Les monuments antiques de Canosa di Puglia
Après un bref paragraphe
d'introduction, nous étudierons dans cette page la
basilique du parc archéologique San Giovanni, le
baptistère San Giovanni,
la basilique San Leucio, la
basilique San Pietro, la
basilique San Sabino, et en dernier lieu, la
basilique Santa Sofia.
Nous n'avons pas visité la ville de Canosa di Puglia. Les
images et une partie des textes sont extraites d'Internet.
Introduction
La carte interactive ci-dessous permet de localiser les
divers monuments de Canosa di Puglia étudiés sommairement
sur cette page. Il faut tout d'abord savoir que ce ne sont
pas les seuls. Il en existe d'autres dispersés dans la ville
(catacombes, temples antiques) que nous n'avons pas jugé
utile d'être joints à la liste.
La principale leçon que nous apporte cette carte est la
grande étendue de la répartition des monuments. Canosa di
Puglia est une ville d'importance moyenne de 29500
habitants. Trois des monuments étudiés, les basiliques San
Pietro, Santa Sofia et San Leucio, sont situés à l'extérieur
de la zone urbanisée, parfois loin de cette zone. Ceci
signifie que cette ville a eu une grande importance dans le
passé avant et après l'an 1 de notre ère. Canosa di Puglia
était dans l'Antiquité la cité de Canusium. La cité de Canne
della Battaglia où Hannibal vainquit les romains, autre
ville importante dans l'Antiquité, ne se trouve qu'à 13 km.
Cette ville de Canne aurait été emporium
fluvial de Canosa, donc probablement de moindre importance
que cette dernière.
Périodes :






Pour voir le nom du monument, survoler un des marqueurs de la carte à l'aide de la souris. Pour voir le lien vers la page du munument, cliquer sur ce marqueur.
La basilique du parc archéologique de San Giovanni (images de 1 à 3)
De cette église, nous n'avons pas d'autres renseignements que ceux que nous donnent les images 1, 2 et 3. Il s'agit bien d'une église. Elle est orientée Ouest-Est. Son plan est basilical : nef à trois vaisseaux, le vaisseau central étant prolongé par une abside semi-circulaire. La vue par satellite de l'image 3 ne fait pas apparaître des restes de piliers. Il devait y avoir des colonnes monolithes en marbre semblables à celles que l'on voit dans de nombreuses basiliques d'Italie du Sud. Une fosse est creusée dans le sol, tout juste devant le chœur. Ce pourrait être une piscine baptismale. Dans ce cas, comme il est difficile d'imaginer qu'il y ait eu double emploi, nous devons envisager que le baptistère San Giovanni étudié plus loin est postérieur à la piscine baptismale, et donc à la basilique. L'absence d'un transept, et à l'inverse, la présence à l'intérieur de la nef de tombes, dont certaines à forme rectangulaire et d'autres anthropomorphes, militent en faveur d'une haute ancienneté. Il semblerait en effet que vers le VIIe siècle, plusieurs conciles ont interdit d'enterrer à l'intérieur des églises.
Datation envisagée pour la basilique du parc archéologique de San Giovanni : an 500 avec un écart de 150 ans.
Le
baptistère San Giovanni (images
de 4 à 12)
La page du site Internet Wikipédia dédiée à Canosa di Puglia
nous apprend ceci :
«
Le centre de cet édifice dodécagonal abritait des fonts
baptismaux en heptagone. Les décors étaient pour
l'essentiel en marbre blanc et en tuf. Les colonnes
supportant la voûte en berceau ont été endommagées au fil
des siècles, la mosaïque dorée qui les recouvrait ayant
disparu. Quatre chapelles dodécagonales tournées vers les
points cardinaux, forment une structure en croix grecque.
Dans les années 1800, le baptistère servit de moulin ;
néanmoins, cette fonction n'a pas porté préjudice au
statut de l’édifice, qui depuis 2001 fait l'objet de
recherches à l’initiative de l'Université de Foggia.
Récemment, sous le baptistère, on a dégagé deux niveaux
distincts d'une église chrétienne primitive. »
Remarques
: la vue aérienne (image 5)
ne permet pas de découvrir les vestiges antiques cachés par
les toits modernes. Et nous ne disposons pas d'un plan
d'ensemble. C'est dommage ! Car nous aurions aimé en savoir
un peu plus sur certains points. Par exemple sur les fonts
baptismaux (images 8 et 9).
On nous dit qu'ils sont de forme heptagonale (7 côtés) alors
que d'habitude, ils sont de forme octogonale (8 côtés).
L'heptagone est-il régulier ? Y a-t-il un petit podium pour
le célébrant ? De même, on parle de « quatre
chapelles dodécagonales (12 côtés) ». Comment cela
peut-il se faire alors que les toitures sont carrées ?
Nous avions précédemment avancé l'idée que le baptistère
pouvait être postérieur à la basilique. La phrase, « Récemment,
sous le baptistère, on a dégagé deux niveaux distincts
d'une église chrétienne primitive », confirme
cette hypothèse. Et nous avons ici confirmation d'une autre
idée selon laquelle la création des baptistères aurait
démarré durant le Haut Moyen-Âge (VIIIe-IXe
siècle).
Les mosaïques des images
11 et 12 seraient contemporaines au baptistère.
Les décors (étoiles à 5, 6 ou 7 branches, vagues) sont
nouveaux pour nous.
Datation envisagée
pour le baptistère San Giovanni de Canosa di Puglia : an 850
avec un écart de 150 ans.
La
basilique San Leucio (images
de 13 à 20)
Toujours selon la page dédiée à Canosa di Puglia du site
Internet Wikipédia :
« La basilique de San Leucio
offre l'un des plus beaux exemples d'architecture
chrétienne des Pouilles. Ce temple païen probablement
consacré à Minerve jusqu'au IIe siècle devint
vers le IVe siècle une basilique chrétienne.
Cette structure résulte de la fusion des cultures de
Grande-Grèce et Italiote avec une cella vouée au culte,
encadrée de deux grands vestibules, aux mosaïques
polychromes, aux chapiteaux maçonnés en tuf et aux
colonnes doriques-ioniques peintes. La basilique
chrétienne primitive de San Leucio a été édifiée à
l'emplacement d'un temple d’Époque hellénistique. Sa
construction a repris les murs, les colonnes et les
chapiteaux existants. L'édifice est à plan carré à gigogne
(c'est-à-dire à emboîtements) : les murs extérieurs
(un carré de 50 m de côté) sont
flanqués d'un exèdre (définition : dans l'Antiquité, nom
d'une salle, souvent en demi-cercle, pourvue de sièges,
qui servait à la conversation) de chaque côté, et
contiennent eux-mêmes un carré concentrique, flanqué
d'exèdres à colonnades. L’architecture de la basilique est
d’inspiration orientale, avec une prédilection pour les
grands murs rehaussés de couleurs. Au IXe
siècle, une chapelle a été construite dans la continuité
de l'abside pour la célébration des obsèques. »
Divers commentaires sur ce
texte et cet édifice :
1. Qui était San
Leucio ? Nous avons cherché en vain des documents sur ce
saint. Il existe en Italie plusieurs localités dénommées «
San Leucio ». Le prénom de baptême, Leucio, existe, mais il
est rarement attribué. Selon certains étymologistes, ce
prénom proviendrait d'un peuple des régions voisines du Rhin
cité par Pline l'Ancien, les Leuciens. Et à notre
connaissance, il n'y a pas de Vie
de Saint Leucio.
Nous pensons à autre chose. Remarquons tout d'abord qu'une
route proche de cette basilique est appelée « Via Santa
Lucia » : Sainte Lucie. Qui est Sainte Lucie ? Selon
l'hagiographie traditionnelle : « Née
dans la ville de Syracuse, en Sicile, vers la fin du IIIe
siècle, sainte Lucie est une martyre chrétienne, dont le
nom signifie la lumière. Elle est fêtée le 13 décembre.
». Il est possible que sainte Lucie ait réellement existé.
Cependant, la réalité de l'existence de certains saints est
suspecte. Surtout ceux qui vivaient au cours des premiers
siècles du christianisme et dont la vie n'a été racontée que
plusieurs siècles après pour expliquer la présence de
reliques. Plus encore, ceux dont le nom évoque une qualité
ou une révélation : la sagesse (Sophie), la foi (Foy),
l'espérance (Espérance), la lumière (Lucie, Luce). On sait
aussi que certains peuples nordiques célèbrent la sainte
Lucie au moment du retour du Printemps. San Leucio pourrait
donc être un « avatar » de Sainte Lucie, elle-même un avatar
de la Sainte Lumière.
2. La lecture du
texte de Wikipédia nous étonne quelque peu car nous ne
voyons pas dans le plan de l'image
17 une quelconque ressemblance avec la description
suivante donnée par le texte : « une
cella vouée au culte, encadrée de deux grands vestibules
». Il n'y a aucune ressemblance entre le plan de ce monument
et celui d'un temple grec (ou égyptien) et d'une basilique
chrétienne. Ce plan est tout à fait nouveau pour nous. La
seule comparaison que nous pourrions éventuellement faire
est avec la cathédrale de Zvartnots en Arménie. Il s'agit là
d'un édifice à plan centré de grandes dimensions. Le côté du
carré extérieur est long d'environ 50 m. Celui du carré
intérieur, d'environ 30m. Nous ne pensons pas que le carré
intérieur était couvert d'un toit (sauf s'il y a eu à
l'intérieur une forêt de colonnes qui ont toutes disparu),
car les portées sont trop grandes pour une voûte (à
l'époque, la voûte gothique n'existait pas) ou une
charpente. Par contre, il est fort possible que le
déambulatoire intérieur ait été couvert.
3. Remarquons enfin
que l'orientation donnée par les absides n'est pas
Est-Ouest, mais à 45° par rapport à cette direction. En
conséquence, nous pensons que cette construction n'était pas
à l'origine une basilique chrétienne ou un temple grec.
Peut-être n'était-ce pas un édifice religieux ? En tout cas,
le plan centré est typique d'un édifice représentatif d'un «
centre du monde », un microcosme, le point central d'un
peuple.
Le motif de la croix est présent de plusieurs façons sut les
images 19 et 20.
Datation envisagée pour
la « basilique » San Leucio de Canosa di Puglia : an 100
avec un écart de 250 ans.
La
basilique San Pietro (images
de 21 à 24)
Toujours selon la page dédiée à Canosa di Puglia du site
Internet Wikipédia :
« La
basilique de San Pietro,
la première cathédrale de l'ère chrétienne, devint le
sanctuaire de Saint Sabin († 556), le patron de Canosa. Ce
complexe à trois nefs, doté d'une abside et du narthex de
saint Pierre, est précédé d'un grand portique-atrium.
Alentour, on peut voir un corps de logis avec un grand
four en briques pour cuisiner et une domus, qui fut sans
doute la résidence des évêques ; puis les différents
éléments d'un cimetière : un mausolée, le sépulcre de
l'évêque Sabin, avec des mosaïques et des chapiteaux
doriquo-ioniques. »
Les images que nous avons de cet ensemble sont quelque peu
énigmatiques. La basilique San Pietro est sans doute
représentée sur l'image 23. On y voit deux
absides semi-circulaires de tailles différentes. La plus
petite est dirigée vers l'Est. Et la plus grande, vers
l'Ouest ; serait-ce le narthex cité plus haut ? Il
semblerait cependant que ces deux absides feraient partie de
deux ensembles distincts. On remarque au dessus de la petite
abside une grande salle rectangulaire dans laquelle est
déposée une série de tombes ou de sarcophages correctement
alignés. On en trouve d'autres dans la salle adjacente à la
grande abside. Toutes ces tombes sont orientées Est-Ouest.
Elles sont à plan rectangulaire.
Datation envisagée
pour la basilique San Pietro de Canosa di Puglia : an 500
avec un écart de 150 ans.
La
basilique San Sabino (images
de 25 à 33)
Selon le guide touristique Petit
Fûté :
« Édifiée
autour de 1080 et consacrée à San Sabino, évêque de Canosa
au Ve siècle, la cathédrale n’a de roman que la
structure intérieure à trois nefs et l’abside. Endommagée
par plusieurs tremblements de terre, elle a été couverte
de cinq coupoles et sa nouvelle façade fut reconstruite en
style néoclassique à la fin du XIXe siècle.
Plusieurs éléments retiennent l’attention à l’intérieur de
l’édifice, comme la série de colonnes et deux beaux
exemples de sculpture romane : la chaire du XIe
siècle et la cathèdre épiscopale reposant sur deux
éléphants sculptés. »
Nous n'avons pas montré d'image de la chaire en partie
visible sur les images 29
et 30, car
sa datation doit être plus proche du XIIe, voire
XIIIe siècle, que du XIe siècle.
En peu de mots, le guide Petit
Fûté a bien décrit cette église. Le seul problème,
selon nous, concerne la datation. Il est dit que l'église a
été «
édifiée autour de 1080 ». D'une part, cette date
est fournie sans justification. D'autre part, les édifices
construits autour de 1080 sont des édifices romans. Or cette
église n'a rien de roman … mais beaucoup de préroman.
Observons l'image 29. On y voit, à droite,
une série de 4 arcades, et à gauche, seulement 2, mais les 2
autres doivent être cachées par la chaire. Les arcs sont en
plein cintre et à un seul rouleau. Nous sommes donc en
présence d'une nef à trois vaisseaux, à piliers
rectangulaires de type R0000
et à arcs en plein cintre simples. Les piliers sont
dépourvus d'imposte. L'ensemble constitue un schéma
caractéristique. L'ensemble des vaisseaux devait être à
l'origine charpenté. Et c'est probablement ce qui s'est
passé ici. Le vaisseau central devait être charpenté. Il a
été ultérieurement voûté. Pour réaliser ce voûtement, on a
plaqué contre les murs des colonnes de marbre et posé sur
leurs chapiteaux des arcs doubleaux, et sur ces arcs
doubleaux, des voûtes d'arêtes. Ce voûtement a dû se faire
durant les périodes renaissance ou baroque.
Datation envisagée
pour la basilique San Sabino de Canosa di Puglia (dans son
état primitif) : an 700 avec un écart de 200 ans.
La
basilique Santa Sofia (images
de 34 à 36)
Selon le site
Internet intituléViaggiare
in Puglia : « À
un kilomètre de la ville de Canosa, sur la route qui mène
à Barletta, vous pourrez admirer le site de plein air
contenant plusieurs ruines de la basilique paléochrétienne
de Santa Sofia et les catacombes, non visibles, car la
structure rocheuse a une instabilité. Les catacombes,
selon les pactes du Latran de 1929, appartiennent à l’État
du Vatican. La zone romaine subdiale (la tombe au-dessus
du sol) peut être datée de la seconde moitié du IIe
siècle d.C. à la fin du IVe siècle-début du Ve
siècle. »
La vue par satellite de l'image
34 permet d'identifier un édifice à nef unique
prolongé par une abside semi-circulaire précédée d'un petit
avant-chœur rectangulaire. Cette image devrait normalement
surprendre les historiens de l'art car le plan qu'elle nous
offre est celui de nombreuses églises toutes datées du XIIe,
voire du XIe siècle, encore debout. Le paradoxe
est le suivant : si l'église est en ruines, elle est du IVe
siècle ; si elle est debout, elle est du XIIe
siècle ; entre les deux, c'est-à-dire en 8 siècles, il ne
s'est rien passé ! Comprenne qui pourra !
L'église contient une série de sarcophages correctement
répartis et orientés vers l'Est. Ces sarcophages sont à plan
rectangulaire. Il y a quelques années, tous les sarcophages
à cuve rectangulaire étaient datés du IVe siècle.
Il semblerait que l'on commence à accepter des datations du
Ve ou VIe siècle. En tout cas,
l'église est antérieure à ces sarcophages.
Le couvercle du sarcophage de l'image
36 ne correspond pas à la cuve. Ce couvercle est
dit « à acrotères ». Il imite un toit de temple.
Datation envisagée
pour la basilique Santa Sofia de Canosa di Puglia : an 500
avec un écart de 150 ans.