L'église Saint-Pierre de Bubenheim
Nous n'avons pas visité cette église.
Notre étude de l'édifice s'est inspirée de pages d'Internet
(ex : Wikipédia) et de l'analyse de galeries d'images issues
d'Internet. Nous avons en particulier abondamment consulté
le site Internet http
: //romanische-schaetze.blogspot.com/ qui a recueilli
les images de plusieurs centaines de monuments. Notre site
traitant seulement du premier millénaire, nous n'avons
conservé que les monuments susceptibles d'appartenir à cette
période, mais ce site, dont le nom se traduit en français
par « Trésors
romans », est beaucoup plus riche en monuments et
nous en conseillons la lecture. Certaines images ci-dessous
sont extraites de ce site Internet.
Nous nous sommes aussi en partie inspirés du livre Palatinat
Roman de la collection Zodiaque,
écrit par Dithard von Winterfeld, Professeur de l'Histoire
de l'Art de l'Université de Mayence. Nous en conseillons la
lecture.
La page du site Internet Wikipédia consacrée au village de
Bubenheim nous apprend ceci :
« [...] Le
bâtiment le plus important est l'église romane
Saint-Pierre, de 1163. Elle est considérée comme la plus
ancienne église de village romane du Palatinat et a été
construite par le prêtre Gottfried von Beselich, dont
l’inscription et la représentation picturale y ont été
conservées.
Histoire
De l'âge de pierre, sont conservées les traces de
céramiques cannelées d'une colonie au moulin de
Borkensteiner ; de
l'âge du fer, ont été découvertes des
sépultures de la culture des champs d'urnes
1
ou
de la culture plus récente de La Tène
2.
Bubenheim
a été fondée par les Francs aux VIe-VIIe
siècles et appartenait à Wormsgau. En 1140, le village est
mentionné pour la première fois dans un document
orthographié Bubinheim
(= maison de Bubin), lorsque le comte Louis III d'Arnstein
transfère Bubenheim à l'abbaye prémontrée d'Arnstein
(Lahn), nouvellement fondée. [...]
Bubenheim
s'est constitué à l’origine comme un village regroupé à
droite de l’Ammelbach. Le noyau fondateur s'identifie à la
majestueuse Grande Cour au sud-ouest de l’église du
XIe siècle, qui était située dans un cimetière
fortifié. À la fin du Moyen-Âge, les premiers bâtiments
ont été construits sur la rue principale d’aujourd’hui. [...]
»
Note 1 : la
culture des champs d'urnes rassemble les
cultures archéologiques de la « Céramique à cannelures
légères » (d'environ 1350 à 1150 av. J.-C.) et du « groupe
Rhin-Suisse-France orientale » (d'environ 1150 à 950 av.
J.-C.).
Note 2 : la
culture de
La Tène, ou second âge du fer, est une culture
archéologique qui se développe en Europe, d'environ 450 à 25
av. J.-C.
Commentaires de ce texte
La phrase « Le
bâtiment le plus important est l'église romane
Saint-Pierre, de 1163. » est dépourvue d’ambiguïté.
Notons cependant que la datation précise d'une construction
est toujours ambiguë quand on ne précise pas s'il s'agit
d'un début ou d'une fin de construction en vue, car
plusieurs années peuvent séparer ces deux dates. À plus
forte raison lorsque l'acte présenté comme preuve concerne
un achat de terrain en vue de la construction de l'église ou
la consécration d'un autel.
On peut cependant envisager que la construction de
Saint-Pierre se situe aux alentours de 1163. D'autant que
l'auteur apporte un élément de preuve : « Elle
... a
été construite par le prêtre Gottfried von Beselich, dont
l’inscription et la représentation picturale y ont été
conservées...
».
Cet élément de preuve, nous le voyons représenté dans la
pierre sculptée (peut-être tombale) de l'image
4. Nous y
lisons avec de grandes difficultés, en haut à gauche : « DE
GOFRIDO V BECUE -DVIVD ». Une autre inscription en haut et à
droite est encore plus difficilement déchiffrable. Nous ne
sommes pas du tout experts en épigraphie. Mais nous savons
que certains caractères sont des abréviations et que ces
caractères peuvent être modifiés en fonction du temps ou du
lieu. Il nous est donc très difficile de conclure. En tout
cas, l'interprétation selon laquelle cette plaque gravée
prouve indubitablement que l'église a été construite en 1163
nous semble douteuse. Le prêtre semble élever dans sa main,
non une église (ce à quoi on s'attendrait) mais,
probablement, un codex.
Datation
Les images 1 et 2 de
l'extérieur font apparaître une église à nef unique
rectangulaire, prolongée par un avant-chœur carré, puis un
chœur semi-circulaire. Nous pensons (contrairement à
l'opinion courante), que les églises à nef unique sont plus
récentes que les églises à nef triple. Le modèle aurait
commencé à s'imposer aux petites chapelles rurales un ou
deux siècles avant l'an mil. En fait, le premier modèle
était une église à nef rectangulaire et chevet carré. Mais
nous avons constaté pour certaines chapelles du Sud de la
France qu'ultérieurement, on aurait ajouté un chœur
semi-circulaire au chœur carré, transformant celui-ci en
avant-chœur. Ce qui correspondrait au plan de l'actuelle
église. Une objection cependant ! … qui pourrait ne pas en
être une ! L’avant-chœur et le chœur sont tous deux décorés
d'arcatures lombardes, de même que la façade occidentale.
Mais pas la nef. On peut dons envisager que l’avant-chœur et
le chœur ont été construits en même temps et non
successivement comme envisagé ci-dessus. Voilà pour
l'objection. Mais, ceci-dit, il faut comprendre que l'emploi
d'arcatures lombardes n'est pas seulement à but esthétique
(pas seulement un décor). Nous pensons que ces arcatures
servaient aussi à rigidifier des murs : on les voit
principalement sur des clochers où elles permettaient de
délimiter des étages. Nous pensons qu'utilisées sur des
chevets ou des murs gouttereaux de nefs, elles facilitaient
la pose de voûtes. En conséquence, il est possible que ces
arcatures lombardes aient été posées après une première
construction, lorsqu'il aurait été décidé de prolonger le
chœur carré par un chœur semi-circulaire et, dans le même
temps peut-être, de voûter les deux, en berceau plein cintre
pour le premier (voûte remplacée à l'époque gothique), en
cul-de-four pour le second. Voilà pour l'objection qui n'en
est peut-être pas une.
Quelques observations
Image 3 : Les
deux arcs (arc triomphal et arc absidal) forment un
excellent décor polychrome. Mais cette polychromie est-elle
due à l'utilisation de pierres colorées ou à la peinture ?
Dans le premier cas, on aurait un excellent exemple de
polychromie en Europe du Nord.
Image 5 : La
légende de photographie indique sur Internet qu'il s'agit
d'un lavabo roman. Nous n'avons pas vu ailleurs d'objet
analogue à celui-ci. De plus, le masque humain représenté
sur le conduit d'évacuation (6mage
6) semble plus préroman (celtique ?) que roman.
Enfin, même si, lors des cérémonies chrétiennes du Jeudi
Saint, il y a la pratique du Lavement des Pieds, nous
n'avons pas connaissance qu'il y ait eu fabrication d'un
lavabo pour cet usage. En conséquence, il y a là un petit
mystère qui reste à éclaircir.
Datation
envisagée pour l'église Saint-Pierre de Bubenheim :
an 1000 avec un écart de 75 ans.