Les règles de base et les projets en vue d’établir une datation cohérente
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Avant-propos
Cette page a été interrompue en avril 2017, c’est-à-dire il
y a plus d’un an et demi. Du même coup, tout le chapitre «
Datation » du menu principal a été lui aussi interrompu.
Nous avons procédé ainsi parce que nous n’avions pas étudié
suffisamment de monuments pour réaliser une étude
statistique convenable. Nous sommes encore loin d’avoir
terminé l’étude exhaustive des monuments. Néanmoins nous
sommes à présent en mesure de commencer à réaliser une telle
analyse.
Au risque de lasser le lecteur, nous reprenons, en essayant
d’effectuer une synthèse, les arguments dispersés dans
diverses pages de ce site.
Tout d’abord notre recherche a débuté par le constat d’une
sorte de négationnisme institutionnalisé : pour la grande
majorité des chercheurs français, qu’ils soient historiens
ou archéologues, le premier millénaire, ou, plus exactement,
la sous-période du premier millénaire allant de l’an 300 à
l’an 1000, n’a pas existé ; c’est une parenthèse de
l’Histoire, une parenthèse qui ne contient que le vide.
À cette position de principe, s’est ajoutée une démarche de
recherche presque uniquement basée sur les textes écrits :
un historien de l’art entrant pour la première fois dans une
église demandera en priorité si cette église est mentionnée
dans des textes historiques. Puis il évaluera cette église
en fonction de certaines caractéristiques architecturales
simples (arcs en plein cintre ou arcs brisés, voûtes en
croisée d’ogives, etc.). Et aussi en fonction d’un
raisonnement simple que l’on peut résumer ainsi. Toute
église dotée d’arcs en plein cintre est une église romane.
Si elle n’est pas citée avant l’an 1200, ou si elle est
citée au XIIesiècle, c’est une église romane
du
XIIesiècle. Si elle citée au XIesiècle,
alors c’est une église romane du XIesiècle.
Bien sûr, il est très rare qu’une église soit citée avant
l’an mille. Mais cela peut être le cas. Imaginons qu’une
église soit citée avant l’an mille, par exemple en l’an 913.
Gros problème ! Eh bien, non! Il n’y a aucun problème ! Il
suffit de dire qu'une église est mentionnée en l’an 913,
mais ce n’est pas l’église que l’on voit puisque l’église
que l’on voit est datée du XIIesiècle.
Une telle conviction des chercheurs français entre en
conflit avec de nombreuses observations « de terrain »
concernant :
1) Les textes
historiques ou les archives : ils ont été insuffisamment
traités, voire dénaturés. Lire en particulier l’ensemble de
pages de l’onglet : « Introduction aux problèmes de datation
» du présent chapitre « Datation ».
2) L’architecture
des monuments : nombre de ceux-ci présentent une telle
complexité que l’on est obligé d’envisager une construction
sur plusieurs siècles. Une pierre sculptée (exemple : un
chapiteau) constitutive et insérée dans un bâtiment que les
« spécialistes de l’art » datent du XIIesiècle,
sera attribuée au VIIesiècle par d’autres
spécialistes si elle est exposée dans un musée, c’est-à-dire
hors de son contexte. Alors que les archéologues s’évertuent
de reconstituer des bâtiments à partir de ruines qui
émergent à peine du sol, les « historiens de l’art » évitent
d’effectuer le même effort pour les bâtiments hors-sol du
Moyen-Âge.
3) Les convictions
de chercheurs d’autres pays comme l’Espagne, la Géorgie,
l’Arménie, qui eux n’hésitent pas à dater du Premier
Millénaire les édifices de leur propre pays.
Ces diverses observations nous ont conduits à émettre les
propositions suivantes en vue d’une datation des bâtiments
du Moyen-Âge.
1) Il existe dans
tous les pays d’Europe (particulièrement en France) des
édifices du Premier Millénaire.
2) Ces édifices qui
remontent à des temps très reculés ont été profondément
modifiés depuis la date de leur création. Si bien qu’il peut
ne pas rester grand-chose du premier édifice construit.
3) La datation du
monument doit être celle du premier édifice construit ayant
donné le plan de l’ensemble. Il arrive parfois que,
fouillant à l’intérieur d’une église, on retrouve les restes
d’une ancienne église de plan différent. La datation du
monument complet ne peut pas être celle de l’ancienne
église. À l’opposé, une église peut avoir conservé dans ses
structures les restes d’une église ancienne. Ce sont ces
restes qui doivent dater l’église. Il en est ainsi de la
cathédrale de Béziers citée comme étant une église gothique
du XIVesiècle. Or elle contient des restes
importants de sa construction par Maître Gervais au XIIe siècle. Cette église est donc du XIIe siècle.
4) L’architecte qui
a construit la première église a voulu concevoir un monument
parfait. Dater le bâtiment revient à rechercher quelle était
la perfection avant les transformations que le bâtiment a
subies.
5) Enfin - mais
cela nous l’avons déjà dit à plusieurs reprises - il y a eu
une évolution continue menant des premières basiliques
romaines aux grandes basiliques gothiques.
La datation : un problème de mise en forme
Nous sommes tellement habitués à des phrases du genre : «
C’est une peinture du XVIIesiècle » que nous
n’avons pas conscience de leur caractère un peu incongru ou
inadapté. Ainsi, un tableau de la cathédrale de Béziers est
une œuvre du XVIIesiècle ... peinte par un
artiste du XVIIIesiècle ! Ce tableau est daté
de 1698. Il est donc du
XVIIesiècle. Il a été peint par Jean Raoux,
peintre montpelliérain de scènes religieuses, avant que
celui-ci fasse son voyage à Rome au tournant du siècle, puis
dans d’autres capitales pour s’installer à Paris, où il a
acquis une réputation de peintre de portraits et de scènes
de genre. C’est donc un peintre du XVIIIesiècle.
On voit donc dans ce cas le défaut principal de la datation
par siècles. Une datation qui crée une discontinuité
n’existant pas dans la réalité. Sommes nous des hommes du XXesiècle ou du XXIesiècle ? Pour
la plupart d’entre nous, il est difficile de trancher.
Pour pallier à cet inconvénient, on a voulu affiner la
datation en imaginant des phrases telles que « fin XIe- début XIIesiècle », pour
désigner une période entourant l’an 1100, ou « milieu du XIIesiècle », pour désigner une période entourant
l’an 1150. Mais, là encore, la formulation n’est pas
satisfaisante car elle ne donne pas une indication sur
l’amplitude de la fourchette d’estimation.
Les habitudes sont telles que nous nous sentons obligés de
continuer à utiliser la méthode par siècles. Ainsi, il nous
arrivera de parler d’une « église du VIIesiècle
». Il pourra aussi nous arriver de donner une fourchette
d’estimation. Par exemple remplacer « VIIesiècle
» par (600, 700) , « fin sixième-début septième siècle » par
(550, 650), etc.
Cependant, il nous a semblé que la meilleure méthode devait
être celle consistant à fournir deux estimations, la date de
création et l’écart par rapport à celle-ci, par comparaison
avec ce qui se fait dans le domaine des statistiques.
Lorsqu’on veut évaluer une série statistique, on procède au
calcul de la moyenne et d’un écart-type par rapport à cette
moyenne. Dans le cas le plus fréquent d’une distribution
proche de la normale, il existe à peu près 2 chances sur 3
pour que les valeurs de la série soient comprises dans
l’intervalle (moyenne – écart-type, moyenne + écart-type) et
plus de 90 chances sur 100 dans l’intervalle (moyenne – 2 x
écart-type, moyenne +2 x écart-type). De plus, le graphique
ou histogramme de cette distribution se présente en forme de
cloche : plus on s’éloigne de la moyenne et moins on a de
chance de trouver une valeur.
Par rapport à la méthode antérieure de datation par siècle,
voici ce que cela donnera. Imaginons que nous ayons daté un
édifice du XIesiècle, c’est-à-dire créé
entre les années 1000 et 1099. On remplacera cette
évaluation par la date de 1050 avec un écart estimé de 25
ans. Cela signifiera pour le lecteur que l’édifice a été
construit aux alentours de 1050, qu’il y a 2 chances sur 3
qu’il ait été construit entre 1025 et 1075 et plus de 90
chances sur 100 entre 1000 et 1100.
Une telle façon de faire évite les écueils de la situation
précédente. Ainsi, lorsqu’on estime qu’un édifice date des
environs de l’an mille, il suffit de dire : « an 1000 avec
un écart estimé de 25 ans ». Et non de s’efforcer de choisir
entre le Xesiècle et le XIesiècle.
Par ailleurs, on fait apparaître la part d’incertitude dans
laquelle on se trouve concernant la datation.
Un problème toutefois : lorsque nous avançons un nombre, par
exemple 1050, pour la datation d’un monument, le lecteur
peut être tenté de croire que ce monument est daté de
l’année citée. Or on sait qu’il peut exister un laps de
temps très important entre le lancement du projet et sa mise
en chantier, puis entre cette mise en chantier et la date
d’achèvement des travaux.
Nous sommes très « admiratifs » mais
aussi, très dubitatifs, en découvrant des datations
d’édifices romans du style, « entre 1130 et 1150 ». Et ce,
sans qu’aucun document ne vienne authentifier une telle
datation. Comment font ces « spécialistes de l’art » pour
arriver à dater un monument à l’an 1140 avec une incertitude
de 10 ans ? Nous aimerions leur dire de commencer à essayer
de dater chacune des maisons du quartier où ils habitent
avec une précision analogue ; un quartier où ils ont vécu,
où ils ont assisté à des constructions, à des réparations
voire à des destructions d’habitations. Nous mêmes ne nous
sentons pas capables de faire la différence entre deux
maisons construites à 20 ans d’écart entre elles.
Nous ne disons pas cela pour nous moquer de ces « historiens
de l’art » qui s’estiment aptes à évaluer avec précision la
datation d’un monument vieux de plus de huit siècles alors
qu’ils ne seraient pas capables de faire de même pour
d’autres monuments vieux de moins de cinquante ans, mais
afin de remettre en question notre propre démarche de
datation.
Au vu de cette petite expérience, nous estimons qu’une
datation effectuée sur le seul critère d’analyse de
l’architecture des bâtiments est irréaliste si la marge
d’erreur est de 10 ans (+ ou – 10 ans). Nous pensons que la
datation n’est envisageable que pour une marge d’erreur
supérieure ou égale à 25 ans.
Mais arriver à réaliser une datation avec une marge d’erreur
de 25 ans est déjà un vrai exploit. Dans un premier temps,
nous essaierons de prévoir une marge d’erreur de 50 ans. Les
datations seront établies tous les 50 ans : ans 950, 1000,
1050, 1100, …) avec une marge d’erreur de cinquante ans.
L’écart total serait d’un siècle, mais au lieu de parler de
Xe siècle ou XIesiècle
correspondant respectivement aux intervalles temporels
(900-1000) ou (1000-1100), on donnera des datations de l’an
950, ou 1000, ou 1050 correspondant à des intervalles
temporels (900, 1000) ou (950, 1050) ou (1000, 1100).
Une datation floue
Il faut bien comprendre que les intervalles temporels qui
seront donnés, tel, par exemple, l’intervalle (950-1050) (ou
(1000 +– 50)), le seront avec une incertitude de l’ordre de
2/3. Cette façon de raisonner est tout à fait différente de
celle rencontrée auparavant. Les spécialistes de l’art
affirmaient (et pour nombre d’entre eux affirment encore)
sur le ton de la certitude la datation d’un monument. Cette
certitude est bien sûr de mise si le monument est récent et
s’il est bien documenté. Mais dans le ca de monuments vieux
d’un millier d’années, et pour lesquels les documents écrits
sont pratiquement inexistants, c’est l’incertitude qui est
de mise. Et qui doit être prise en compte.
Mais prendre en compte cette incertitude, cela signifie
qu’on ne raisonne plus en logique formelle, mais en logique
floue.
En logique formelle on a deux alternatives possibles : le
vrai et le faux. En logique floue, on a trois possibilités,
le vrai, le faux et le peut-être. Cette notion du «
peut-être » change totalement la forme de raisonnement qui
doit revêtir une autre forme que la forme
hypothético-déductive issue de la logique formelle.
En logique floue, le « vrai » n’est pas construit d’emblée.
Il évolue en fonction des observations. Prenons l’exemple de
la révolution copernicienne. On a tendance à dire que
Copernic a prouvé que la Terre tourne autour du Soleil. En
fait ,c’est faux : Copernic n’a rien prouvé. Confronté à une
situation qu’il ne comprenait pas, c’est-à-dire, à un « flou
», il a émis l’idée que le modèle géocentrique pouvait être
erroné et devait être remplacé par un modèle héliocentrique.
Ce faisant, il se situait dans le
« Faux » car tous ses contemporains estimaient que le modèle
géocentrique était le « Vrai » modèle. Mais très
progressivement, les chercheurs ont réalisé que le modèle
héliocentrique permettait de dissiper le « flou » alors que
le modèle géocentrique ne faisait que l’augmenter. Si bien
que l’héliocentrisme est devenu de plus en plus vrai et le
géocentrisme, de plus en plus faux.
Ce raisonnement en logique floue est basé sur des
statistiques : le vrai est ce qui est le plus probablement
vrai. Et qui, au fur et à mesure des expériences, devient de
plus en plus vrai, qui se nourrit de ses expériences. C’est
le raisonnement utilisé en intelligence artificielle. Et
aussi d’ailleurs en intelligence humaine.
Il faut comprendre, ami lecteur, que le
premier destinataire de ce discours n’est autre que moi,
rédacteur de cette page. C’est à moi, avec l’aide précieuse
de Alain Le Stang, qu’il importe de mettre en place les
outils permettant de transformer la simple approche
effectuée dans le chapitre « Monuments » en un système
cohérent permettant d’évaluer à peu près correctement la
datation des édifices.