La concathédrale Santa Maria Assunta de Calvi Risorta 

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Nous n'avons pas visité cette église. Les images ci-dessous sont extraites d'Internet ou du livre « Campanie Romane » de la collection Zodiaque.

Remarquons tout d 'abord que la façade Ouest (image 1) est percée d'une porte préromane. À gauche, on voit les restes d'une autre porte. Ce type de façade Ouest avec trois portes disposées à l'entrée de chacun des vaisseaux d'une nef triple est caractéristique des basiliques de l'Antiquité Tardive.

En Italie, de nombreuses églises de l'Antiquité ou du Haut Moyen-Âge ont été réédifiées à partir de la Renaissance. Pour chacune d'entre elles, la difficulté que nous rencontrons est le sens à donner au mot « réédifiées ». En effet, pour certaines, la réédification est une totale reconstruction : c'est le cas à Saint-Pierre de Rome. Pour d'autres,la reconstruction est aussi totale, mais en essayant d'imiter les plans des basiliques anciennes avec des matériaux et des décors modernes. Pour d'autres encore, il y a conservation de parties anciennes. Pour les dernières, celles qui nous intéressent le plus, l'essentiel de la partie ancienne est conservé sous les enduits ou peintures d'un décor baroque. Est-ce le cas de cette église dont le décor intérieur est entièrement baroque (image 5) ?

Le plan de l'image 6, extrait du livre « Campanie Romane », révèle une nef à trois vaisseaux. Le vaisseau central est charpenté (plus exactement plafonné). Les piliers porteurs du vaisseau central sont à section rectangulaire de type R0000. Les arcs sont en plein cintre et simples. Le modèle de référence est l'église Sainte-Madeleine de Béziersl estimée antérieure à l'an 800. Mais à l'église Sainte-Madeleine, le décor baroque a été enlevé, faisant apparaître des piliers et murs préromans. Concernant l'église de Santa Maria Assunta, seul le plan de l'image 6 peut nous apporter des éléments de réponse.

Commençons par la partie inférieure de l'église, la nef aux piliers à plan rectangulaire. Cette nef constitue pour nous une énigme. Les nefs que nous avons étudiées jusqu'à ce jour présentaient toutes, à l'image de Sainte-Madeleine de Béziers, le même modèle : des travées et des piliers de mêmes dimensions, des piliers de largeur moyenne. L'image 6 nous fait découvrir des piliers d'une grande largeur (dans le sens Est-Ouest). Mais ce n'est pas le cas de tous les piliers car à l'entrée de la deuxième travée, les deux piliers sont de largeur moyenne. En conséquence, les travées sont de dimensions différentes. On n'a donc pas cette régularité que l'on trouve ailleurs.

L'image 11 est celle d'un de ces piliers de grande largeur sur lequel est adossée la très belle chaire en marbres polychromes. On voit que ces piliers de grande largeur pourraient être formés de deux piliers reliés entre eux par un petit arc. Ce modèle de piliers est-il préroman ? En tout cas, il est nouveau pour nous. Nous n'en connaissons pas d'autre de ce genre. Il existe cependant un modèle un peu différent de pilier creux à Notre-Dame du Puy (Haute-Loire/Auvergne-Rhône-Alpes/France). En tout cas, ce modèle n'est pas typique du baroque.


Passons maintenant à la partie supérieure du plan de l'image 6. On constate que le chevet est constitué de trois absides à plan semi-circulaire. Les trois absides sont accolées et dans le prolongement des vaisseaux de la nef. Entre ces trois absides et la nef, se situe un transept non débordant.

Nous pensons que, d'une façon, générale, les transepts ont été inventés au cours du Premier Millénaire par suite d'un changement d'affectation d'une ou deux travées les plus proches du chœur. Parfois, les transformations peuvent concerner une travée et une portion de travée. Ce qui amène à modifier l'autre portion de travée. Sommes nous dans ce cas ? Il faudrait faire des mesures précises pour confirmer (ou infirmer) cette idée.

La présence d'arcatures lombardes sur la croisée de transept (image 3) et le chevet (image 4) confirment le lien entre les deux constructions, les arcatures lombardes ayant pu être installées sur un chevet construit longtemps auparavant (nous pensons en effet que les arcatures dites « lombardes » sont des innovations destinées à faciliter le voûtement des nefs ou des absides).

Le plan de l'image 9 est celui de la crypte. On remarque que les deux plans des images 6 et 9 sont superposables.

La plupart des historiens de l'art considèrent que les cryptes ont précédé les églises supérieures. Et ce, suivant une formule consacrée : « l'église est du douzième siècle, la crypte est du onzième siècle » .

Nous ne sommes pas d'accord avec cette opinion. Nous estimons que dans la plupart des cas, les cryptes sont postérieures aux nefs. Ou plus exactement, elles ont été érigées à l'intérieur d'une nef construite plusieurs siècles auparavant. Tout comme, à l'heure actuelle, on installe une mezzanine à l'intérieur d'une pièce de grande hauteur, les bâtisseurs du Moyen-Âge ont voulu séparer en deux parties une nef de grande hauteur. Au niveau inférieur, ils ont aménagé une chapelle pour accueillir les reliques des saints. Quant au niveau supérieur, il était destiné aux célébrations.

Dans le cas présent, notre hypothèse devient plausible. Car les piliers et les chapiteaux de la crypte présentent un aspect dépareillé. Cette crypte n'était pas prévue pour être un objet de décoration. Construite à l'intérieur d'un bâtiment, elle n'était pas non plus prévue pour soutenir ce bâtiment (images 8 et 10 ).

Nous terminons la visite (par le biais des images) de cette belle église par le devant de sarcophage de l'image 12.

Nous ne sommes pas experts dans la mythologie grecque ou romaine, mais ce sarcophage pourrait représenter des Néréïdes, des divinités marines. Cependant, nous préférons l'interprétation symbolique de la scène. La frise inférieure représente l'onde marine. Le personnage central (homme ? ou femme ?) installé dans un cartouche est saisi hors de l'eau comme le soleil qui chaque jour ressuscite à l'Est. Les deux êtres à corps de dragons marins et bustes de femmes (des Néréïdes?) soulèvent le cartouche. Leur attention est attirée par deux autres femmes qui touchent leurs épaules d'une main, montrant le chemin qui doit être pris et vers lequel les deux premières se tournent. Ce chemin est celui du ciel symbolisé par le voile planant sur la tête des secondes.

Le style de ce sarcophage est mixte : romain par les vêtements du personnage et le cartouche, barbare par les entrelacs.


Datation envisagée pour la concathédrale Santa Maria Assunta de Calvi Risorta :

Pour la nef : an 750 avec un écart de 200 ans.

Pour le transept et les arcatures lombardes du chevet : an 1050 avec un écart de 100 ans.