Le duomo Santa Maria Assunta in Cielo de Modène
Nous avons effectué une visite rapide de
ce monument et la majorité des images de cette page ont été
réalisées lors de cette visite.
La cathédrale de Modène est un monument classé au Patrimoine
Mondial de l'Unesco. Cette église doit principalement sa
célébrité à sa remarquable ornementation sculptée. Et aussi
à l'importante documentation concernant sa construction.
Une documentation étudiée par la page du site Internet
Wikipedia relative à cette église :
«
Contexte historique
[...] Déjà du temps de l’épiscopat de saint Géminien (312
– 397) qui devint le patron de la ville, était présent un
premier lieu de culte. [...] À la mort du saint, Théodule,
son secrétaire, prit sa succession et fit élever à la fin
du IVe siècle une cathédrale sur le sépulcre
de Géminien. [...] En fait, le sépulcre était en dehors du
mur d’enceinte romain et la cathédrale se serait donc
trouvée elle-même à l’extérieur.
Puis fut érigée une
nouvelle cathédrale, toujours approximativement au même
endroit, dont on ne connaît pas la date exacte de
réalisation et que l’on attribue à l’évêque Leodoino.
Selon l’histoire
ancienne, les invasions barbares et peut-être plus encore
les tremblements de terre et les fréquentes inondations,
auraient détérioré à tel point la ville que Liutprand (roi
lombard) fut contraint dans la première décennie du VIII
e siècle, de fonder un nouveau bourg à peu de
distance de Mutina-Modène, où il déplaça l’organisation
civile : la Civitas Nova. Ainsi, au cours des VIIIe
et IXe siècles, Modène était constituée de
deux noyaux différents, l’ecclésiastique et celui du
pouvoir civil. Selon l’historiographie, cette
particularité fut un choix politique de Liutprand.
[...] À la fin du XI
e siècle, la cathédrale menaçait ruine, et c’est
au cours de cette période troublée par la lutte entre la
papauté et l’empereur pour l'investiture des évêques, que
les ecclésiastiques de la ville, mais surtout le pouvoir
laïc de Modène, décidèrent la construction d’une nouvelle
et grande cathédrale. La situation de Modène était alors
fort délicate, car si la ville faisait partie des domaines
de Mathildfe de Canossa très proche du pape, elle était
gouvernée par l’évêque Eriberto (1054 – 1094 environ),
excommunié en 1081 par Grégoire VII pour s’être rattaché à
la faction impériale et de l’antipape Clément III, mais
qui n’en continuait pas moins pour autant à imposer sa
forte personnalité.
En 1099, lorsque le
peuple de Modène prend la décision de cette construction,
le siège épiscopal de la ville est vacant, et l’on peut se
demander si cette décision, fondée sur l’état de
délabrement de la cathédrale existante, ne serait pas
aussi un acte politique d’allégeance de la ville envers le
souverain pontife. Lorsque Dodone, le nouvel évêque nommé
par le pape, prit effectivement son poste à Modène en
1101, les travaux étaient déjà bien engagés.
Construction
de la nouvelle cathédrale
Les sources qui nous sont
parvenues de l’époque de la première phase de la
construction, c’est-à-dire de la fondation de la
cathédrale en 1099, à la translation des reliques du saint
patron dans la nouvelle crypte en 1106, se résument en :
• Un document : la Relatio de innovatione Ecclesie Santi
Geminiani, qui nous est parvenu sous la forme d’une copie
du XIIIe siècle conservée dans les archives
capitulaires de Modène. Ce texte anonyme est attribué au
chanoine Aimone, qui fut responsable de l’école de la
cathédrale de 1096 à 1110, donc un témoin oculaire des
faits.
• Les deux plaques de fondations qui se trouvent sur le
mur extérieur de l’abside principale et sur la façade
ouest (voir en détail plus loin). »
Poursuivons la lecture de la page
d'Internet :
«
Lanfranco et Wiligelmo
Ces sources confirment que 750 ans après la mort de
Géminien, on décida de reconstruire, grâce à la
contribution de toute la population, un nouvel édifice. Le
récit précise que Lanfranco, l’architecte qui fut choisi
pour cela, semble être venu de loin.
Les fondations furent
placées et les travaux se poursuivirent jusqu’à épuisement
des matériaux de construction. Puis, par inspiration
divine selon la Relatio, on découvrit ce qui fut
probablement l’antique nécropole de la Mutina romaine, et
cela fournit une nouvelle source de laquelle on préleva un
grand nombre d’éléments de remploi qu’aujourd’hui on peut
retrouver sur l’édifice.
Les travaux reprirent
donc jusqu’à ce que Lanfranco, en 1106, se refusa à
poursuivre l’entreprise s’il n’était pas procédé à la
translation des reliques du saint.
Cette anecdote a été mise
depuis en relation avec les résultats des fouilles
réalisées en 1913, consécutivement à la réfection du
pavement de l’église et qui permirent d’identifier les
structures du précédent édifice. Selon les auteurs des
investigations, il s’agissait d’une construction à cinq
nefs, positionnée obliquement par rapport à l’actuelle
cathédrale, dans une orientation est-ouest et traversée
par le nouvel édifice.
Lorsque Lanfranco fait sa
demande, il paraît assez évident que la nouvelle crypte
destinée à recevoir la dépouille du saint est désormais
achevée et que de la translation dépend la poursuite des
travaux, étant donné que le chœur de la vieille cathédrale
non encore démolie, justement parce qu’il contient les
reliques, présente un obstacle évident à la continuation
du chantier.
La translation des
reliques fut effectuée le 30 avril 1106, puis l’on procéda
à la démolition de l’ancienne cathédrale comprise dans
l’emprise du nouvel édifice. Cinq mois plus tard, le 8
octobre, sur les conseils de Mathilde de Canossa et à la
faveur de la visite du pape Pascal II, probablement venu
pour ratifier la soumission de l’église de Modène à celle
de Rome, l’autel de saint Géminien fut consacré.
La crypte fut donc
achevée en 1106, mais le chœur, les piliers, les arcades,
etc. étaient encore absents ; le chantier aurait perduré
ainsi durant encore de nombreuses années, peut-être au
delà de 1137, date à laquelle un magister Lanfrancus fut
signataire d’un acte émanant du chapitre de la cathédrale,
ce qui a permis à un spécialiste d’attribuer à
l’architecte une responsabilité administrative durant ces
années.
[...] L’important
tremblement de terre de 1117 qui occasionna de grands
désordres dans la plupart des bâtiments de quelque
importance de la plaine du Pô, en particulier sur les
cathédrales de Ferrare, Plaisance, Parme, ou la toute
proche abbaye de Nonantola, ne fit pas de dégât notable
sur le chantier de Modène. Probablement parce que
l’élévation des murs était encore modeste à cette date.
Les Campionesi
À partir de 1167,
succédèrent à Lanfranco et Wiligelmo les corporations de
bâtisseurs originaires de Campione d'Italia, que l’on
appelle pour cette raison les campionesi.
Les maîtres campionesi
furent sollicités afin d’achever la cathédrale et pour
ériger la tour Ghirlandina. [...]
La
Ghirlandin : le campanile de la cathédrale
Il n’est pas hors de propos de dire ici quelques mots du
campanile car il fait partie intégrante de la cathédrale.
[...] La tour est construite en briques, elle forme
au sol un carré de 11 m de côté. Elle est composée de six
niveaux de la même section, d’un septième octogonal, et
enfin d’une flèche pyramidale, pour une hauteur de 88,82 m
au-dessus de la place.
De nombreuses hypothèses
ont vu le jour en ce qui concerne le déroulement des
travaux. Les plus récentes études conduisent à penser que
le premier niveau est l’œuvre du même atelier de Lanfranco
que celui de la cathédrale et les mêmes matériaux et
remplois provenant de la nécropole de Mutina furent
employés. Le second niveau témoigne d’un travail moins
soigné, probablement exécuté par un atelier différent. Les
3e, 4e et 5e niveaux,
réalisés du milieu du XIIe à la première
moitié du XIIIe siècle, sont attribuables aux maestri
campionesi car on y retrouve de nombreuses affinités avec
les sculptures du jubé. Les chroniques de Modène
rapportent ensuite, qu’en 1261, fut érigé le 6e
niveau et qu’en 1319, Enrico da Campione avait achevé la
partie octogonale surmontée d’une sphère de cuivre dorée.
Calendrier
des évènements connus
• 23 mai 1099 –
Terrassement des fondations.
• 9 juin 1099 – Pose de la première pierre.
• 30 mai 1106 – Translations des reliques de saint
Géminien.
• 8 octobre 1106 – Consécration de l’autel de saint
Géminien.
• 3 janvier 1117 – Tremblement de terre.
• 13 avril 1137 – Magister Lanfrancus signe comme témoin
un acte de l’évêché de Modène.
• 1er août 1155 – une rente du diacre
sacristain est destinée à l’éclairage de la cathédrale.
• 1167 – l’administrateur de la fabrique de la cathédrale
obtient la concession de l’extraction du marbre.
• 12 juillet 1184 – Consécration solennelle de la
cathédrale par le pape Lucius III.
• 1190 – Présence à Modène des maestri campionesi et
modification de la zone du chœur.
• 1208-1225 – Bozzalino administrateur de la fabrique de
la cathédrale. Son nom est gravé sur la plaque de
l’abside.
• 1209 – Maestro Anselmo da Campione est cité comme témoin
dans un acte.
[...] »
Nous rappelons que notre étude est basée
sur l'analyse de l'architecture des édifices. Et non sur
l'analyse des textes comme font la plupart des chercheurs
... dont ceux qui ont étudié le présent édifice.
Nous avons en effet constaté à de nombreuses reprises que
les conclusions tirées des textes anciens sont hypothétiques
ou grossièrement interprétées.
Considérons par exemple le paragraphe ci-dessus intitulé Calendrier
des évènements connus,
donnant les dates des 4 premiers événements :
Le 23 mai 1099 – Terrassement des fondations. Le 9 juin
1099 – Pose de la première pierre. Le 30 mai 1106 –
Translations des reliques de saint Géminien. Le 8 octobre
1106 – Consécration de l’autel de saint Géminien.
Ces dates sont données avec une grande précision. Ce qui est
possible, les textes d'époque étant eux aussi très précis
sur les datations. On a une toute aussi grande précision sur
la nature des événements cités. Mais là nous devons être
plus circonspects. Ainsi la date de 1099 est donnée par une
plaque de fondation. Le texte en est le suivant :
« Marborib(us) sculptis
Dom(us) hec micat undiq(ue) pulchris.
Qua corpus s((an)c(t)i requiescit Geminiani.
Que(m) plenu(m) laudis terreru(m) celebrat orbis.
Nosq(ue) magis quos pascit alit vestitq(ue) ministri.
Qui petit ic veram menbris animeq(ue) medela(m).
[…] recta redit hinsq(ue) salute recepta.
Ingenio clarus Lanfrancus doctus et aptus.
Est operis princeps huius . rectorq(ue) magister.
Quo fieri cepit demonstrat littera presens.
Ante dies quintus Iunii tunc fulserat idus.
Anni post mille Domini nonaginta novemq(ue).
Hos utiles facto versus composuit Aimo. »
Il nous faut ici avouer que nos compétences en matière de
traduction du latin sont limitées. Cependant, nous ne voyons
pas dans ce texte de mention expresse du terrassement des
fondations d'un bâtiment ou de la pose d'une première
pierre. À notre connaissance, de telles opérations n'étaient
pas célébrées au Moyen-Âge. D'autres événements étaient
considérés comme plus importants, comme par exemple la
translation des reliques du saint ou la consécration d'un
autel.
L'exemple donné ci-dessus permet de
comprendre qu'il peut y avoir une sur-interprétation des
textes écrits. C'est la raison pour laquelle nous
privilégions l'analyse de l'architecture des édifices. Nous
estimons que les évolutions de l'architecture se font dans
le progrès. Nous disons ceci : « Supposons
que dans mille ans, tous les documents écrits concernant
l'Empire State Building de New-York (hauteur 381 mètres)
et la Burj Khalifa de Dubaï (hauteur 828 mètres) aient
disparu, les historiens de l'art devront déduire de
l'architecture globale de ces bâtiments que le second est
postérieur au premier d'au moins une cinquantaine d'années
! ». En ce qui concerne les monuments du
Moyen-Âge, il existe des textes écrits mais leur
interprétation est, comme on l'a vu dans le texte ci-dessus,
délicate et sujette à caution. Il reste donc l'analyse de
l'architecture.
Posons la question suivante en ce qui concerne le duomo de
Modène ; cette analyse de l'architecture a-t-elle été faite
?
Ne serait-ce que poser cette question ne peut que susciter
la polémique. MAIS OUI ! nous répondra-t-on avec véhémence.
Cette analyse a été faite ! Les spécialistes ont passé des
centaines d'heures à scruter les moindres détails de cet
édifice. Comment pourrions-nous leur donner des leçons, nous
qui n'y avons consacré qu'une heure ? À cela nous répondons
ceci. D'une part, il y a les détails que l'on ne voit pas ou
dont on ne mesure pas l'importance (comme par exemple la
plan des piliers (de type R0000
ou C0000 ou R1010, etc.). Il y a
aussi le détail que l'on refuse de voir parce qu'on ne sait
pas l'expliquer autrement que par le terme de « repentir »
qui signifie que le maçon s'est trompé. D'autre part, il y a
eu très probablement une recherche qui s'est effectuée sur
un seul bâtiment, la cathédrale de Modène. Et pas d'autres.
Relisons ce que nous avons écrit ci-dessus : nous avons
comparé l'Empire State Building de New-York et la Burj
Khalifa de Dubaï. Une telle comparaison a t-elle été
effectuée sur des édifices du Moyen-Âge supposés
contemporains ? Par exemple, entre la cathédrale de Modène
et la basilique de Vézelay
(Yonne/Bourgogne-Franche-Comté/France).
Si nous parlons de cette basilique de Vézelay, c'est parce
que, elle aussi, semble très bien documentée concernant les
textes écrits. Elle aussi a fait l'objet de nombreuses
recherches. Elle aussi enfin est documentée pour les mêmes
périodes que le duomo de Modène. Avec une nuance cependant :
la date aux alentours de l'an 1100 correspondrait plutôt à
une date de fin des travaux de la nef qu'à une date de début
des travaux qui serait celle du duomo de Modène. Une
comparaison entre les deux bâtiments est donc envisageable.
Une comparaison qui s'effectuerait sur des bases strictement
architecturales (dimensions, formes architecturales,
matériaux utilisés). Nous n'avons pas le temps ni les moyens
d'effectuer une telle comparaison qui exige un matériel
moderne adapté tel que des scanners de précision et une
concertation entre spécialistes avec pour principal objectif
de répondre aux questions : quel est le plus évolué des deux
bâtiments ? et de combien d'années peut-on estimer cette
évolution ?
En ce qui nous concerne, nous estimons que le plus évolué
des deux bâtiments est la basilique de Vézelay qui serait en
conséquence postérieure d'au moins 50 ans au duomo de
Modène. Si une date correspondant à l'an 1100 était retenue
pour le duomo de Modène, il faudrait donc admettre la date
de 1150 pour Vézelay, ce qui aurait laissé fort peu de temps
aux architectes pour imaginer les premières cathédrales
gothiques construites à partir des années 1160-1170.
Nous ne prétendons pas détenir un savoir universel en ce qui
concerne l'architecture des édifices du Moyen-Âge. Par
contre, nous pensons que la méthode d'étude d'un seul
édifice sur la base des documents écrits subsistants a
montré ses limites. Notre site Internet se veut être une
sorte de modèle de ce qui pourrait être fait. Mais un modèle
encore très imparfait, posant plus de questions qu'il ne
donne de réponses.
Description de la nef : la
thèse d'une plus grande ancienneté
Étudions de plus près cette cathédrale de Modène. Il s'agit
d'une église à nef à trois vaisseaux (images
20, 21, 22, 23).
Le vaisseau central est actuellement voûté sur croisée
d'ogives. Ces voûtes sont lancées sur deux travées
consécutives. Nous pensons que ces voûtes ont été installées
postérieurement à la construction primitive. Il y a deux
arguments en faveur de cette idée. Le premier est d'ordre
stylistique, style roman pour les murs et galeries, style
gothique pour les voûtes. Le deuxième argument tient au fait
que les voûtes atteignent ou recouvrent les sommets des
fenêtres supérieures de la nef. Alors que pour des raisons
d'esthétique (et d'éclairage), elles devraient en être
nettement détachées. Ce qu'elles devaient être dans le plan
d'origine.
Nous pensons même qu'il y a pu y avoir trois étapes
successives de couvrement de ce vaisseau central. À un
premier couvrement d'un toit, uniquement en charpente en
bois, aurait suivi un couvrement par un toit aussi en
charpente de bois en partie porté par de grands arcs brisés
posés en travers de la nef toutes les deux travées. Et,
enfin c'est sur ces doubleaux qu'aurait été posées la
croisée d'ogives et la voûte correspondante à cette croisée.
Nous n'avons pas d'image des vaisseaux secondaires qui sont
probablement eux aussi voûtés.
Les piliers porteurs du vaisseau central sont d'un type que
nous avons appelé mixte. Il y a en fait deux sortes de
piliers : des piliers cylindriques de type C000
et des piliers à plan rectangulaire de type R1111
(image 23). Il
est possible qu'à l'origine, ces derniers piliers étaient de
type R1110
(absence de demi-colonne adossée au pilier du côté du
vaisseau central).
Les arcs reliant ces piliers sont doubles. Une telle
particularité nous semble caractéristique d'un édifice
postérieur à l'an 800.
L'élévation intérieure de la nef avec cet ordonnancement
mixte (alternance de piliers C0000
et R1111)
fait penser aux églises rhénanes, de fondation
carolingienne
(IXesiècle) ou ottonienne (Xe-
XIesiècles). Cela n'est pas pour surprendre.
On sait l'importance qu'a représenté le Saint Empire Romain
Germanique dans le Nord de l'Italie au cours de cette
période.
Un autre signe d'ancienneté est le transept (images
7 et 8). Le site de Wikipedia le désigne ainsi :
« le pseudo-transept ». Nous préférons dire qu'il s'agit
d'un vrai transept mais « bas et non débordant ». (Remarque
: nous qualifions de « haut » un transept tel que les
croisillons sont de même hauteur que le vaisseau central de
la nef. Si les croisillons sont d'une hauteur inférieure à
celle du vaisseau central de la nef, le transept est dit «
bas ». Si les croisillons débordent des murs latéraux de la
nef donnant un plan en forme de croix, le transept est dit «
débordant »). Nous pensons que ce type de transept bas et
non débordant préfigure le transept classique, à plan en
forme de croix. Nous pensons qu'il a été aménagé à
l'intérieur d'une nef à trois vaisseaux, dépourvue de
transept, à l'emplacement d'une ou deux travées (ici deux)
en élevant des corps de bâtiment sur les collatéraux. Comme
les transepts bas et débordants sont présumés antérieurs aux
transepts plus classiques, on peut envisager une plus grande
ancienneté pour celui-ci.
Encore un autre indice d'ancienneté : le chevet. Il est
constitué par trois absides situées dans le prolongement des
vaisseaux de la nef. Il s'agit là d'un plan de chevet
traditionnel qui sera remplacé plus tard par le chevet de
type clunisien à « escalier » d'absides, puis par le chevet
à déambulatoire qui se serait généralisé à partir de l'an
1100.
Description
de l'iconographie : l'antithèse d'une moins grande
ancienneté
La cathédrale de Modène est particulièrement riche en œuvres
sculptées. Certaines d'entre elles proviennent probablement
de monuments plus anciens. C'est certainement le cas des
deux bas-reliefs situés sur le porche de la façade Ouest,
au-dessus et de part et d'autre de l'arc (images
2 et 5, puis
3 et 4). C'est la
première fois que nous voyons ce type d'images qui posent
énigme. Ainsi celle des deux cerfs à tête unique de l'image 3 dont les bois
portent des disques (le soleil et la lune?). Mais aussi la
représentation de l'image
4 : deux animaux affrontés sont assaillis par des
serpents entrelacés. Le premier de ces animaux semble être
un agneau. Le second un hybride à tête humaine. On aurait
tendance à penser que le premier est l'Agneau Pascal, et le
second, un centaure. Mais ce n'est là qu'une interprétation
de peu de fondement : l'Agneau Pascal serait auréolé ; le
centaure aurait un corps de cheval. En fait, comme le
prouvent les sculptures en bas-relief des sarcophages et les
fresques de Pompéi, Herculanum et Oplontis, les religions
antiques devaient être d'une grande multiplicité et les
représentations symboliques, d'une très grande variété.
Pour d'autres œuvres, la datation fournie par la page du
site Internet Wihipedia nous étonne quelque peu. Ainsi,
concernant la sculpture des deux lions porteurs de colonne
de la façade Ouest, il est dit ceci : « deux
lions stylophores de remploi datés du I er
siècle ap. J.-C.». Nous avouons notre ignorance du
mot « stylophore
». Par contre, nous avons eu l'occasion de voir et de
photographier quelques uns de ces lions stylophores (images 14, 25 et 26).
Celui de l'image 26 représente
un lion terrassant un guerrier porteur d'une cotte de
mailles recouvrant tour le corps. Y compris la tête; Ce
style d'armure était porté par les soldats du XIIesiècle
et peut-être même avant. Mais certainement pas par ceux du
premier siècle de notre ère.
De même en ce qui concerne le devant d'autel de l'image
27. Il nous est dit qu'il date du Xesiècle.
Nous l'estimons nettement antérieur. On y voit une foule de
symboles. Au centre, la croix pattée qui aurait fait partie
de la croyance arienne. Elle est encadrée par deux paons. On
songe bien sûr à la scène classique des « oiseaux au
canthare ». Ce canthare, on le retrouve sur le registre du
dessus. Il est encadré par deux oiseaux picorant une grappe
de raisin. Mais celui de droite a une position inversée.
Dans le cartouche du milieu et sous les paons, on peut voir
4 animaux bondissants : deux cerfs et deux sangliers. Mais
ces animaux sont un peu différents entre eux. Ainsi, un des
cerfs a une ramure feuillue, alors que la ramure de l'autre
est dépourvue de feuilles. Ces quatre animaux pourraient-ils
représenter les saisons ? Il est difficile de l'affirmer.
Toujours est-il que la scène ici représentée doit témoigner
d'une pratique religieuse mi-chrétienne, mi-païenne, dont le
sens a probablement été définitivement perdu. Datation
envisagée de cette sculpture : an 400 avec un écart de 150
ans.
Il reste un grand nombre de sculptures datables du Moyen-Âge
(images 6, 11, 13 , 15,
16, 17, 18, 19). Nous estimons que les
représentations de vies de saints, de la vie de Jésus
(hormis les scènes relatives à la Nativité ou à la
Crucifixion), ou les scènes de vie profane, apparaissent en
fin de période romane. Et se développent au cours de la
période gothique. C'est le cas en ce qui concerne les scènes
des images citées ci--dessus.
Mais il y a aussi autre chose concernant ces images : c'est
leur style, un style de transition entre le roman et le
gothique. Certains aspects comme les visages
disproportionnés par rapport aux corps peuvent être
apparentés au style roman, d'autres comme la finesse
d'exécution évoquent le style gothique. Pour ces raisons, on
peut envisager pour ces sculptures une datation relativement
tardive des environs de l'an 1150.
La
synthèse
Résumons ce qui vient d'être dit. Concernant l'architecture
: une datation relativement ancienne, bien antérieure à
celle de l'an 1100 proposée par le texte de Wikipedia. Pour
les sculptures, une autre datation, celle-ci bien
postérieure à l'an 1100. Peut-on concilier ces deux
datations ?
Eh bien oui ! Il suffit d'envisager que les sculptures ont
pu être placées sur des parties d'édifices postérieures à la
construction initiale. En particulier les trois porches de
la façade Ouest, des Princes et des Poissonniers, qui
constituent de véritables verrues, ont pu être installés
longtemps après la première construction.
Par ailleurs, la façade Sud observée sur les images
7 et 8, nous
apparaît relativement récente, issue d'un art roman plus
évolué, plus riche, moins dépouillé que l'art roman
classique. Mais à y regarder de près, cette impression de
richesse est donnée par l'existence de la galerie qui court
sur les murs des collatéraux puis sur le poutour des
absides. Cette galerie a pu être construite en fin de
période romane lors du voûtement des collatéraux.
Datation envisagée pour
la cathédrale Santa Maria Assunta in Cielo de Modène
Pour la construction initiale (nef triple ; les trois
vaisseaux sont charpentés ; existence d'une galerie
intérieure ou triforium) : an 950 avec un écart de 100 ans.
Pour le voûtement des collatéraux avec construction de la
galerie ezxtérieure au-dessus de ces collatéraux. Avec aussi
la construction des divers porches et les sculptures des
portails : an 1150 avec un écart de 100 ans.
Pour le voûtement du vaisseau principal en croisée d'ogives
: an 1300 avec un écart de 75 ans.