L'abbatiale de Maria Laach  

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Nous n'avons pas visité cette abbatiale. Notre étude de cet édifice s'est inspirée de pages d'Internet (ex : Wikipédia) et de l'analyse de galeries d'images issues d'Internet. Nous avons en particulier abondamment consulté le site Internet http : //romanische-schaetze.blogspot.com/ qui a recueilli les images de plusieurs centaines de monuments. Notre site traitant seulement du premier millénaire, nous n'avons conservé que les monuments susceptibles d'appartenir à cette période, mais ce site, dont le nom se traduit en français par « Trésors romans », est beaucoup plus riche en monuments et nous en conseillons la lecture. Certaines images ci-dessous sont extraites de ce site Internet.

Nous nous sommes aussi en partie inspirés du livre Palatinat Roman de la collection Zodiaque, écrit par Dithard von Winterfeld, Professeur de l'Histoire de l'Art de l'Université de Mayence. Nous en conseillons la lecture.

La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette église nous apprend ceci (extraits) :

« [...] Le complexe monastique du haut Moyen Âge est situé sur le côté sud-ouest du lac Laach. Il a été construit entre 1093 et 1216 comme Abbatia ad Lacum, latin pour “abbaye sur le lac”, plus tard aussi Abbatia Lacensis, “l’abbaye appartenant au lac Laach”, comme une fondation d'Henri II de Laach et de son épouse Adelheid.

L'église monastique à six tours, le Laacher Münster, est considérée comme l’un des plus beaux monuments de l'architecture romane de la période salienne en Allemagne. Le magnifique atrium de la basilique voûtée, que l’on appelle ici paradis, est le dernier subsistant au nord des Alpes. Le cloître du début du XIIIe siècle a été restauré en 1859.

Histoire (Moyen-Âge)

Le premier comte palatin du Rhin, Heinrich II von Laach, qui fut le premier et le seul à s’appeler von Laach d’après son château de Laach sur l’héritage de son père zu Laach”, au-dessus de la rive orientale du lac de Laach, promit à l’église de fonder un monastère de l’autre côté du lac sur la rive sud-ouest, pour son salut et celui de sa femme et comme lieu de sépulture pour eux deux en raison de leur absence d’enfant. L’endroit a été judicieusement choisi en raison de l’approvisionnement en eau douce par le Beller Bach et de la bonne accessibilité. En 1093, comme promis, lui et son épouse Adelheid de Weimar-Orlamünde († 28 mars 1100) fondèrent l’abbaye appelée Abbatia ad Lacum (Abbaye sur le lac), ... sous le double patronage de la Bienheureuse Vierge Marie et de Saint-Nicolas. [...]

Au nom de la Sainte et Indivisible Trinité, Moi, Henri, par la grâce de Dieu, comte palatin du Rhin et seigneur de Laach, pour la pacification sûre des humbles en esprit, nous faisons connaître à tout le Christ et aux fidèles, futurs aussi bien que présents : Puisque je suis sans enfant, j’ai, avec le consentement et la coopération de ma femme Adelheid, pour le salut de mon âme et pour la réalisation de la vie éternelle sur mon héritage paternel, à savoir, à Laach, en l’honneur de la Sainte Mère de Dieu Marie et Saint-Nicolas, un monastère a été fondé comme résidence pour ceux qui suivent la règle monastique. En présence et sous le témoignage de M. Heilbert, le vénérable archevêque de Trèves, je lui ai préparé une dot de mes propres biens. [...]

[...] Dès 1093, les fondations de la crypte, de la nef, de la tour de croisée des ouvrages Ouest et Est ont été posées, pratiquement les fondations complètes, sans le paradis qui n’a été considéré et ajouté que plus tard. Après la mort d’Henri le 23 octobre 1095, au château de Laach, les murs ont été élevés à plus de trois mètres, le chœur Est était le plus élevé jusqu’à sept mètres, la nef la moins avancée. La comtesse palatine Adelheid poursuivit les travaux de construction ; ils ont d’abord été interrompus après sa mort à Echternacht en mars 1100. À cette époque, le transept oriental était encore sans voûtes et avait un toit plat temporaire comme salle de culte temporaire pour les moines.

En 1112, l’héritier d’Henri, le comte palatin Siegfried von Ballentedt († 1113), renouvelle la fondation ( [...] utilisé pour l’achèvement de l’église ), fait reprendre les travaux de construction et fait don du monastère à l’abbaye d'Affligem dans le duché de Brabant, à laquelle l’abbaye de Laach appartenait donc initialement comme prieuré. [...] En 1138, Laach devint une abbaye indépendante ; Gilbert meurt le 6 août 1152. Sous son successeur, l’abbé Fulbert (1152-1177), la crypte, la nef et le chœur Ouest sont consacrés le 24 août 1156 par Hillin de Fallemanien, archevêque de Trèves.

Sur la base des découvertes de 1979 d'une période de sécheresse dendrochronologiquement prouvée dans les années 1164, le géodésiste et archéologue Klaus Grewe a daté (de cette année-là) la construction du tunnel Fulbert (il l'a plus tard nommé ainsi d’après l’abbé) de 1152 m de long. Il a considéré que cette construction n'était possible que lorsque le niveau de l’eau était bas. Selon Grewe, le niveau d’eau du Laacher See devait être abaissé au-dessus du tunnel pendant les inondations afin de protéger le monastère en construction. Récemment, les Romains ont également été pressentis en tant que constructeurs – en raison des restes de colonnes romaines trouvées à la hauteur du monastère et en raison de la construction du tunnel romain I –.

Sous les abbés Albert (1199-1216) et Grégoire (1216-1235), le bâtiment Ouest a été achevé. De 1220 à 1230, la chapelle Saint-Nicolas, qui existe encore aujourd’hui, a été construite, et le narthex, appelé « Paradis », a été ajouté à la façade Ouest selon un nouveau plan. Avec le mur extérieur de l’église, il forme un espace ouvert entourant une place fermée, semblable à un atrium. [...] »

Note 1.

Toujours selon Wikipédia : « Le tunnel Fulbert : Le Laacher See est situé dans la caldeira du volcan Laacheret et n’a pas d’écoulement naturel. En plus du niveau de la nappe phréatique, le niveau d’eau était en grande partie déterminé par la quantité de précipitations, de sorte que la hauteur du niveau d’eau fluctuait. Avec le tunnel comme trop-plein, un niveau d’eau maximum a été fixé.

Le tunnel de 880 m de long, environ 3 m de haut et d’au moins 1,30 m de large mène du Laacher See à travers l’anneau de cratère environnant vers le Sud.
[...]

Le tunnel a été creusé selon la méthode dite de construction qanat, c’est-à-dire que sur l’axe jalonné du tunnel, environ 30 trous de lumière verticaux ont d’abord été creusés au niveau prévu, à partir duquel le tunnel a ensuite été effectué dans les deux sens. Cette technique était déjà connue des Romains. »


Commentaires sur les textes ci-dessus

Au vu des documents qui nous sont fournis par ce long texte, la phrase « Le complexe monastique du haut Moyen Âge est situé sur le côté sud-ouest du lac Laach. Il a été construit entre 1093 et 1216... » semble a priori irréfutable. Ainsi la fondation du monastère en 1093 est confirmée par l'acte de fondation nommément cité.

On pourrait cependant émettre une objection concernant la date de 1216. Pourquoi avoir donné cette date ? Le complexe monastique qui apparaît sur l'image 1 présente certes un bâtiment l'abbatiale pouvant dater du Moyen-Âge. Mais d'autres bâtiments beaucoup plus récents et plus nombreux, sont attribuables au XVIIIe ou XIXe siècle. Et sans doute que les constructions continuent encore. La seconde date devrait donc être 2023 et non 1216. On dira sans doute que notre réaction relève d'un petit esprit, d'un désir de se distinguer. Et que l'auteur du texte a seulement confondu le monastère (ou le complexe monastique), et sa seule abbatiale. Celle-ci aurait donc été construite entre 1093 et 1216. Nous pensons qu'en fait l'erreur est peut-être plus grande. Car elle induit à penser que cette église a été construite en 123 ans (1093-1216). Or nous affirmons qu'un projet, aussi grandiose soit-il, ne doit pas être réalisé en plus de 30 ans. Lorsqu'un maître d’œuvre conçoit un projet et qu'il le met en œuvre, il veut assister à la réalisation de ce projet. Et donc être vivant lors de son inauguration.

En conséquence la phrase, « [...] Dès 1093, les fondations de la crypte, de la nef, de la tour de croisée des ouvrages Ouest et Est ont été posées, pratiquement les fondations complètes, sans le paradis qui n’a été considéré et ajouté que plus tard. », entre en totale contradiction avec ce que nous venons de dire. Car elle signifie que peu avant l'an 1093, les plans de la quasi totalité de l'édifice (crypte, nef, tour de croisée, ouvrages Ouest et Est) avaient été rédigés. Le plan de financement de ces travaux était mis en place, le choix des entreprises avait été fait et les devis signés. Il était prévu une date de fin de travaux (10 ans après ? 15 ans après ?) avec une possibilité envisagée dès le début de dépassement des délais (20 ans après ?). Mais l'ensemble du bâtiment (moins le « paradis ») devait obligatoirement être achevé vers 1120. Si cela n'a pas été le cas, alors une explication s'impose : un retard de 90 ans dans l'achèvement de travaux mérite en effet plus qu'une explication. Où peut donc se situer l'erreur ? Dans l'idée que tous les travaux effectués entre 1093 et 1216 l'ont été en fonction du plan de base élaboré en 1093. Certains de ces travaux ont pu être réalisés indépendamment du plan de base.

Est-ce que la construction de l'abbatiale a réellement commencé en 1093 ? Jusqu'à présent, nous avons raisonné en acceptant cette date (ou une date très proche) comme celle d'un début de construction. Le texte apparaît dépourvu d'ambiguïté. L'abbaye est fondée en 1093. Et donc l'abbatiale a dû être construite peu après cette date ! Pourtant ce point de vue semble en contradiction avec l'observation de l'architecture de cet édifice. Cette église nous apparaît antérieure à 1093.

Il y a plusieurs raisons à cela :

• Les trois vaisseaux de la nef sont voûtés d'arêtes sur berceau plein cintre (images 6, 7 et 8). Ce type de voûtement est typiquement roman et sa construction pourrait dater du XIIe siècle (1150 avec un écart de 50 ans). Mais certains détails architecturaux (différences entre impostes sur les piliers et chapiteaux sur les pilastres adossés aux piliers, piliers de type R0202, arcs à simple rouleaux reliant les piliers) font envisager qu'à l'origine, la nef était charpentée. Elle serait donc antérieure au XIIe siècle.

• Un autre détail a son importance : la présence de deux absides opposées ; une abside semi-circulaire à l'Est, une contre-abside semi-circulaire à l'Ouest. Cette forme est, selon les spécialistes, typique d'églises dites « carolingiennes ». Donc des églises censées dater de la période carolingienne : le IXe siècle. Sauf que les mêmes spécialistes vous diront qu'une église présentant cette forme ne peut être que du XIIe siècle (petite allusion perfide). La présence d'une contre-abside dans certaines églises germaniques semble être l'apanage de princes laïcs désireux d'avoir un lieu de culte qui leur était réservé (culte funéraire ? sacralisation de leurs décisions sur le plan civique ?). La contre-abside aurait disparu à l'époque romane, remplacée par le porche au rez-de-chaussée et une chapelle à l'étage supérieur de l’ouvrage Ouest (elle deviendra ultérieurement tribune sur la nef).

• Il y a enfin le texte lui-même : « Après la mort d’Henri le 23 octobre 1095, au château de Laach, les murs ont été élevés à plus de trois mètres, le chœur Est était le plus élevé jusqu’à sept mètres, la nef la moins avancée... ». En effet, nous doutons que les auteurs du texte de Wikipédia se soient inspirés d'un texte d'époque pour affirmer qu'après 1095, « les murs ont été élevés à plus de trois mètres... ». De tels textes d'époque n'étaient pas aussi détaillés en matière de constructions. Beaucoup plus probablement ces détails ont été observés par les archéologues actuels par des différences d'appareil des murs. Ce qui prouve qu'il y a eu plusieurs campagnes de construction, des campagnes qui peuvent être distantes de plusieurs siècles.

Remarque concernant la datation à l'an 1164 du tunnel « Fulbert ». Cette datation a été effectuée à partir d'une analyse dendrochronologique. Nous sommes très favorables à une approche scientifique de l'archéologie. Cependant, nous devons rester très prudents dans sa mise en application. Dans le cas présent, si nous avons bien compris, l'analyse dendrochronologique ne s'est pas faite sur le tunnel lui-même mais plus généralement dans la région. On a dû constater qu'aux alentours de l'an 1164, il avait dû y avoir une baisse d'activité de la végétation. On en a déduit qu'il y avait eu des années de sécheresse et donc assèchement du lac : les moines de l'abbaye en avaient profité pour construire le tunnel. Cette explication nous semble un peu courte et biaisée. La baisse d'activité de la végétation peut avoir une autre cause que la sécheresse. On ne nous dit pas s'il y a eu des périodes de sécheresse autres que celle de 1164. Et en particulier antérieures à celle de 1164. Ce qui doit être difficile à prouver, car plus on remonte dans le temps, moins on retrouve de bois susceptibles d'être analysés. Par ailleurs, au cours du temps, le niveau moyen du lac a très certainement évolué. Enfin il y a quelque chose que nous ne comprenons pas : ce tunnel aurait été construit à travers une ancienne moraine de glacier afin d'évacuer un trop plein d'eaux en cas de gros orages. Il nous semble qu'il suffit de construire le tunnel au niveau normal du lac. S'il y a un trop plein, l'eau passera par ce tunnel. Il n'est donc pas nécessaire de construire le tunnel en dessous du niveau normal. Et donc on n'est pas obligé de construire durant les années de sécheresse. La construction du tunnel à l'époque romaine ou, plus simplement à une autre période que celle de 1164, est donc envisageable.


Datation envisagée pour l'abbatiale de Maria Laach (nef primitive) : an 900 avec un écart de 150 ans.