Le duomo Santa Maria Assunta in Cielo de Modène  

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Nous avons effectué une visite rapide de ce monument et la majorité des images de cette page ont été réalisées lors de cette visite.

La cathédrale de Modène est un monument classé au Patrimoine Mondial de l'Unesco. Cette église doit principalement sa célébrité à sa remarquable ornementation sculptée. Et aussi à l'importante documentation concernant sa construction.

Une documentation étudiée par la page du site Internet Wikipedia relative à cette église :

« Contexte historique

[...] Déjà du temps de l’épiscopat de saint Géminien (312 – 397) qui devint le patron de la ville, était présent un premier lieu de culte. [...] À la mort du saint, Théodule, son secrétaire, prit sa succession et fit élever à la fin du IVe siècle une cathédrale sur le sépulcre de Géminien. [...] En fait, le sépulcre était en dehors du mur d’enceinte romain et la cathédrale se serait donc trouvée elle-même à l’extérieur.


Puis fut érigée une nouvelle cathédrale, toujours approximativement au même endroit, dont on ne connaît pas la date exacte de réalisation et que l’on attribue à l’évêque Leodoino.

Selon l’histoire ancienne, les invasions barbares et peut-être plus encore les tremblements de terre et les fréquentes inondations, auraient détérioré à tel point la ville que Liutprand (roi lombard) fut contraint dans la première décennie du VIII e siècle, de fonder un nouveau bourg à peu de distance de Mutina-Modène, où il déplaça l’organisation civile : la Civitas Nova. Ainsi, au cours des VIIIe et IXe siècles, Modène était constituée de deux noyaux différents, l’ecclésiastique et celui du pouvoir civil. Selon l’historiographie, cette particularité fut un choix politique de Liutprand.

[...] À la fin du XI e siècle, la cathédrale menaçait ruine, et c’est au cours de cette période troublée par la lutte entre la papauté et l’empereur pour l'investiture des évêques, que les ecclésiastiques de la ville, mais surtout le pouvoir laïc de Modène, décidèrent la construction d’une nouvelle et grande cathédrale. La situation de Modène était alors fort délicate, car si la ville faisait partie des domaines de Mathildfe de Canossa très proche du pape, elle était gouvernée par l’évêque Eriberto (1054 – 1094 environ), excommunié en 1081 par Grégoire VII pour s’être rattaché à la faction impériale et de l’antipape Clément III, mais qui n’en continuait pas moins pour autant à imposer sa forte personnalité.

En 1099, lorsque le peuple de Modène prend la décision de cette construction, le siège épiscopal de la ville est vacant, et l’on peut se demander si cette décision, fondée sur l’état de délabrement de la cathédrale existante, ne serait pas aussi un acte politique d’allégeance de la ville envers le souverain pontife. Lorsque Dodone, le nouvel évêque nommé par le pape, prit effectivement son poste à Modène en 1101, les travaux étaient déjà bien engagés.

Construction de la nouvelle cathédrale

Les sources qui nous sont parvenues de l’époque de la première phase de la construction, c’est-à-dire de la fondation de la cathédrale en 1099, à la translation des reliques du saint patron dans la nouvelle crypte en 1106, se résument en :

• Un document : la Relatio de innovatione Ecclesie Santi Geminiani, qui nous est parvenu sous la forme d’une copie du XIIIe siècle conservée dans les archives capitulaires de Modène. Ce texte anonyme est attribué au chanoine Aimone, qui fut responsable de l’école de la cathédrale de 1096 à 1110, donc un témoin oculaire des faits.

• Les deux plaques de fondations qui se trouvent sur le mur extérieur de l’abside principale et sur la façade ouest (voir en détail plus loin). »



Poursuivons la lecture de la page d'Internet :

«  Lanfranco et Wiligelmo

Ces sources confirment que 750 ans après la mort de Géminien, on décida de reconstruire, grâce à la contribution de toute la population, un nouvel édifice. Le récit précise que Lanfranco, l’architecte qui fut choisi pour cela, semble être venu de loin.


Les fondations furent placées et les travaux se poursuivirent jusqu’à épuisement des matériaux de construction. Puis, par inspiration divine selon la Relatio, on découvrit ce qui fut probablement l’antique nécropole de la Mutina romaine, et cela fournit une nouvelle source de laquelle on préleva un grand nombre d’éléments de remploi qu’aujourd’hui on peut retrouver sur l’édifice.

Les travaux reprirent donc jusqu’à ce que Lanfranco, en 1106, se refusa à poursuivre l’entreprise s’il n’était pas procédé à la translation des reliques du saint.

Cette anecdote a été mise depuis en relation avec les résultats des fouilles réalisées en 1913, consécutivement à la réfection du pavement de l’église et qui permirent d’identifier les structures du précédent édifice. Selon les auteurs des investigations, il s’agissait d’une construction à cinq nefs, positionnée obliquement par rapport à l’actuelle cathédrale, dans une orientation est-ouest et traversée par le nouvel édifice.

Lorsque Lanfranco fait sa demande, il paraît assez évident que la nouvelle crypte destinée à recevoir la dépouille du saint est désormais achevée et que de la translation dépend la poursuite des travaux, étant donné que le chœur de la vieille cathédrale non encore démolie, justement parce qu’il contient les reliques, présente un obstacle évident à la continuation du chantier.

La translation des reliques fut effectuée le 30 avril 1106, puis l’on procéda à la démolition de l’ancienne cathédrale comprise dans l’emprise du nouvel édifice. Cinq mois plus tard, le 8 octobre, sur les conseils de Mathilde de Canossa et à la faveur de la visite du pape Pascal II, probablement venu pour ratifier la soumission de l’église de Modène à celle de Rome, l’autel de saint Géminien fut consacré.

La crypte fut donc achevée en 1106, mais le chœur, les piliers, les arcades, etc. étaient encore absents ; le chantier aurait perduré ainsi durant encore de nombreuses années, peut-être au delà de 1137, date à laquelle un magister Lanfrancus fut signataire d’un acte émanant du chapitre de la cathédrale, ce qui a permis à un spécialiste d’attribuer à l’architecte une responsabilité administrative durant ces années.

[...] L’important tremblement de terre de 1117 qui occasionna de grands désordres dans la plupart des bâtiments de quelque importance de la plaine du Pô, en particulier sur les cathédrales de Ferrare, Plaisance, Parme, ou la toute proche abbaye de Nonantola, ne fit pas de dégât notable sur le chantier de Modène. Probablement parce que l’élévation des murs était encore modeste à cette date.


Les Campionesi


À partir de 1167, succédèrent à Lanfranco et Wiligelmo les corporations de bâtisseurs originaires de Campione d'Italia, que l’on appelle pour cette raison les campionesi.

Les maîtres campionesi furent sollicités afin d’achever la cathédrale et pour ériger la tour Ghirlandina. [...]


La Ghirlandin : le campanile de la cathédrale

Il n’est pas hors de propos de dire ici quelques mots du campanile car il fait partie intégrante de la cathédrale.

[...]  La tour est construite en briques, elle forme au sol un carré de 11 m de côté. Elle est composée de six niveaux de la même section, d’un septième octogonal, et enfin d’une flèche pyramidale, pour une hauteur de 88,82 m au-dessus de la place.


De nombreuses hypothèses ont vu le jour en ce qui concerne le déroulement des travaux. Les plus récentes études conduisent à penser que le premier niveau est l’œuvre du même atelier de Lanfranco que celui de la cathédrale et les mêmes matériaux et remplois provenant de la nécropole de Mutina furent employés. Le second niveau témoigne d’un travail moins soigné, probablement exécuté par un atelier différent. Les 3e, 4e et 5e niveaux, réalisés du milieu du XIIe à la première moitié du XIIIe siècle, sont attribuables aux maestri campionesi car on y retrouve de nombreuses affinités avec les sculptures du jubé. Les chroniques de Modène rapportent ensuite, qu’en 1261, fut érigé le 6e niveau et qu’en 1319, Enrico da Campione avait achevé la partie octogonale surmontée d’une sphère de cuivre dorée.


Calendrier des évènements connus

• 23 mai 1099 – Terrassement des fondations.

• 9 juin 1099 – Pose de la première pierre.

• 30 mai 1106 – Translations des reliques de saint Géminien.

• 8 octobre 1106 – Consécration de l’autel de saint Géminien.

• 3 janvier 1117 – Tremblement de terre.

• 13 avril 1137 – Magister Lanfrancus signe comme témoin un acte de l’évêché de Modène.

• 1er août 1155 – une rente du diacre sacristain est destinée à l’éclairage de la cathédrale.

• 1167 – l’administrateur de la fabrique de la cathédrale obtient la concession de l’extraction du marbre.

• 12 juillet 1184 – Consécration solennelle de la cathédrale par le pape Lucius III.

• 1190 – Présence à Modène des maestri campionesi et modification de la zone du chœur.

• 1208-1225 – Bozzalino administrateur de la fabrique de la cathédrale. Son nom est gravé sur la plaque de l’abside.

• 1209 – Maestro Anselmo da Campione est cité comme témoin dans un acte.

[...]  »



Nous rappelons que notre étude est basée sur l'analyse de l'architecture des édifices. Et non sur l'analyse des textes comme font la plupart des chercheurs ... dont ceux qui ont étudié le présent édifice.

Nous avons en effet constaté à de nombreuses reprises que les conclusions tirées des textes anciens sont hypothétiques ou grossièrement interprétées.

Considérons par exemple le paragraphe ci-dessus intitulé Calendrier des évènements connus, donnant les dates des 4 premiers événements :
Le 23 mai 1099 – Terrassement des fondations. Le 9 juin 1099 – Pose de la première pierre. Le 30 mai 1106 – Translations des reliques de saint Géminien. Le 8 octobre 1106 – Consécration de l’autel de saint Géminien
.
Ces dates sont données avec une grande précision. Ce qui est possible, les textes d'époque étant eux aussi très précis sur les datations. On a une toute aussi grande précision sur la nature des événements cités. Mais là nous devons être plus circonspects. Ainsi la date de 1099 est donnée par une plaque de fondation. Le texte en est le suivant :

« Marborib(us) sculptis Dom(us) hec micat undiq(ue) pulchris.

Qua corpus s((an)c(t)i requiescit Geminiani.

Que(m) plenu(m) laudis terreru(m) celebrat orbis.

Nosq(ue) magis quos pascit alit vestitq(ue) ministri.

Qui petit ic veram menbris animeq(ue) medela(m).

[…] recta redit hinsq(ue) salute recepta.

Ingenio clarus Lanfrancus doctus et aptus.

Est operis princeps huius . rectorq(ue) magister.

Quo fieri cepit demonstrat littera presens.

Ante dies quintus Iunii tunc fulserat idus.

Anni post mille Domini nonaginta novemq(ue).

Hos utiles facto versus composuit Aimo. »


Il nous faut ici avouer que nos compétences en matière de traduction du latin sont limitées. Cependant, nous ne voyons pas dans ce texte de mention expresse du terrassement des fondations d'un bâtiment ou de la pose d'une première pierre. À notre connaissance, de telles opérations n'étaient pas célébrées au Moyen-Âge. D'autres événements étaient considérés comme plus importants, comme par exemple la translation des reliques du saint ou la consécration d'un autel.


L'exemple donné ci-dessus permet de comprendre qu'il peut y avoir une sur-interprétation des textes écrits. C'est la raison pour laquelle nous privilégions l'analyse de l'architecture des édifices. Nous estimons que les évolutions de l'architecture se font dans le progrès. Nous disons ceci : « Supposons que dans mille ans, tous les documents écrits concernant l'Empire State Building de New-York (hauteur 381 mètres) et la Burj Khalifa de Dubaï (hauteur 828 mètres) aient disparu, les historiens de l'art devront déduire de l'architecture globale de ces bâtiments que le second est postérieur au premier d'au moins une cinquantaine d'années ! ». En ce qui concerne les monuments du Moyen-Âge, il existe des textes écrits mais leur interprétation est, comme on l'a vu dans le texte ci-dessus, délicate et sujette à caution. Il reste donc l'analyse de l'architecture.

Posons la question suivante en ce qui concerne le duomo de Modène ; cette analyse de l'architecture a-t-elle été faite ?

Ne serait-ce que poser cette question ne peut que susciter la polémique. MAIS OUI ! nous répondra-t-on avec véhémence. Cette analyse a été faite ! Les spécialistes ont passé des centaines d'heures à scruter les moindres détails de cet édifice. Comment pourrions-nous leur donner des leçons, nous qui n'y avons consacré qu'une heure ? À cela nous répondons ceci. D'une part, il y a les détails que l'on ne voit pas ou dont on ne mesure pas l'importance (comme par exemple la plan des piliers (de type R0000 ou C0000 ou R1010, etc.). Il y a aussi le détail que l'on refuse de voir parce qu'on ne sait pas l'expliquer autrement que par le terme de « repentir » qui signifie que le maçon s'est trompé. D'autre part, il y a eu très probablement une recherche qui s'est effectuée sur un seul bâtiment, la cathédrale de Modène. Et pas d'autres. Relisons ce que nous avons écrit ci-dessus : nous avons comparé l'Empire State Building de New-York et la Burj Khalifa de Dubaï. Une telle comparaison a t-elle été effectuée sur des édifices du Moyen-Âge supposés contemporains ? Par exemple, entre la cathédrale de Modène et la basilique de Vézelay (Yonne/Bourgogne-Franche-Comté/France).

Si nous parlons de cette basilique de Vézelay, c'est parce que, elle aussi, semble très bien documentée concernant les textes écrits. Elle aussi a fait l'objet de nombreuses recherches. Elle aussi enfin est documentée pour les mêmes périodes que le duomo de Modène. Avec une nuance cependant : la date aux alentours de l'an 1100 correspondrait plutôt à une date de fin des travaux de la nef qu'à une date de début des travaux qui serait celle du duomo de Modène. Une comparaison entre les deux bâtiments est donc envisageable. Une comparaison qui s'effectuerait sur des bases strictement architecturales (dimensions, formes architecturales, matériaux utilisés). Nous n'avons pas le temps ni les moyens d'effectuer une telle comparaison qui exige un matériel moderne adapté tel que des scanners de précision et une concertation entre spécialistes avec pour principal objectif de répondre aux questions : quel est le plus évolué des deux bâtiments ? et de combien d'années peut-on estimer cette évolution ?

En ce qui nous concerne, nous estimons que le plus évolué des deux bâtiments est la basilique de Vézelay qui serait en conséquence postérieure d'au moins 50 ans au duomo de Modène. Si une date correspondant à l'an 1100 était retenue pour le duomo de Modène, il faudrait donc admettre la date de 1150 pour Vézelay, ce qui aurait laissé fort peu de temps aux architectes pour imaginer les premières cathédrales gothiques construites à partir des années 1160-1170.

Nous ne prétendons pas détenir un savoir universel en ce qui concerne l'architecture des édifices du Moyen-Âge. Par contre, nous pensons que la méthode d'étude d'un seul édifice sur la base des documents écrits subsistants a montré ses limites. Notre site Internet se veut être une sorte de modèle de ce qui pourrait être fait. Mais un modèle encore très imparfait, posant plus de questions qu'il ne donne de réponses.



Description de la nef : la thèse d'une plus grande ancienneté

Étudions de plus près cette cathédrale de Modène. Il s'agit d'une église à nef à trois vaisseaux (images 20, 21, 22, 23).

Le vaisseau central est actuellement voûté sur croisée d'ogives. Ces voûtes sont lancées sur deux travées consécutives. Nous pensons que ces voûtes ont été installées postérieurement à la construction primitive. Il y a deux arguments en faveur de cette idée. Le premier est d'ordre stylistique, style roman pour les murs et galeries, style gothique pour les voûtes. Le deuxième argument tient au fait que les voûtes atteignent ou recouvrent les sommets des fenêtres supérieures de la nef. Alors que pour des raisons d'esthétique (et d'éclairage), elles devraient en être nettement détachées. Ce qu'elles devaient être dans le plan d'origine.

Nous pensons même qu'il y a pu y avoir trois étapes successives de couvrement de ce vaisseau central. À un premier couvrement d'un toit, uniquement en charpente en bois, aurait suivi un couvrement par un toit aussi en charpente de bois en partie porté par de grands arcs brisés posés en travers de la nef toutes les deux travées. Et, enfin c'est sur ces doubleaux qu'aurait été posées la croisée d'ogives et la voûte correspondante à cette croisée.

Nous n'avons pas d'image des vaisseaux secondaires qui sont probablement eux aussi voûtés.

Les piliers porteurs du vaisseau central sont d'un type que nous avons appelé mixte. Il y a en fait deux sortes de piliers : des piliers cylindriques de type C000 et des piliers à plan rectangulaire de type R1111 (image 23). Il est possible qu'à l'origine, ces derniers piliers étaient de type R1110 (absence de demi-colonne adossée au pilier du côté du vaisseau central).

Les arcs reliant ces piliers sont doubles. Une telle particularité nous semble caractéristique d'un édifice postérieur à l'an 800.

L'élévation intérieure de la nef avec cet ordonnancement mixte (alternance de piliers C0000 et R1111) fait penser aux églises rhénanes, de fondation carolingienne
(IXesiècle) ou ottonienne (Xe- XIesiècles). Cela n'est pas pour surprendre. On sait l'importance qu'a représenté le Saint Empire Romain Germanique dans le Nord de l'Italie au cours de cette période.

Un autre signe d'ancienneté est le transept (images 7 et 8). Le site de Wikipedia le désigne ainsi : « le pseudo-transept ». Nous préférons dire qu'il s'agit d'un vrai transept mais « bas et non débordant ». (Remarque : nous qualifions de « haut » un transept tel que les croisillons sont de même hauteur que le vaisseau central de la nef. Si les croisillons sont d'une hauteur inférieure à celle du vaisseau central de la nef, le transept est dit « bas ». Si les croisillons débordent des murs latéraux de la nef donnant un plan en forme de croix, le transept est dit « débordant »). Nous pensons que ce type de transept bas et non débordant préfigure le transept classique, à plan en forme de croix. Nous pensons qu'il a été aménagé à l'intérieur d'une nef à trois vaisseaux, dépourvue de transept, à l'emplacement d'une ou deux travées (ici deux) en élevant des corps de bâtiment sur les collatéraux. Comme les transepts bas et débordants sont présumés antérieurs aux transepts plus classiques, on peut envisager une plus grande ancienneté pour celui-ci.

Encore un autre indice d'ancienneté : le chevet. Il est constitué par trois absides situées dans le prolongement des vaisseaux de la nef. Il s'agit là d'un plan de chevet traditionnel qui sera remplacé plus tard par le chevet de type clunisien à « escalier » d'absides, puis par le chevet à déambulatoire qui se serait généralisé à partir de l'an 1100.


Description de l'iconographie : l'antithèse d'une moins grande ancienneté

La cathédrale de Modène est particulièrement riche en œuvres sculptées. Certaines d'entre elles proviennent probablement de monuments plus anciens. C'est certainement le cas des deux bas-reliefs situés sur le porche de la façade Ouest, au-dessus et de part et d'autre de l'arc (images 2 et 5, puis 3 et 4). C'est la première fois que nous voyons ce type d'images qui posent énigme. Ainsi celle des deux cerfs à tête unique de l'image 3 dont les bois portent des disques (le soleil et la lune?). Mais aussi la représentation de l'image 4 : deux animaux affrontés sont assaillis par des serpents entrelacés. Le premier de ces animaux semble être un agneau. Le second un hybride à tête humaine. On aurait tendance à penser que le premier est l'Agneau Pascal, et le second, un centaure. Mais ce n'est là qu'une interprétation de peu de fondement : l'Agneau Pascal serait auréolé ; le centaure aurait un corps de cheval. En fait, comme le prouvent les sculptures en bas-relief des sarcophages et les fresques de Pompéi, Herculanum et Oplontis, les religions antiques devaient être d'une grande multiplicité et les représentations symboliques, d'une très grande variété.

Pour d'autres œuvres, la datation fournie par la page du site Internet Wihipedia nous étonne quelque peu. Ainsi, concernant la sculpture des deux lions porteurs de colonne de la façade Ouest, il est dit ceci : « deux lions stylophores de remploi datés du I er siècle ap. J.-C.». Nous avouons notre ignorance du mot « stylophore ». Par contre, nous avons eu l'occasion de voir et de photographier quelques uns de ces lions stylophores (images 14, 25 et 26). Celui de l'image 26 représente un lion terrassant un guerrier porteur d'une cotte de mailles recouvrant tour le corps. Y compris la tête; Ce style d'armure était porté par les soldats du XIIesiècle et peut-être même avant. Mais certainement pas par ceux du premier siècle de notre ère.

De même en ce qui concerne le devant d'autel de l'image 27. Il nous est dit qu'il date du Xesiècle. Nous l'estimons nettement antérieur. On y voit une foule de symboles. Au centre, la croix pattée qui aurait fait partie de la croyance arienne. Elle est encadrée par deux paons. On songe bien sûr à la scène classique des « oiseaux au canthare ». Ce canthare, on le retrouve sur le registre du dessus. Il est encadré par deux oiseaux picorant une grappe de raisin. Mais celui de droite a une position inversée.

Dans le cartouche du milieu et sous les paons, on peut voir 4 animaux bondissants : deux cerfs et deux sangliers. Mais ces animaux sont un peu différents entre eux. Ainsi, un des cerfs a une ramure feuillue, alors que la ramure de l'autre est dépourvue de feuilles. Ces quatre animaux pourraient-ils représenter les saisons ? Il est difficile de l'affirmer. Toujours est-il que la scène ici représentée doit témoigner d'une pratique religieuse mi-chrétienne, mi-païenne, dont le sens a probablement été définitivement perdu. Datation envisagée de cette sculpture : an 400 avec un écart de 150 ans.

Il reste un grand nombre de sculptures datables du Moyen-Âge (images 6, 11, 13 , 15, 16, 17, 18, 19). Nous estimons que les représentations de vies de saints, de la vie de Jésus (hormis les scènes relatives à la Nativité ou à la Crucifixion), ou les scènes de vie profane, apparaissent en fin de période romane. Et se développent au cours de la période gothique. C'est le cas en ce qui concerne les scènes des images citées ci--dessus.

Mais il y a aussi autre chose concernant ces images : c'est leur style, un style de transition entre le roman et le gothique. Certains aspects comme les visages disproportionnés par rapport aux corps peuvent être apparentés au style roman, d'autres comme la finesse d'exécution évoquent le style gothique. Pour ces raisons, on peut envisager pour ces sculptures une datation relativement tardive des environs de l'an 1150.


La synthèse

Résumons ce qui vient d'être dit. Concernant l'architecture : une datation relativement ancienne, bien antérieure à celle de l'an 1100 proposée par le texte de Wikipedia. Pour les sculptures, une autre datation, celle-ci bien postérieure à l'an 1100. Peut-on concilier ces deux datations ?

Eh bien oui ! Il suffit d'envisager que les sculptures ont pu être placées sur des parties d'édifices postérieures à la construction initiale. En particulier les trois porches de la façade Ouest, des Princes et des Poissonniers, qui constituent de véritables verrues, ont pu être installés longtemps après la première construction.

Par ailleurs, la façade Sud observée sur les images 7 et 8, nous apparaît relativement récente, issue d'un art roman plus évolué, plus riche, moins dépouillé que l'art roman classique. Mais à y regarder de près, cette impression de richesse est donnée par l'existence de la galerie qui court sur les murs des collatéraux puis sur le poutour des absides. Cette galerie a pu être construite en fin de période romane lors du voûtement des collatéraux.



Datation envisagée pour la cathédrale Santa Maria Assunta in Cielo de Modène

Pour la construction initiale (nef triple ; les trois vaisseaux sont charpentés ; existence d'une galerie intérieure ou triforium) : an 950 avec un écart de 100 ans.

Pour le voûtement des collatéraux avec construction de la galerie ezxtérieure au-dessus de ces collatéraux. Avec aussi la construction des divers porches et les sculptures des portails : an 1150 avec un écart de 100 ans.

Pour le voûtement du vaisseau principal en croisée d'ogives : an 1300 avec un écart de 75 ans.