Conclusions de la deuxième étape d'analyse des thèmes iconographiques 

Évolution des éléments de décor et de l’iconographie   • Article précédent 


En guise de bilan de cette deuxième étape : une forte progression dans la collecte des données

Voici ce que nous avions écrit en juin 2019 dans la page précédente de conclusions intitulée « Conclusions provisoires concernant les thèmes iconographiques » :

« Nous n’avons pas fini l’inventaire des monuments. Sur les 13 régions de France, 4 (Auvergne-Rhône-Alpes, Nouvelle Aquitaine, Provence-Alpes- Côte-d’Azur, Normandie) sont considérées comme terminées. Deux autres comme la Bretagne et l’Occitanie sont bien engagées. Il en reste donc 7. Mais de moindre importance que les précédentes. Toute l’Italie est à faire. Mais aussi la Belgique, les Pays-Bas, une partie de la Suisse, une partie de l’Allemagne. Et peut-être aussi l’Autriche, la Serbie, la Roumanie, etc. En conséquence, nous pensons ajouter au moins 500 monuments aux 1000 déjà étudiés. [...] »

Nous écrivons le présent texte en mars 2025, soit un peu plus de 6 ans après avoir écrit le texte ci-dessus. Depuis cette date, nous avons beaucoup progressé dans notre inventaire des monuments. Pour la France, il ne reste plus qu'une région à compléter. Pour l'Italie, seize régions ont été faites, les quatre dernières sont en chantier. Le Benelux, l'Allemagne, l'Autriche, et une grande partie de la Croatie sont achevés. Il reste encore à terminer la Suisse. Nous pensions «  ajouter au moins 500 monuments aux 1000 déjà étudiés ». Nous en avons ajouté plus de 1500.


Des résultats parfois un peu décevants … mais prometteurs

Nous avons donc fortement progressé dans la collecte de données. Il nous reste cependant un petit sentiment d'échec en ce qui concerne la recherche dans le domaine iconographique. Pour analyser ce sentiment, il nous faut revenir en arrière, aux débuts de nos recherches dans ce domaine. En la déclenchant, nous avions espéré qu'elle nous apporterait des réponses précises sur certaines questions. Ainsi, en étudiant des thèmes iconographiques comme le Péché Originel, les Oiseaux au canthare, ou les Sirènes, nous espérions trouver des correspondances, d'en déduire que tel thème iconographique a été développé plus particulièrement dans telle région d'Europe et à telle période. Nous devons dire qu'avant d'aborder la présente page, nous étions très circonspects .L'analyse plus fine que nous faisons ci-après devrait permettre des remises à niveau.


Mise en place de la méthode

Avant toute explication concernant cette méthode, il nous faut admettre la grande incertitude liée aux résultats qu'elle apporte. Ces premiers résultats ne seront en fait que des pistes de recherches. La carte de l'image 1 ci -dessous donne l'impression d'une grande densité de monuments en Europe de l'Ouest. Et effectivement, nous avons effectué un très gros travail de recensement de ces monuments (2801 à ce jour, dont 2576 ont été étudiés). Mais pour chacun des thèmes étudiés, on trouve peu de représentants. Ainsi le thème du Péché Originel ne compte que 58 représentants, soit 2,25 % du total. Ce nombre est peu représentatif. À cela il faut ajouter que dans la hâte d'étudier l'ensemble des monuments, nous avons pu commettre des erreurs. Et surtout des oublis. De nombreuses sculptures ont été déposées dans les musées ou les collections privées. Prenons un exemple : celui des Vierges romanes d'Auvergne. Nous en avons recensé cinq. Le petit livre Vierges romanes des Éditions DEBAISIEUX en recense quant à lui environ trente cinq, soit sept fois plus. Cela ne signifie pas pour autant que nous devrions reprendre notre étude sur les Vierges romanes. Les auteurs de ce livre ont réalisé un excellent travail de spécialistes de la question des Vierges romanes en Auvergne. Nous nous situons dans une démarche de généralistes qui ne cherchent pas à approfondir la question, mais cherchent des correspondances. Dans ce cas particulier, nous en avons décelé une : la correspondance entre les Vierges romanes et les églises dédiées à Notre-Dame de l'Assomption.

L'idée première était de comparer chaque carte permettant de localiser un thème iconographique particulier à la carte générale des monuments. Cette carte générale est représentée sur l'image 1. C'est une copie d’écran de la carte interactive accessible à l'adresse http://millenaire1.free.fr/map_monde.html.

Nous avons constaté que la carte présentait le défaut d'être trop colorée. Les couleurs proviennent des estimations de datation de monuments. Mais la datation de ces monuments n'est pas forcément représentative des pièces iconographiques qu'ils contiennent. Et donc les couleurs constituent plutôt une gène à la lecture. Un autre défaut vient du fait que les monuments de certaines régions (comme la Toscane, la Vénétie ou la Suisse ont été identifiés, indiqués sur la carte mais non encore étudiés et, en conséquence, les pièces iconographiques qu'ils contiennent n'ont pas été enregistrées.

Nous avons donc créé une autre carte interactive : http://millenaire1.free.fr/map_monde_monuments_etudies2.html, dont nous avons effectué une copie d'écran (image 2).

Malgré celà, cette nouvelle carte semble être de lecture difficile. Nous verrons cependant, en étudiant des cas particuliers, qu'on peut la redimensionner de façon à rendre sa lecture plus facile.

Nous allons à présent étudier les divers thèmes iconographiques en suivant cet ordre chronologique :

Le chrisme (code CHR). Les oiseaux au canthare (code OC). Le centaure (code CE). Les griffons et les sphinx (codes GR et SPX). Les croix pattées et hampée (codes CP et CH). Les animaux adoosés et affrontés (codes AA et AF). La sirène (code SI). Les décors d'arcatures et d'arcades (codes ADS et ARC). Le péché originel (code PO). L'Agnus Dei (code AD). Les arcatures lombardes (code AL). Les Vierges à l'Enfant et Vierges romanes  (codes VE etVR). Le Tétramorphe (code TET). Les animaux dévorant ou dominant (codes LDE et LDO, etc.).



Thème du chrisme
(code CHR)

Ci-dessous, la carte représentée sur l'image 3 est une copie d’écran de la carte interactive accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_monuments_etudies2.html.

La carte représentée sur l'image 4 est une copie d’écran de la carte interactive associée au thème du chrisme accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_chrisme.html.

Ces cartes ont été redimensionnées afin d'obtenir une meilleure lisibilité. Ce faisant, la localité de Etchmiadzin, en Arménie, contenant ce thème iconographique, et extérieure à ces cartes s'en retrouve exclue.


Étude statistique, analyse des cartes et hypothèses avancées

Le nombre de monuments de code CHR (chrisme) est 64. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 6.35%.

Ce nombre est relativement faible par rapport à d'autres examinés un peu plus loin. On constate grâce aux cartes que la densité de répartition des sites où l'on trouve des chrismes est forte autour des Pyrénées et, plus particulièrement en Navarre et en Aragon, zone où, à l'inverse, il y a une moins forte densité des monuments visités. Le chrisme a été introduit dès l'Antiquité. À l'origine, c'était le monogramme du Christ qui aurait été utilisé comme drapeau par Constantin dans la bataille du pont Milvius. En toute logique, il aurait dû être utilisé longtemps après cette bataille. Or, en dehors des territoires bordant les Pyrénées,il semble absent presque partout. La question de son absence (et de sa présence dans les Pyrénées) se pose donc. Nous pensons que le chrisme a été à un moment donné l'emblème de Constantin et de ses descendants. Il faut savoir que, politiquement parlant, cette famille a hésité entre la pratique orthodoxe et l'hérésie arienne. Et certains peuples barbares tels que les Wisigoths ont adopté l'hérésie arienne. Les Wisigoths installés à partir de 410, au Sud de la France, comme peuple fédéré, en sont chassées après la bataille de Vouillé en 507. Bien que l'historiographie nous apprenne que les Wisigoths sont passés en Espagne et en Septimanie, nous pensons qu'un certain nombre d'entre aux sont restés dans les Pyrénées, voire le piémont pyrénéen. En tout cas nous ne pensons pas que cette partie ait été conquise par les Francs puisqu'elle le sera 60 ans plus tard. Notre hypothèse est que ces peuples des Pyrénées aient adhéré à l'hérésie arienne et aient conservé ses pratiques pendant plusieurs siècles en hostilité avec les Francs. Tout cela doit bien sûr être analysé, et vérifié.



Thème des « oiseaux au canthare »
(code OC)

Ci-dessous la carte représentée sur l'image 5 est une copie d’écran de la carte interactive accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_monuments_etudies2.html.

La carte représentée sur l'image 6 est une copie d’écran de la carte interactive associée au thème des Oiseaux au canthare accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_oiseaux_canthare.html.


Étude statistique, analyse des cartes et hypothèses avancées

Le nombre de monuments de code OC est 167. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 16,5%.

Le nombre de représentations des Oiseaux au Canthare est nettement plus important que celui du chrisme. Il faut dire que ce que nous appelons « oiseaux au canthare » recoupe beaucoup de situations : le canthare peut devenir un calice, une croix ou un arbre de vie. Les oiseaux peuvent devenir des griffons, des lions ou des cerfs. Assez paradoxalement, ce thème apparaît dans l’Antiquité (à Volubilis, par exemple) et on le retrouve dans des églises romanes datant du XIIe siècle. Mais paradoxalement pas après. Grâce aux cartes, on note une présente plus importante du thème dans le centre et le Sud Ouest de la France, le centre de l'Italie et la Dalmatie. Il est possible qu'en ce qui concerne l'Italie et la Dalmatie, cette présence du thème OC soit due aux vestiges antiques. En ce qui concerne le centre de la France, le thème OC se retrouverait plutôt sur des chapiteaux romans. On aurait donc un thème qui aurait été conservé dans ses grandes lignes et modifié pendant cinq siècles.
Petite remarque : nous avons eu l'occasion d'écrire que certains thèmes OC se retrouvaient sur des blasons de l'époque gothique. Nous ne connaissons pas de blason roman portant le thème OC.



Thème du centaure
(code CE)

Ci-dessous la carte représentée sur l'image 7 est une copie d’écran de la carte interactive accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_monuments_etudies2.html.

La carte représentée sur l'image 8 est une copie d’écran de la carte interactive associée au thème du centaure accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_centaure.html.

Ces cartes ont été redimensionnées afin d'obtenir une meilleure lisibilité. Ce faisant, les localités de Volubilis au Maroc et de Gernrode en Allemagne, contenant ce thème iconographique, et extérieures à ces cartes, s'en retrouvent exclues.


Étude statistique, analyse des cartes et hypothèses avancées

Le nombre de monuments de code CE est 62. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 6,15%.

Le thème du centaure est assez peu répandu. Mais en démarrant ce site, nous ne pensions pas qu'il y en aurait autant et nous l'avons découvert grâce au site. Nous pensions que le centaure que l'on voir sur un chapiteau de l'église de Serrabone (Boule-d'Amont/Pyrénées Orientales/France) était un cas unique et énigmatique. Nous avons constaté que le centaure existait depuis l'Antiquité et qu'il pouvait être associé à d'autres thèmes étudiés sur cette page : la sirène, le griffon, le lion, le sphinx. Sur la répartition, nous remarquons sa présence dans les Pouilles et un peu dans le centre de la France.



Thème des griffons et sphinx
(codes GR et SPX)

Ci-dessous la carte représentée sur l'image 9 est une copie d’écran de la carte interactive accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_monuments_etudies2.html.

La carte représentée sur l'image 10 est une copie d’écran de la carte interactive associée au thème des griffons et sphinx accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_griffons_sphinx.html.

Ces cartes ont été redimensionnées afin d'obtenir une meilleure lisibilité. Ce faisant, les localités du Proche-Orient et de l'Égypte, contenant ce thème iconographique, et extérieures à ces cartes, s'en retrouvent exclues.


Étude statistique, analyse des cartes et hypothèses avancées

Le nombre de monuments de code GR (drapeau rouge) est 42. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 4,16%.

Le nombre de monuments de code SPX (drapeau bleu) est 37. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 3,66%.

Comme précédemment, la répartition est homogène. La présence semble plus importante dans le Poitou (France) et le Pièmont (Italie). Il semblerait que, comme pour le centaure, il y ait eu deux étapes, une durant l'Antiquité, et une autre durant la période romane. Mais tout cela mérite un examen attentif.



Thème des croix pattées et hampées
(codes CP et CH)

Ci-dessous la carte représentée sur l'image 11 est une copie d'écran de la carte interactive accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_monuments_etudies2.html.

La carte représentée sur l'image 13 est une copie de la précédente réduite à une partie de la France.

La carte de l'image 12 est une copie d’écran de la carte interactive associée au thème des croix pattées et hampées, accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_croix_pattee.html

La carte représentée sur l'image 14 est une copie de la précédente réduite à une partie de la France.


Étude statistique, analyse des cartes et hypothèses avancées

Le nombre de monuments de code CP est 240. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 23,8%.

Le nombre de monuments de code CH est 73. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 7,24%.

On constate sur l'image 12 que les croix pattées sont présentes sur tout l'empire romain., y compris l'extrême de l'empire comme l'Arménie qui n'a semble-t-il jamais été occupée par les romains. Il existe très certainement des croix pattées en Afrique du Nord mais nous ne connaissons pas suffisamment cette région.

Il semblerait que les premières croix pattées datent de l'Antiquité tardive.

Par comparaison des images 13 et 14, on constate que la région de Bourgogne, pourtant densément dotée en monuments, est relativement pauvre en croix pattées. Par contre, la région formée par le Bas-Languedoc et la basse vallée de l'Aude, elle aussi riche en monuments, l'est aussi en croix pattées. Une autre région, elle peu riche en monuments, la Bretagne, est par contre riche en croix pattées. Ce sont les croix de chemins. Nous pensons que ces croix de chemins ainsi que les noms de bourgs en
« Plou », « Lan », « Gui », ou « Loc », peuvent donner des indications sur l'histoire du peuplement de la Bretagne. La présence de ces croix en certaines régions d'Europe et pas en d'autres demeure pour nous un mystère. Étaient-elles caractéristiques d'un peuple donné ? D'une pratique religieuse donnée ? Si on examine ce qui existe encore dans des pays d'Orient, comme le Liban ou l’Égypte où des peuples de religions diverses coexistent, on réalise qu'une situation analogue a pu exister en Europe durant le premier millénaire. Et certains témoignages écrits vont dans ce sens. Il est donc possible que des peuples ou des adeptes d'un culte se soient donné des emblèmes : pour certains le chrisme, pour d'autres la croix pattée et d'autres encore les oiseaux au canthare. Cela expliquerait la dispersion de ces emblèmes dans toute l'Europe et leur concentration dans certains endroits de présence plus active de certains peuples.



Thème des animaux adossés ou affrontés
(codes AA et AF)

Ci-dessous la carte représentée sur l'image 15 est une copie d'écran de la carte interactive accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_monuments_etudies2.html

La carte représentée sur l'image 16 est une copie d'écran de la carte interactive associée aux thèmes AA et AF accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_animaux_affrontes.html.

Ces cartes ont été redimensionnées afin d'obtenir une meilleure lisibilité. Ce faisant, la localité d'Athènes, en Grèce, contenant ce thème iconographique, et extérieure à ces cartes, s'en retrouve exclue.


Étude statistique

Le nombre de monuments de code AA est 51. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 5,05%.

Le nombre de monuments de code AF est 123. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 12, 2%.



Thème de la sirène
(code SI)

Ci-dessous la carte représentée sur l'image 17 est une copie d'écran de la carte interactive accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_monuments_etudies2.html.

La carte représentée sur l'image 18 est une copie d'écran de la carte interactive associée au thème sirène accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_sirene.html.

Ces cartes ont été redimensionnées afin d'obtenir une meilleure lisibilité. Ce faisant, les localités de Guimaraes au Portugal, Zamora en Espagne, Montivilliers en Normandie et 5 autres en Italie du centre ou du Sud, contenant ce thème iconographique, et extérieures à ces cartes, s'en retrouvent exclues.


Étude statistique, analyse des cartes et hypothèses avancées

Le nombre de monuments de code SI : est 79. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit : 7,8%.

Les cartes permettent de remarquer une concentration plus importante de monuments contenant des sirènes en Bourgogne et en Auvergne (plus précisément dans les départements de Saône-et-Loire et du Puy-de-Dôme), et leur absence en Bas-Languedoc et Bouches-du-Rhône, région pourtant richement dotée en monuments. Ce clivage a déjà était constaté en ce qui concerne la localisation des centaures, griffons et sphinx, mais il est plus accentué dans le cas présent. Cela viendrait du fait que les figures des centaures, griffons et sphinx étaient présentes dans l'Antiquité alors que celle de la sirène ne le serait pas. Cela semble paradoxal car dans l'Odyssée d'Homère, Ulysse est confronté à des sirènes. Mais les sirènes antiques sont représentées par des oiseaux à têtes de femmes. D'autres nymphes marines, les Néréides, ont des corps de femme. Et nous ne connaissons pas de nymphes à queue de poisson. Or les sirènes que nous avons repérées ont, pour la plupart deux queues de poisson, et souvent un corps d'homme. La représentation de la sirène à queue(s) de poisson serait donc une création postérieure à l'Antiquité. Cela confirmerait notre idée selon laquelle la représentation d'une sirène à deux queues serait issue de celle du torse d'homme émergeant des feuillages.



Thème des arcatures et arcades
(codes ADS et ARC)

Ci-dessous la carte représentée sur l'image 19 est une copie d'écran de la carte interactive accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_monuments_etudies2.html.

La carte représentée sur l'image 20 est une copie d'écran de la carte interactive associée au thème arcatures et arcades, accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_arcatures_decor_sculpte.html.

Ces cartes ont été redimensionnées afin d'obtenir une meilleure lisibilité. Ce faisant, les localités de Mtskheta, en Géorgie et Palerme en Sicile, contenant ce thème iconographique, et extérieures à ces cartes, s'en retrouvent exclues.


Étude statistique, analyse des cartes et hypothèses avancées

Le nombre de monuments de code ADS (en bleu) est 29. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 2,9%.

Le nombre de monuments de code ARC (en rouge) est 216. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 21,4%.

Le code ARC est très important. Il faut cependant relativiser cette importance. En fait, tout part de la démarche qui nous a conduit à identifier les arcatures dans des décors sculptés (code ADS). Nous avons en effet constaté que certains objets sculptés tels que des fonts baptismaux, des sarcophages, des chapiteaux, portaient un décor d'arcades. Et ce sans autre type de décor. Ces objets étant pour certains au moins destinés à des cérémonies religieuses, nous en avons déduit que ces arcades pouvaient symboliser quelque chose, par exemple le Ciel, ou la Jérusalem Céleste. Mais cette constatation ne s'est faite qu'en cours de recherche et l'identification du code ADS n'a pas été faite pour les monuments étudiés auparavant. Si bien que la liste ADS est probablement incomplète. Mais à l'inverse, la liste des codes ARC (Arcades) est probablement trop complète. En effet, après avoir identifié le code ADS, nous avons réalisé que dans une église, les arcades en tant que telles, c'est-à-dire non représentées sur des fonts-baptismaux ou des sarcophages, peuvent avoir un contenu symbolique. La distinction est parfois difficile car les arcs ont surtout une fonction architectonique. Prenons l'exemple des arcatures lombardes. Lorsqu'elles sont situées en faîte de mur gouttereau, elles ont probablement une utilité du point de vue architectural : un peu comme, actuellement, les génoises. Ce que nous avons appelé « fausses arcatures lombardes » sont de gros blocs de pierre, déposées en faîte de mur gouttereau, excavées en forme d'arcs. Vues de loin, ces fausses arcatures lombardes ressemblent aux vraies mais le décor en relief aurait pu être différent de celui des arcs sans pour autant modifier la fonction architectonique. Dans ce cas le décor d'arcs a valeur de symbole. Nous avons malencontreusement utilisé le mot «arcades» pour définir ce type de situation. Ce mot recherché, dans chaque texte par détection automatique a probablement permis d'identifier tout type d'arcade dont certaines sans contenu symbolique.

La leçon de tout cela c'est qu'il faudrait reprendre tout à zéro et consulter systématiquement toutes les pages d'Internet. Mais nous avons d'autres tâches en vue comme celle de terminer l'inventaire. De plus? nous ne sommes pas certains d'avoir examiné toutes les possibilités. La mise à jour est donc reportée à plus tard.



Thème du Péché Originel
(code PO)

Ci-dessous la carte représentée sur l'image 21 est une copie d'écran de la carte interactive accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_monuments_etudies2.html.

La carte représentée sur l'image 22 est une copie d'écran de la carte interactive associée au thème du Péché Originel, accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_peche_originel.html.

Ces cartes ont été redimensionnées afin d'obtenir une meilleure lisibilité. Ce faisant, les localités de Hildesheim (Basse-Saxe), Syracuse et Monreale (Sicile) et Otrante (Pouilles), contenant ce thème iconographique, et extérieures à ces cartes, s'en retrouvent exclues.


Étude statistique, analyse des cartes et hypothèses avancées

Le nombre de monuments de code PO est 58. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 5,75%.

Le thème du Péché originel est peu représenté. Il l'est surtout en Auvergne et Bourgogne, et, plus précisément, dans les département du Puy-de-Dôme et de Saône-et-Loire, un peu moins dans le Poitou et le centre de l'Italie, presque pas en Europe du Nord. Nous pensons que ce thème a été très peu représenté dans l'Antiquité. Il est surtout présent dans des monuments romans (à partir de l'an 1000). Pendant des siècles, la représentation d'Adam et d'Ève dans le thème du Péché Originel a pu être interprétée par les artistes et les commentateurs de nombreuses façons : Scène de naturisme, Création, Vision du Paradis Terrestre, Péché Originel proprement dit (le malheur que nous subissons est la faute d'Adam), Péché des hommes (le péché est dans le cœur des hommes, Jésus-Christ est le nouvel Adam).



Thème de l'Agnus Dei
(code AD)

Ci-dessous la carte représentée sur l'image 23 est une copie d'écran de la carte interactive accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_monuments_etudies2.html.

La carte représentée sur l'image 24 est une copie d'écran de la carte interactive associée au thème de l'Agnus Dei, accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_agnus_dei.html.


Étude statistique, analyse des cartes et hypothèses avancées

Le nombre de monuments de code AD est 74. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 7,35%.

Ce code est assez peu représenté. Assez paradoxalement, il est peu présent en Bourgogne, Auvergne et Bas-Languedoc, régions pourtant riches en monuments. À l'inverse, il semble plus présent en Poitou, en Piémont. Il semble normal qu'il puisse être présent dans le Latium autour de Rome. Nous pensons qu'il y a deux types de représentations de l'Agnus Dei. L'Agneau des mosaïques de Rome et de Ravenne, datées des environs du VIIe siècle, a une tête entourée du nimbe crucifère : il conduit une troupe d'agneaux de dimensions semblables. L'agneau le plus fréquemment représenté, apparu vers le Xe siècle (hypothèse à vérifier) est transpercé par une croix pattée hampée.



Thème des arcatures lombardes
(code AL)

Ci-dessous la carte représentée sur l'image 25 est une copie d'écran de la carte interactive accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_monuments_etudies2.html.

La carte représentée sur l'image 26 est une copie d'écran de la carte interactive associée au thème des arcatures lombardes? accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_arcatures_lombardes.html.


Étude statistique, analyse des cartes et hypothèses avancées

Le nombre de monuments de code AL est 546. Il doit être mis en regard avec le nombre de 2576 monuments étudiés, soit 21,2%.

La carte de l'image 26 ne permet de réaliser qu'une approche de la question concernant la datation des églises contenant des arcatures lombardes. Remarquons tout d'abord l'importance des données recueillies : sur 2571 monuments identifiés, 546, soit 21 % sont décorés d'arcatures lombardes. On doit cependant fortement nuancer ces résultats. D'une part, il est possible que nous n'ayons pas identifié toutes les arcatures lombardes. D'autre part, dans bien des cas, les arcatures lombardes ne concernent pas tout l'édifice mais une partie de celui-ci. Cela permet d'expliquer la différence de couleur des drapeaux. Une église construite entre l'an 500 et l'an 800 s'est vue attribuer le drapeau orange, et son chevet reconstruit plus tard avec des arcatures lombardes a été inscrit sur la liste. Une autre église a pu être construite vers 1100 à côté d'un campanile doté d'arcatures lombardes. Il faut aussi tenir compte d'une autre situation : au cours de notre recherche, nous avons réalisé qu'il pouvait y avoir des fausses arcatures lombardes, décor de pierres sculptées en forme d'arcades. N'ayant pas le courage de tout reprendre, nous ne les avons pas différenciées des vraies. Si nous arrivons au terme de notre étude, il nous faudra réexaminer tout cela. En attendant, nous constatons que la densité des arcatures lombardes est plus forte de part et d'autre des Pyrénées côté Est, en Bourgogne et en Lombardie, un peu moins forte sur les bords du Rhin et en Italie centrale. Et nettement plus faible en Nouvelle-Aquitaine, en Auvergne et en Provence. On envisage donc que la construction de monuments à arcatures lombardes a pu suivre la colonisation par les francs du Bas-Languedoc, de la Catalogne, de la Bourgogne, de la vallée du Rhin, du Piémont et de la Lombardie, à partir de l'an 750. Cette colonisation se serait poursuivie en Corse et en Sardaigne après que les arabes en aient été chassés.



Thème des
Vierges à l'Enfant et Vierges romanes (codes VE et VR)

Ci-dessous la carte représentée sur l'image 27 est une copie d'écran de la carte interactive accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_monuments_etudies2.html.

La carte représentée sur l'image 28 est une copie d'écran de la carte interactive associée au thème des Vierges romanes et Vierges à l'Enfant, accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_vierge.html

Ces cartes ont été redimensionnées afin d'obtenir une meilleure lisibilité. Ce faisant, les localités de Talin (Arménie), Sainte-Sophie d’Istanbul (Turquie), Kiti et Peristerona (Chypre), Villagrazia di Carini (Sicile), contenant ce thème iconographique, et extérieures à ces cartes, s'en retrouvent exclues.


Étude statistique, analyse des cartes et hypothèses avancées

Le nombre de monuments de code VE (rouge) est 82. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 8,1%.

Le nombre de monuments de code VR (bleu) est 17. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 1,7%.

Il faut tout d'abord dire que nous avons eu de la difficulté à différencier Vierges à l'Enfant et Vierges romanes. Et parfois, nous avons attribué les deux codes à la même représentation. Cela a entraîné le fait que les Vierges romanes d'Auvergne sont étiquetées dans le code rouge des Vierges à l'Enfant.

Ce n'est que récemment que nous sommes arrivés à distinguer les Vierges romanes des Vierges à l'Enfant. Les Vierges romanes ont une position assise très hiératique et portent l'Enfant sur les genoux. Mais ce qui est plus particulier c'est que l'enfant a en général les traits d'un adulte ou d'un adolescent. Ce qui n'est pas le cas des Vierges à l'Enfant appartenant à la tradition gothique. Nous avons aussi remarqué que dans certaines représentations de l'Adoration des Mages, on retrouvait la posture classique des Vierges romanes. Nous pensons qu'à l'avenir, il faudra tenir compte de cela.

Remarquons enfin que les images de Vierges à l'Enfant sont plus fréquentes dans le centre de l'Italie.



Thème du Tétramorphe
(code TET)

Ci-dessous la carte représentée sur l'image 29 est une copie d'écran de la carte interactive accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_monuments_etudies2.html.

La carte représentée sur l'image 30 est une copie d'écran de la carte interactive associée au thème du Tétramorphe accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_tetramorphe.html.


Étude statistique, analyse des cartes et hypothèses avancées

Le nombre de monuments de code TET est 96. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 9,5%.

Les images du tétramorphe sont plus fréquentes près des Pyrénées, dans le centre de la France (Poitou, Auvergne, Bourgogne), en Allemagne et le centre de l'Italie (Latium). Nous ne comprenons pas les raisons de cette répartition, d'autant que pour le centre de la France et l'Allemagne, il y a dispersion. Surtout dans des régions entières, en Bretagne, au Nord et Est de la France, en Belgique, dans le Sud de l'Allemagne, en Autriche, en Lombardie, le thème du Tétramorphe n'est pas représenté. Du moins dans la période que nous étudions, car il a pu être introduit durant la période gothique. Il faut dire que nous ne sommes pas certains d'avoir tout identifié. Cette absence du thème du tétramorphe dans certaines régions nous amène à nous poser la question suivante : serait-il possible que dans des régions entières, il y ait eu refus de la part des évêques de représenter ce thème ? En effet, il a pu y avoir un reproche d’idolâtrie vis-à-vis d'images sanctifiant des animaux. La plupart des tétramorphes sont situés sur des tympans exposés à la vue des fidèles pénétrant dans les églises.



Thème des animaux dévorant ou dominant (
codes LDE et LDO, etc.)

Ci-dessous la carte représentée sur l'image 31 est une copie d'écran de la carte interactive accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_monde_monuments_etudies2.html.

La carte représentée sur l'image 32 est une copie d'écran de la carte interactive associée au thème des animaux dominant ou dévorant, accessible à l'adresse :

http://millenaire1.free.fr/map_animaux_dominant_devorant.html.


Étude statistique, analyse des cartes et hypothèses avancées

Le nombre de monuments de code LDO (en vert) est 30. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 3%.

Le nombre de monuments de code LDE (en bleu clair) est 24. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 2,4%.

Le nombre de monuments de code HD (en bleu marine) est 7. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 0,69%.

Le nombre de monuments de code LD (en rouge) est 7. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 0,69 %.

Le nombre de monuments de code DD (en marron) est 7. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 0,69 %.

Le nombre de monuments de code OD est 6. Il doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 0,59 %.

Le nombre de monuments de code HH (en rose) est 13 doit être mis en regard avec le nombre de 1009 monuments contenant des sculptures ou fresques, soit 1,29 %.

La totalité des codes est donc 84 soit 8,33%.

Les thèmes du lion dominant et du lion dévorant sont les plus fréquemment représentés. Nous rappelons qu'il pourrait y avoir une différence entre ces deux thèmes, le lion dominant représentant le pouvoir paternaliste, le lion dévorant représentant le pouvoir oppresseur. Nous avons de la difficulté à interpréter la répartition. Pour quelles raisons y a-t-il une concentration des codes dans des départements du centre de la France, le Cher et l'Indre, à l'Ouest, en Charente et Charente Maritime, ou dans les Pyrénées Orientales. Et aucun en Bretagne ou en Provence ?


Perspectives

Il existe encore d'autres thèmes à étudier ou exploiter : Samson et le lion, Daniel et les lions, l'homme émergeant des feuillages, Jonas et les baleines, les godrons. Certains de ces thèmes interfèrent entre eux : le nœud de Salomon, …

Nous espérons que les futures conclusions permettront d'améliorer les résultats.