Les contraintes symboliques : autres symboles 

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Cette page fait partie de celles qui soulèvent plus d’interrogations que de véritables réponses. On a vu dans les pages précédentes que certains symboles pouvaient avoir une explication pour peu qu’on essaie de se plonger dans la situation des gens de l’époque. Mais ce n’est pas toujours possible, car certains symboles semblent échapper à toute explication.

Pour s’en convaincre observons l'image 1. La photographie, prise sur les murs extérieurs d’un supermarché, est le sigle d’une marque bien connue. Ceux qui ont inventé ce sigle ont aussi proposé des slogans tels que : « Tous unis contre la vie chère ». Pour eux ce sigle est symbole de fougue, d’audace, d’union face à l’adversité et aussi de succès dans ce combat.

Mais comment un tel dessin peut-il signifier tout cela ?

Imaginons que ce document soit découvert dans un millier d’années et ce, sans autre document explicatif. Il est très peu probable que le symbole soit décrypté.

Même si on a connaissance de l’uniforme des mousquetaires, il sera difficile de faire le rapprochement entre le sigle et l’uniforme.

Et en admettant même qu’on ait pu lire le roman « Les trois mousquetaires » d’Alexandre Dumas, il sera difficile d’imaginer que ce simple roman ait pu susciter un engouement tel que tout le monde soit capable d’interpréter correctement l’ensemble des symboles.

Et la réaction la plus probable en présence de ce dessin sera de le négliger, de refuser d’envisager qu’il puisse exprimer un symbole.

C’est ce qui se passe sans doute avec les images 2 et 3.

L'image 2 représente une sirène. On connaît la légende des sirènes rapportée par Homère dans l’Odyssée. Ces sirènes par leur chant mélodieux attirent les navigateurs et provoquent leur mort. Ces sirènes sont en général associées à la tentation. Mais est-ce bien le symbole exprimé ici ?

Les deux quadrupèdes de l'image 3 dégustent les fruits d’un canthare. Ce type d’image se retrouve fréquemment. A une époque antérieure, ce n’étaient pas des quadrupèdes mais des oiseaux qui s’abreuvaient au canthare. La scène, présente sur des sarcophages, devait symboliser l’immortalité. Mais est-ce bien le symbole exprimé ici ?


Les images suivantes 4, 5 et 6 représentent un autre thème : celui des lions affrontés. On aurait tendance à l’interpréter comme purement décoratif. Mais l’est-il vraiment? Et le fait qu’il soit souvent repris ne signifierait-il pas que les artistes ont voulu consciemment ou non transmettre une idée ?


Les images 7 8 et 9 font apparaître un autre type de scène : un sagittaire (monstre à corps de quadrupède et torse humain tenant un arc) affrontant un hybride. On ne connaît pas exactement la signification de la scène. Le sagittaire est présent dans l’horoscope mais ce n’est certainement pas pour cette raison qu’il est représenté ici.


On rencontre aussi des scènes de bêtes sauvages poursuivant des mammifères. Ces scènes sont moins caractérisées que les précédentes, le carnassier pouvant être un lion ou un loup, le ruminant pouvant être un cerf ou un cheval. Il existe une interprétation selon laquelle le dieu celte Esus, représenté sous la forme d’un loup, serait à la poursuite d’un cerf. Après l’avoir mangé, il deviendrait cerf. Puis, par un nouveau miracle il redeviendrait loup. Ce mythe celte, sans doute lié à une explication du rythme des saisons, expliquerait certaines légendes de saints comme celle de Saint Hubert, patron des chasseurs.

Les images 10, 11 et 12 montrent certaines de ces scènes. Il faut avouer qu’elles suscitent plus d’interrogations que de réponses.


Les images représentées ici ne sont qu’un petit échantillon de l’ensemble des scènes qui posent question et pour lesquelles l’intention symbolique demeure cachée.

Il est néanmoins un point important qui mérite d’être signalé : les miniatures figurées dans cette page sont datées du IXeou du Xesiècle. Une telle datation est difficilement contestable, car la date exacte est inscrite sur de nombreux manuscrits et on peut en déduire la datation des autres par comparaison des écritures.

Les scènes des manuscrits et celles des chapiteaux de la tribune de Serrabone étant comparables, ne peut-on en déduire la datation de ces chapiteaux ?

La question doit se poser. Car jusqu’à présent tout le monde (donc moi-même) pensait que la sculpture des chapiteaux de Serrabone est trop belle pour être antérieure au XIIesiècle.