Introduction à l'étude des monuments de Croatie
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Remarque initiale
Contrairement à la plupart des pages de ce site, celle-ci
est écrite à la première personne du singulier (sur le plan
grammatical, je remplace le « nous » habituel par le « je»).
Ceci afin de décrire ma démarche personnelle de découverte
du patrimoine de Croatie, une démarche que chacun peut
réaliser à son tour.
Une découverte progressive
des monuments de Croatie
Je dois d'abord dire que mes recherches sur le premier
millénaire sont le résultat d'une longue réflexion amorcée
dès 1975 lorsque j'ai commencé à m'étonner de l'absence
quasi totale de monuments construits entre l'an 400 et l'an
1000. La lecture d'ouvrages traitant de l'art roman et la
collecte d'images, à partir de 2002 lors de voyages, a
permis d'accumuler des informations sur bon nombre d'églises
d'Europe.
Mais concernant la Croatie, je ne disposais d'aucun
renseignement. Les Éditions
Zodiaque qui avaient produit des ouvrages sur l'art
roman dans de nombreux pays d'Europe (Péninsule ibérique,
France, Italie, Allemagne, Îles Britanniques, Scandinavie)
n'avaient pas fait paraître d'ouvrage sur les Balkans et
l'Europe de l'Est.
J'ai découvert la Croatie en compagnie de mon épouse lors
d'un voyage d'une semaine organisé, en septembre 2011. Dans
ces circonstances-là, on suit le groupe qui n'est pas
forcément intéressé par l'histoire ou les monuments du
premier millénaire. Malgré ce, j'ai pu faire des
découvertes, non seulement sur le passé romain de la Croatie
(Pula, Split, Zadar) mais aussi sur son passé préroman
(Saint-Donat de Zadar). Et j'ai réalisé que ce passé
préroman pouvait être plus riche que je ne le pensais.
Il y a eu aussi une autre découverte. Mais, dans ce cas là,
on devrait plutôt parler d'absence de découverte : celle de
l'art roman. En effet, ce voyage m'a permis de réaliser que,
hormis la cathédrale Saint-Laurent de Trogir, il n'y a pas
d'église romane en Croatie. Cette expression peut paraître
un peu dure, d'autant que des études un peu poussées
pourraient peut-être permettre d'en découvrir d'autres.
D'autant aussi qu'un livre cité ci-dessous évoque un « Premier
art roman en Croatie » et décrit plusieurs
monuments appartenant, selon l'auteur, à cette période.
Mais, hormis pour Saint-Laurent de Trogir, je n'ai rien vu
de comparable à l'Ouest de l'Europe où l'on compte des
milliers d'églises romanes installées. Il n'y a pas
seulement rareté d'églises romanes. C'est aussi le cas des
églises gothiques. Cependant, on découvre en visitant les
villes, des maisons privées gothiques, d'un gothique un peu
tardif, le gothique vénitien.
La collecte d'images accompagnée d'une lecture approfondie
de textes d'historiens du premier millénaire m'a permis
d'approfondir la réflexion et de remettre en question mes
propres connaissances sur cette période. Et en février 2016,
grâce à l'aide d'Alain Le Stang, ce site Internet, millenaire1.free.fr,
a été créé afin de faire partager cette réflexion aux
internautes. Certains des monuments de Croatie visités en
2011 ont été décrits sur le site au cours de la même année
2016.
Quelques années plus tard, j'ai reçu un e-mail dans ma
messagerie, un texte, Le
« Premier art roman » en Istrie et en Dalmatie pat
Miljenko Jurkovic et Iva Maric, lui-même extrait de
l'ouvrage collectif Le
« Premier art roman » cent ans après.
La construction entre Saône et Po autour de l'an mil.
»
Je n'ai pas su qui m'a envoyé ce texte et quelles étaient
ses motivation. J'ai découvert à travers la lecture de ce
texte l'existence d'une recherche sur les constructions
autour de l'an mil, l'existence aussi de monuments que je ne
connaissais pas auparavant.
La première page du livre est instructive : « Actes
du colloque international de Baume-les-Messieurs et
Saint-Claude, 17-21juin 2009. Sous la direction d'Éliane
Vergnolle et Sébastien Bully. […] Besançon
2012. ». Elle témoigne, selon moi, du caractère
relativement récent de cette recherche. Cette impression est
accentuée par la première phrase du texte de Miljenko
Jurkovic et Iva Maric : « Au
moment où J. Puig i Cadafalch élaborait sa géographie
du “Premier art roman”, la Croatie se situait non
seulement à la périphérie de ses intérêts, mais à celle de
toute l'histoire de l'art. [...] ». Il faut savoir
que des personnalités, comme Viollet-le-Duc (+1879), Marcel
Durliat (+2006), Raymond Oursel (+2008), ont été des
spécialistes incontestés des arts du Moyen-Âge. Il en de
même de Josep Puig i Cadafalch (+1956). Mais être (ou avoir
été) incontesté ne doit pas signifier être incontestable. Et
on a parfois l'impression que ces spécialistes sont devenus
des gourous. L'importance donnée à J. Puig i Cadafalch dans
le texte de Miljenko Jurkovic et Iva Maric donne
l'impression qu'en cinquante ans, la recherche n'a pas
évolué. Puig I Cadafalch semble avoir été très influencé par
l'art roman catalan, un art très caractéristique où l'on
rencontre fréquemment des églises à arcatures lombardes de
première génération. Et il est possible qu'il ait essayé de
tout ramener à la période de création de cet art spécifique,
le XIe siècle.
Ayant été auparavant très sensibilisé par les questions de
datation, j'ai aussitôt constaté des divergences entre mes
analyses et celles exprimées par Miljenko Jurkovic. Si
j'étais globalement d'accord avec la datation au XIe
siècle de clochers-porches, je ne l'étais plus avec la même
datation au XIe siècle de plans d'églises témoins
de la structure initiale de ces églises. J'estimais
celles-ci antérieures de plus de 300 ans au XIe
siècle.
Je dois avouer que ma position est ultra-minoritaire. Pas
seulement en Croatie, mais dans tout le reste de l'Europe.
Il est certes possible que je commette des erreurs, mais le
fait de remettre en question l'histoire et l'architecture du
premier millénaire n'est pas une erreur. En fait, selon moi,
l'expression « remettre en question » n'est pas tout à fait
appropriée. Il faudrait plutôt parler de « mise en questions
» d'une histoire qui avait été auparavant « mise en
affirmations ».
Cette position ultra-minoritaire crée un ostracisme à mon
égard. Cependant j'ai la chance d'être indépendant. Ce qui
n'est pas le cas de la plupart des universitaires dont
certains ont peut-être les mêmes idées que moi, voire même
les ont eues avant moi. Mais ces historiens doivent composer
avec leurs « chers collègues » qui peuvent bloquer leurs
financements. Et les universités elles-mêmes doivent
composer avec les politiques des pays de leurs implantations
: l'écriture d'une histoire en vue de forger une identité
nationale prend beaucoup de liberté vis-à-vis de la vérité
historique et il est difficile de s'opposer à cela.
Mais cela n'empêche pas ces historiens de progresser dans
leurs recherches. Et le texte de Miljenko Jurkovic et Iva
Maric s'est révélé être une source précieuse d'informations.
Un voyage d'exploration
Mon premier voyage m'avait donné envie de revenir en
Croatie, et, en particulier, de visiter et d'étudier Poreč.
Mais il y avait la difficulté de la langue et l'envie de
faire ouvrir les églises. Grâce au site de voyages Evaneos,
j'ai pu contacter cette année l'agence locale Sveta
Ana avec laquelle j'ai préparé notre voyage à tous
deux, mon épouse et moi. J'ai commencé en recueillant des
informations à partir de guides touristiques, du texte Le
« Premier art roman » en Istrie et en Dalmatie et
d'images extraites de galeries d'Internet. L'agence Sveta
Ana a, quant à elle, contacté des guides
touristiques locales parlant français, Anne-Marie Sessa pour
Split, Tamara Haber pour l'Istrie, Jadranka Metzger Sober
pour Krk, Martina Kristo pour Zadar. Ces dames ont été
remarquables de disponibilité et d'efficacité pour répondre
à mes demandes concernant les visites d'églises ou de
musées. Elles n'ont pas caché qu'elles préféraient les
groupes d'asiatiques qui ne posaient pas de questions. Mais
je suis intimement persuadé que mes exigences leur ont
permis d'aller à la rencontre de lieux qu'elles n'avaient
pas eu l'occasion de visiter ou de personnes avec qui elles
ont pu dialoguer. La meilleure connaissance d'un pays et des
gens qui l'habitent le fait mieux aimer. C'est le cas pour
mon épouse et moi et cela a dû être le cas pour ces quatre
dames.
Commentaires sur
l'histoire de la Croatie
Cette histoire est abondamment racontée sur les guides
touristiques et sur Wikipédia. Je ne la reprendrai pas.
D'une part, j'avoue ne pas l'avoir travaillée. D'autre part,
nos guides ne nous ont pas fait part de l'histoire globale
de la Croatie mais plutôt des histoires locales de Pula,
Poreč, Nin, Split, Zadar, et, au cours du voyage précédent,
Dubrovnik, Trogir, Šibenik.
Les régions où ces villes sont localisées occupent moins de
la moitié de la Croatie et nous n'avons abordé que les zones
côtières de ces régions. C'est dire que je connais peu de
choses de l'histoire de la Croatie. Il semblerait cependant
que, comme pour l'Italie, il y ait eu au cours de l'histoire
un partage du territoire actuel de la Croatie en un certain
nombre de cités-états, évoluant séparément entre elles et
tombant sous diverses dépendances : Rome, Constantinople,
Venise, Autriche-Hongrie, Empire Ottoman.
Mais lorsqu'on parle d'histoire, on pense avant tout à
l'histoire événementielle. C'est l'histoire racontée par les
textes écrits. Je ne m'intéresse pas plus particulièrement à
ce type d'histoire, et ce pour plusieurs raisons ; cette
histoire ne raconte que les événements marquants : les
guerres, les épidémies, les changements de régime. Or ces
événements marquants sont moins importants dans la durée et
dans l'impact sur les territoires que les modifications non
signalées, apportées par les périodes de paix, de progrès et
de prospérité. Et parfois à cause de la disparition des
supports écrits, on n'a même pas connaissance des événements
marquants. Ainsi, si on devait recenser toutes les épidémies
qui ont été signalées durant le premier millénaire, on en
déduirait (à tort) qu'il y a eu moins d'épidémies durant
toute cette période que pour le seul XIXe siècle.
Je suis peu intéressé par cette histoire événementielle qui
peut être trompeuse. Par contre, après ces années de
recherche, je commence à réaliser qu'il existe une autre
façon d 'étudier l'histoire grâce à l'architecture des
monuments et à l'iconographie : un peuple vit à travers les
monuments qu'il crée. C'est grâce à ses monuments, ceux qui
existent (nefs triples à piliers cylindriques, chancels), et
ceux qui n'existent pas (églises romanes et églises
gothiques), que l'ont doit pouvoir reconstituer les périodes
d'essor et les périodes de déclin de l'histoire de la
Croatie.
Les régions de la Croatie
La Croatie a été découpée en 21 régions administratives
appelées comitats.
Et c'est, semble-t-il, le seul découpage officiel. Il existe
d'autres découpages plus informels. Pour les besoins de
notre étude, il était nécessaire de réduire le nombre des
régions. Nous utiliserons donc le découpage suivant :
1. Istrie.
2. Kvarner, Lika et Gorski-Kotar.
3. Croatie Centrale.
4. Dalmatie.
5. Slavonie.
Sur ces cinq régions, deux sont totalement dépourvues de
monuments. Nous ne décrirons donc que des monuments de 3
régions : Istrie, Kvarner/Lika, et Dalmatie. Cela me
surprend beaucoup car ces régions sont voisines du Danube
et, tout comme pour le Rhin, ce fleuve devait constituer une
voie de communication. Durant le premier millénaire, il
devait y avoir des monuments au voisinage de ce fleuve.