La basilique Sainte-Marie du Trastévère de Rome
Ce monument a fait l'objet d'une étude
approfondie, appuyée par quelques images et un plan, par
Enrico Parlato dans le livre «
Rome et Latium romans » de la Collection Zodiaque.
De plus, une page de l'encyclopédie en ligne Wikipedia lui a
a été consacrée. En voici des extaits : «
... Le Liber
Pontificalis ... indique que le pape Calixte I er
(217-222) invita une communauté chrétienne à s'installer
en 220 sur le site de la Taberna meritoria, une taverne
pour soldats retraités, transformée en église domestique
(titulus). Bien qu'aucun vestige ne permette de localiser
avec certitude les édifices publics chrétiens de Rome
avant le temps de Constantin, la basilique sur ce site est
connue sous le nom de Titulus Callisti. Le lieu aurait été
réservé à l'usage chrétien par l'empereur Septime Sévère
qui, devant régler le litige entre les chrétiens et les
gardiens de la taverne, aurait dit : « Je préfère qu'il
appartienne à ceux qui honorent Dieu, quelle que soit leur
forme de culte. ».
En 340, le pape Jules I
er (337-352) reconstruit le titulus Callixti à une
plus grande échelle. Renommé titulus Iulii pour commémorer
son mécénat, c'est l'une des vingt-cinq paroisses
initiales de Rome, peut-être la première dans laquelle la
messe fut célébrée ouvertement. Elle fut consacrée à la
Vierge Marie, probablement à l’époque du Concile d’Éphèse
en 431. [...]
Elle est restaurée deux
fois aux Veet VIIesiècles.
Lors de cette dernière restauration, initiée par le pape
Adrien I er entre 772 et 795, des nefs
latérales sont ajoutées.
La basilique connaît
d'autres modifications au IXesiècle, sous
l'impulsion du pape Grégoire IV (827, 844) : le chœur est
surélevé, un chancel est ajouté, l'autel est couvert d'un
ciborium, enfin une crypte est aménagée afin d'y
accueillir les reliques de Calixte I er,
Corneille et Calépode.
En 1140-1143, l'église
est reconstruite sur ses anciennes fondations par le pape
Innocent II. Un transept y est ajouté et l'abside est
décorée de mosaïques. Les chapiteaux ioniques, richement
sculptés, en remploi dans la nef, ont été récupérés dans
les ruines des Thermes de Caracalla et du temple voisin
d'Isis sur le Janicule. [...]
Les
mosaïques : La basilique est décorée de mosaïques
réalisées à partir du XIIe siècle.
Sur l'arc triomphal qui
précède le chœur, les mosaïques représentent les prophètes
Isaïe et Jérémie, les symboles des Évangélistes, les
candélabres de l'Apocalypse, la Croix, accompagnée de
l'Alpha et l'Oméga. Elles datent du XIIesiècle.
Au centre de l'abside, se
trouve la mosaïque “le Christ et la Vierge sur un trône”.
À gauche, les saints Calixte et Laurent et le pape
Innocent II. À droite, Pierre, Corneille et Jules I
er et Calépode. Au-dessous, deux files d'agneaux
sortant de Bethléem et Jérusalem, se dirigent vers
l'Agneau de Dieu. »
Les informations apportées par ce texte se révèlent
importantes. Peut-être même primordiales. Ainsi analysons
celles-ci : « La
basilique connaît d'autres modifications au IXesiècle,
sous l'impulsion du pape Grégoire IV (827, 844) : le chœur
est surélevé, un chancel est ajouté, l'autel est couvert
d'un ciborium, enfin une crypte est aménagée afin d'y
accueillir les reliques de Calixte I er,
Corneille et Calépode. ». Les renseignements
apportés confirment nos propres observations. Rappelons que
notre méthode d'investigation repose sur l'analyse de
l'architecture des édifices, alors que la plupart des
historiens de l'art médiéval se basent sur l'analyse des
documents écrits. Nous avons combattu à de nombreuses
reprises l'idée selon laquelle les cryptes devaient être
antérieures à l'édifice qui les surmonte. Selon nous, les
cryptes pouvaient avoir été édifiées à l'intérieur d'un
édifice élevé, construit longtemps auparavant, par création
d'un plancher de séparation intermédiaire (en dessous la
crypte ; au-dessus l'église des fidèles). Le texte ci-dessus
confirme cette idée dans le cas de Sainte-Marie du
Trastévère. Et il donne une idée de datation de la pratique
: le IXesiècle. Nous avions envisagé le Xesiècle
pour les débuts de constructions de cryptes. Une pratique
qui se serait poursuivie durant plusieurs siècles. Nous
avions aussi envisagé que des absides pouvaient être
surélevées. Ou encore voûtées en cul-de-four . Enfin ce
texte permet aussi de dater la pose de chancels ou de
ciboriums.
Une autre partie du texte se révèle aussi intéressante; « En 1140-1143, l'église est
reconstruite sur ses anciennes fondations par le pape
Innocent II. Un transept y est ajouté et l'abside est
décorée de mosaïques. ». Cette fois-ci, c'est la
création des transepts qui est concernée. En fait, nous
pensons que les débuts des créations de transepts sont
nettement antérieurs au XIIesiècle. Mais dans
le cas présent, le besoin d'en construire un ne s'était
peut-être pas fait sentir avant le XIIesiècle
et le restaurateur de 1140 a voulu profiter de la
reconstruction de la nef pour en créer un.
Il semblerait que le texte cité plus haut ne se soit pas
inspiré de considérations architecturales, comme celles que
nous initions, mais de sources écrites antiques. Bien que
nous n'ayons pas de preuve formelle, la principale de ces
sources serait le Liber
Pontificalis. Enrico Parlato cite des extraits de
cet ouvrage concernant les travaus de 1143. Ils sont sans
ambiguïté : « Ecclesiam
Beate DeiiGenetricis Marie tituli Calixti totam innovavit
et construxit.
» , « Ecclesian
Sancte Marie transtiberis novi muris funditus renovavit et
absidem ejus aureis metallis decoravit.
».
Nous n'avons pas visité cette église. Les images suivantes
proviennent d'Internet.
Avant d'essayer de dater cet édifice, examinons plus
attentivement la mosaïque de l'abside. Le texte de Wikipedia
attribue une seule date à cette mosaïque : le milieu du XIIesiècle.
Et tout semble confirmer une telle datation : la présence, à
l'extrême gauche de la mosaïque, du Pape Innocent II portant
la maquette de l'église qu'il a fait construire, la mention
« HONORIUS HANC
RENOVAVIT » sur
le bandeau écrit au dessus de la procession de brebis et la
phrase ci-dessus datée de 1143 : « ...
absidem ejus aureis
metallis decoravit ».
Cependant, deux arguments mettent en défaut cette estimation
de datation. D'une part un argument de bon sens : il est
difficile d'imaginer que cette mosaïque ait pu traverser les
siècles - plus de 8 siècles ! - sans subir de dommages. Or
elle nous apparaît a priori intacte. Le deuxième argument
est d'ordre stylistique. Ainsi les mosaïques de l'arc
triomphal, sur l'image 4 :
les prophètes Isaïe et Jérémie, les symboles des
Évangélistes, les candélabres de l'Apocalypse, la Croix,
accompagnée de l'Alpha et l'Oméga. Ces œuvres s'apparentent
plus à des œuvres du XVIIe ou du XVIIIesiècle
qu'à des œuvres du XIIesiècle (personnages
décontractés, absence du Christ en Gloire entouré par les
symboles des Évangélistes, absence du Livre de chaque
Évangéliste). Les mosaïques du cul-de-four de l'abside, aux
personnages figés, pourraient dater du XIIesiècle
(avec des restaurations ultérieures). La procession de
brebis convergeant vers l'Agnus Dei serait quant à elle bien
antérieure au XIIesiècle (la restauration
d'une telle portion de mosaïque devait être facile, même si
cette portion était très abîmée ; une seule brebis
permettait de reconstituer le troupeau).
Datation
envisagée pour la basilique Sainte-Marie du
Trastévère :
Il s'agit d'une église à nef à trois vaisseaux. Les trois
vaisseaux sont charpentés. Les piliers porteurs du vaisseau
central sont cylindriques (de type C0000
). Ce sont des colonnes monolithes en marbre. On remarque
que ces colonnes sont toutes semblables. Il en est de même
pour les chapiteaux ioniques. Les piliers sont reliés entre
eux par des architraves et non des arcs. La largeur du
vaisseau central est légèrement inférieure à 12,5 m (nous
estimons que 12,5 mètres devait être au XIIesiècle
la largeur maximum pour une charpente de toit).
Il nous semble impossible que les piliers et chapiteaux de
cette nef aient pu rester intacts durant une durée de plus
de 8 siècles malgré tous les incidents qu'a pu subir cette
église (tremblements de terre, incendies, etc.). De plus,
malgré ce qui nous est dit sur la récupération de colonnes
des thermes de Caracalla, il nous semble qu'un tel ensemble
de colonnes identiques (24) devait être difficile à trouver
sur des monuments romains au XIIesiècle. Par
contre, aux XVIIeet XVIIIesiècles,
les carrières de marbre ont alimenté églises et châteaux en
marbre d'excellente qualité.
Nous pensons donc que, sur cet emplacement, il y a eu
plusieurs églises successives. Tout d'abord un titulus
privé. Puis une première basilique vers le IVesiècle.
Cette basilique a été réparée à plusieurs reprises. Ainsi au
IXesiècle, il y a eu construction d'une
crypte. Au milieu du XIIesiècle, sous
l'impulsion du pape Innocente II, la nef aurait été
reconstruite, mais sur le même plan et les mêmes fondations
que précédemment. L'abside aurait été conservée mais un
transept aurait été créé en remplacement de deux ou trois
travées de l'ancienne nef.
Une nouvelle transformation aurait été faite durant la
période baroque. Les architectes de cette période ont sans
doute voulu conserver les formes antiques en reprenant le
plan de la basilique du XIIesiècle, lui -même
une copie du plan de la basilique du IVesiècle.
Dans ces conditions, il est difficile de proposer une
datation. La partie qui nous apparaît la plus ancienne - et
qui subsiste - est l'abside. La procession des brebis,
convergeant vers l'Agneau, pourrait permettre d'envisager la
datation suivante correspondant - à peu près - aux
restaurations du pape Grégoire IV : an 850 avec un écart de
200 ans.