L'église Santa Eufemia d’Isola Comacina
Nous n'avons pas visité cette église.
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Elle a fait l'objet d'une description détaillée écrite par
Sandro Chierici dans l'ouvrage «
Lombardie Romane » de la collection Zodiaque.
En voici des extraits :
« Ramenée à la lumière à
la suite du patient travail de Monneret au début de ce
siècle (il s'agit du XXesiècle), la basilique de
Sainte-Euphémie est le monument le plus important d'Isola
Comacina. Comme tous les édifices de cette localité, elle
fut détruite lors du sac de 1169, lorsque les Comasques
envahirent cette région. [...] Le
plan de l'édifice est donc basilical à trois nefs et trois
absides, sans transept. Une première particularité est
dans les piliers, octogonaux, d'un type archaïque qu'on ne
rencontre pas dans les églises lombardes, alors qu'on en
trouve dans certains édifices piémontais de la première
moitié du XIesiècle. [...]
La couverture devait être sans doute en charpente sur la
nef, tandis que le sanctuaire devait être voûté d'arêtes.
[...] Les édifices cités
dans le cours de la description de cette église (il
s'agit de Sant'Abbondio de Côme, des cryptes de Ballanio, de
Lenno et Saint-Donat de Sesto Calende)
appartiennent tous au XIesiècle et cette
date correspond à la première hypothèse de datation
proposée par Monneret, qui place la construction de
Sainte-Euphémie lors de la constitution de la canoniale
d'Isola en 1031. Vers cette date, se situe le commencement
des travaux de cette église, qui, construite sans solution
de continuité, a pu jouir d'un siècle d'existence.
»
Datation
À la suite de ce texte de M. Chierici, la cause semble
entendue : cette église daterait de la première moitié du XIesiècle. Nous sommes cependant moins formels.
Il y a tout d'abord la méfiance devenue instinctive
vis-à-vis de toute datation proposée par un historien des
monuments du Moyen-Âge. Nous avons en effet à de nombreuses
reprises constaté la «terreur» qu'ils éprouvent vis-à-vis de
l'an mille : il est impossible pour eux d'imaginer qu'un
monument autre que romain puisse être antérieur à l'an
mille. Celui-ci n'échappe pas à la règle. Il faut cependant
noter une évolution dans cette proposition de datation : la
construction pourrait être antérieure à l'an 1050. Car
nombre d'historiens de l'art envisagent plutôt cette date
comme les débuts de la renaissance romane. Et il faut
reconnaître que c'est tout à fait logique : c'était le
chaos, il a fallu beaucoup de temps pour se remettre de ce
chaos. En ce qui nous concerne, nous pensons qu'avant l'an
mille ce n'était pas le chaos (tout comme avant l'an deux
mille). Et nous sommes moins affectés par cette terreur
millénariste inversée.
Toutefois notre méfiance instinctive ne constitue pas une
raison suffisante pour contester la datation des débuts du
XIesiècle. Il faut développer une autre
argumentation. Celle-ci est basée sur les constatations
suivantes : le plan d'une église à nef à trois vaisseaux
charpentés avec trois absides en prolongement, une église
dépourvue de transept. Nous estimons que, pour le même plan,
en France, la datation est nettement antérieure à l'an
mille. Seule indication en sens inverse : la présence à
l'abside centrale de grandes fenêtres à ébrasement vers
l'intérieur, qui induirait une datation postérieure à l'an
800. Ces propositions de datation sont basées sur l'étude de
l'évolution des techniques de construction et la croyance
dans le caractère continu et progressif de cette évolution :
on n'est pas passé de la hache en pierre taillée au ciseau
en carbure de tungstène par un coup de baguette magique ! Ce
qui est vrai pour la France peut-il l'être pour l'Italie ?
Nous le croyons. S'il a existé à un moment donné, en France,
une innovation architecturale, elle a atteint très
rapidement l'Italie. Et réciproquement. On peut certes
envisager qu'il a pu y avoir des conservatismes locaux. Ce
qui pourrait être le cas des édifices de Rome dont les
habitants sont restés nostalgiques de son passé antique.
Mais cela ne doit être érigé en dogme.
Datation envisagée
pour l'église Santa Eufemia d’Isola Comacina : an 850 avec
un écart de 150 ans.