrétienne a pu adopter par souci d'évangélisation d'autres peuples, des pratiques locales.

Image 28. Nous ne savons rien sur ces fonts baptismaux : anciens ? C'est peu probable car ils sont en trop bon état. Copies d'anciens ? On aimerait en connaître les modèles.

Images 29, 30 et 34. Nous avons pris ces photographies en oubliant de demander quel était le nom de ce bâtiment (peut-être la chapelle Sainte-Barbe ?) et sa localisation par rapport à la cathédrale Sainte-Anastasie.

En tout cas, il s'agit d'une église à plan basilical ayant une nef à trois vaisseaux charpentés.

Le vaisseau central est porté par un système mixte de piliers. Ce que nous appelons système mixte est une alternance entre piliers rectangulaires et piliers cylindriques. Ici les piliers rectangulaires sont de type R1010. Ce qui signifie que de part et d'autre de chaque pilier rectangulaire, sont accolés des pilastres portant chapiteau.

Nous pensons que cette église est plus ancienne que la cathédrale dans sa reconstruction aux alentours de l'an mille. On ne retrouve pas en effet les galeries de l'étage supérieur de la nef.

Sur l'image 34, on peut voir que le pilier de gauche porte deux chapiteaux de dimensions différentes. Cela montre qu'il y a eu à un moment donné une restauration ponctuelle. Mais pas une reconstruction. On peut donc penser qu'une grande partie de cet édifice est d'origine.


Datation envisagée

Pour la cathédrale Sainte-Anastasie de Zadar (édifice d'origine, dont il existe probablement très peu de restes) : an 400 avec un écart de 150 ans.

Pour la cathédrale Sainte-Anastasie de Zadar (édifice reconstruit) : an 950 avec un écart de 100 ans.

Pour l'église située dans l'enclos cathédral de Zadar (édifice reconstruit) : an 900 avec un écart de 100 ans.



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