L'église Santa Maria del Patire de Rossano  

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Nous n'avons pas visité cette église. Les images de cette page sont extraites d'Internet. De plus, nous n'avons que très peu de documentation écrite sur les églises de cette province d'Italie. En conséquence, les conclusions que nous essayons de tirer de l'observation de ces images sont entachées d'une incertitude. Cela étant, nous espérons que, grâce à l'accumulation d'indices, nous arriverons à mieux connaître l'ensemble des églises de cette région.

Il s'agit d'une église à nef triple. Les trois vaisseaux sont charpentés (images 4 et 5). Une remarque toutefois : d'après le plan de l'image 3, la travée de la nef la plus proche du chœur est voûtée de trois coupoles.

Cette remarque est importante en vue d'une éventuelle datation : nous avons bien écrit, « la travée de la nef la plus proche du chœur » et non « le transept ». Dans notre recherche sur l'évolution du plan des églises au cours du Premier Millénaire, nous essayons de situer l'invention du transept. Contrairement à nombre de nos prédécesseurs en recherche d'histoire de l'art, nous pensons que le transept n'a pas été créé d'un coup de baguette magique (ou plutôt de canne d'architecte) au XIIe siècle. Plus exactement, dans le premier quart du XIIesiècle, pour les plus brillants de ces chercheurs-savants en histoire de l'art. Nous pensons que cette création du transept a suivi une lente maturation. À partir d'une nef à trois vaisseaux, avec une ou trois absides en prolongement, on a commencé à réserver à l'usage des clercs une travée ou deux de cette nef. Puis on a aménagé les collatéraux de cette (ces) travée(s) en élevant au dessus de ces collatéraux des toits transverses à l'axe de la nef. Puis on a surélevé ces collatéraux de manière que le faîte de leurs toits soit à la même hauteur que celui de la nef. Bien sûr, ces transformations n'ont pas été faites sur une seule église. L'innovation imaginée et réalisée sur une église a été appliquée pour toute église nouvelle.

Dans le cas présent, on est au tout début de la création des transepts. Ce qui suppose une ancienneté du modèle.

Les piliers porteurs du vaisseau central sont cylindriques ( de type C0000), Les arcs reliant ces piliers sont simples. Il existe plusieurs modèles de référence. : les basiliques romaines des premiers siècles du christianisme. Mais aussi l'église Santissima Trinita de Venosa, estimée du XIesiècle. La datation à partir de la forme des piliers s'avère donc difficile pour ce type d'église.

Le chevet est à trois absides à plan semi-circulaire. Les trois absides sont accolées et en prolongement des vaisseaux de la nef. Ce type de plan a été bien identifié. Il concerne un assez grand nombre d'édifices. Il a dû être mise en œuvre pendant plusieurs siècles au cours du Premier Millénaire.


Ce chevet est orné extérieurement par une rangée d'arcatures apparentées aux arcatures lombardes (image 2). Nous pensons, sans certitude cependant, que cette rangée d'arcatures est un ajout ultérieur effectué en vue de renforcer les murs pour supporter le voûtement en cul-de-four des absides. Cet ajout daterait du XIesiècle voire même un peu avant, du Xesiècle.

Le décor d'oculus de cette abside milite en faveur d'une telle datation. Ce décor polychrome en marquèterie de pierres (image 6) se retrouve en Sicile (Cathédrale de Palerme, Cefalu). Mais on voit aussi de tels disques décorés de bas-reliefs à Naranco (Oviedo : Asturies) ou de fresques à Saint-Pierre de Jumièges (Normandie). On sait que le Sud de l'Italie et la Sicile ont été conquises par les Normands au XIesiècle. Concernant les Asturies, on ignore s'il y a eu une présence de Normands dans la région d'Oviedo mais l'hypothèse est envisageable.

Cette église pourrait donc avoir été construite par et pour des Normands. Au XIesiècle ? Cela semble évident d'après ce que l'on sait de l'histoire de l'Italie du Sud et de la Sicile. La question mérite cependant d'être posée. Avant même d'avoir lu sur Internet la page intitulée, « Conquête normande de l'Italie du Sud », nous avons estimé que cette conquête effectuée selon les textes vers la fin du XIesiècle avait été préparée longtemps à l'avance. Pour lancer une opération d'envergure, il faut disposer de solides bases arrière. Et la Normandie est trop éloignée de la Sicile pour fournir à elle seule de telles bases. Lorsque la conquête a été lancée, les troupes normandes devaient déjà être fortement implantées en Italie du Sud. La page Internet citée précédemment conforte cette analyse. Se basant sur de solides références, ses auteurs situent les débuts de l'installation de Normands en Italie du Sud (Salerne?) en 999. Nous pensons qu'une telle installation pourrait être antérieure encore.


Un magnifique pavement de mosaïques orne le sol de cette église. On y découvre une licorne (image 7), un centaure se retournant et sonnant du cor (image 8), un lion (image 9). Les disques polychromes accolés aux corps de ces animaux font penser aux disques des absides. Les thèmes représentés : la licorne, le centaure et le lion font penser quant à eux à des thèmes analogues situés nettement plus au Nord, en Auvergne ou en Bourgogne (hormis la tapisserie de Bayeux, nous ne disposons que de peu d'images de la Normandie).

Ajoutons à cela que cette église dédiée à la Vierge Marie, située à l'écart à plusieurs kilomètres de la ville de Rossano, a pu servir d'église principale à un campement de peuple barbare issu du Nord de l'Europe. Là encore il ne s'agit que d'une hypothèse, mais ce que nous commençons à pressentir sur la géopolitique au cours du Premier Millénaire nous invite à envisager une telle possibilité.


Datation envisagée pour l'église Santa Maria del Patire de Rossano : an 950 avec un écart de plus de 100 ans.