Les monuments antiques de Canosa di Puglia  

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Après un bref paragraphe d'introduction, nous étudierons dans cette page la basilique du parc archéologique San Giovanni, le baptistère San Giovanni, la basilique San Leucio, la basilique San Pietro, la basilique San Sabino, et en dernier lieu, la basilique Santa Sofia.

Nous n'avons pas visité la ville de Canosa di Puglia. Les images et une partie des textes sont extraites d'Internet.



Introduction

La carte interactive ci-dessous permet de localiser les divers monuments de Canosa di Puglia étudiés sommairement sur cette page. Il faut tout d'abord savoir que ce ne sont pas les seuls. Il en existe d'autres dispersés dans la ville (catacombes, temples antiques) que nous n'avons pas jugé utile d'être joints à la liste.

La principale leçon que nous apporte cette carte est la grande étendue de la répartition des monuments. Canosa di Puglia est une ville d'importance moyenne de 29500 habitants. Trois des monuments étudiés, les basiliques San Pietro, Santa Sofia et San Leucio, sont situés à l'extérieur de la zone urbanisée, parfois loin de cette zone. Ceci signifie que cette ville a eu une grande importance dans le passé avant et après l'an 1 de notre ère. Canosa di Puglia était dans l'Antiquité la cité de Canusium. La cité de Canne della Battaglia où Hannibal vainquit les romains, autre ville importante dans l'Antiquité, ne se trouve qu'à 13 km. Cette ville de Canne aurait été emporium fluvial de Canosa, donc probablement de moindre importance que cette dernière.



Périodes :   300-500   500-800   800-1000   1000-1150                     Étude à venir Fortifications ou ruines
Pour voir le nom du monument, survoler un des marqueurs de la carte à l'aide de la souris. Pour voir le lien vers la page du munument, cliquer sur ce marqueur.




La basilique du parc archéologique de San Giovanni (images de 1 à 3)

De cette église, nous n'avons pas d'autres renseignements que ceux que nous donnent les images 1, 2 et 3. Il s'agit bien d'une église. Elle est orientée Ouest-Est. Son plan est basilical : nef à trois vaisseaux, le vaisseau central étant prolongé par une abside semi-circulaire. La vue par satellite de l'image 3 ne fait pas apparaître des restes de piliers. Il devait y avoir des colonnes monolithes en marbre semblables à celles que l'on voit dans de nombreuses basiliques d'Italie du Sud. Une fosse est creusée dans le sol, tout juste devant le chœur. Ce pourrait être une piscine baptismale. Dans ce cas, comme il est difficile d'imaginer qu'il y ait eu double emploi, nous devons envisager que le baptistère San Giovanni étudié plus loin est postérieur à la piscine baptismale, et donc à la basilique. L'absence d'un transept, et à l'inverse, la présence à l'intérieur de la nef de tombes, dont certaines à forme rectangulaire et d'autres anthropomorphes, militent en faveur d'une haute ancienneté. Il semblerait en effet que vers le VIIe siècle, plusieurs conciles ont interdit d'enterrer à l'intérieur des églises.

Datation envisagée pour la basilique du parc archéologique de San Giovanni : an 500 avec un écart de 150 ans.




Le baptistère San Giovanni (images de 4 à 12)

La page du site Internet Wikipédia dédiée à Canosa di Puglia nous apprend ceci :

« Le centre de cet édifice dodécagonal abritait des fonts baptismaux en heptagone. Les décors étaient pour l'essentiel en marbre blanc et en tuf. Les colonnes supportant la voûte en berceau ont été endommagées au fil des siècles, la mosaïque dorée qui les recouvrait ayant disparu. Quatre chapelles dodécagonales tournées vers les points cardinaux, forment une structure en croix grecque. Dans les années 1800, le baptistère servit de moulin ; néanmoins, cette fonction n'a pas porté préjudice au statut de l’édifice, qui depuis 2001 fait l'objet de recherches à l’initiative de l'Université de Foggia. Récemment, sous le baptistère, on a dégagé deux niveaux distincts d'une église chrétienne primitive. »

Remarques : la vue aérienne (image 5) ne permet pas de découvrir les vestiges antiques cachés par les toits modernes. Et nous ne disposons pas d'un plan d'ensemble. C'est dommage ! Car nous aurions aimé en savoir un peu plus sur certains points. Par exemple sur les fonts baptismaux (images 8 et 9). On nous dit qu'ils sont de forme heptagonale (7 côtés) alors que d'habitude, ils sont de forme octogonale (8 côtés). L'heptagone est-il régulier ? Y a-t-il un petit podium pour le célébrant ? De même, on parle de « quatre chapelles dodécagonales (12 côtés) ». Comment cela peut-il se faire alors que les toitures sont carrées ?

Nous avions précédemment avancé l'idée que le baptistère pouvait être postérieur à la basilique. La phrase, « Récemment, sous le baptistère, on a dégagé deux niveaux distincts d'une église chrétienne primitive », confirme cette hypothèse. Et nous avons ici confirmation d'une autre idée selon laquelle la création des baptistères aurait démarré durant le Haut Moyen-Âge (VIIIe-IXe siècle).

Les mosaïques des images 11 et 12 seraient contemporaines au baptistère. Les décors (étoiles à 5, 6 ou 7 branches, vagues) sont nouveaux pour nous.

Datation envisagée pour le baptistère San Giovanni de Canosa di Puglia : an 850 avec un écart de 150 ans.





La basilique San Leucio (images de 13 à 20)

Toujours selon la page dédiée à Canosa di Puglia du site Internet Wikipédia :

« La basilique de San Leucio offre l'un des plus beaux exemples d'architecture chrétienne des Pouilles. Ce temple païen probablement consacré à Minerve jusqu'au IIe siècle devint vers le IVe siècle une basilique chrétienne. Cette structure résulte de la fusion des cultures de Grande-Grèce et Italiote avec une cella vouée au culte, encadrée de deux grands vestibules, aux mosaïques polychromes, aux chapiteaux maçonnés en tuf et aux colonnes doriques-ioniques peintes. La basilique chrétienne primitive de San Leucio a été édifiée à l'emplacement d'un temple d’Époque hellénistique. Sa construction a repris les murs, les colonnes et les chapiteaux existants. L'édifice est à plan carré à gigogne (c'est-à-dire à emboîtements) : les murs extérieurs (un carré de 50 m de côté) sont flanqués d'un exèdre (définition : dans l'Antiquité, nom d'une salle, souvent en demi-cercle, pourvue de sièges, qui servait à la conversation) de chaque côté, et contiennent eux-mêmes un carré concentrique, flanqué d'exèdres à colonnades. L’architecture de la basilique est d’inspiration orientale, avec une prédilection pour les grands murs rehaussés de couleurs. Au IXe siècle, une chapelle a été construite dans la continuité de l'abside pour la célébration des obsèques. »

Divers commentaires sur ce texte et cet édifice :

1. Qui était San Leucio ? Nous avons cherché en vain des documents sur ce saint. Il existe en Italie plusieurs localités dénommées « San Leucio ». Le prénom de baptême, Leucio, existe, mais il est rarement attribué. Selon certains étymologistes, ce prénom proviendrait d'un peuple des régions voisines du Rhin cité par Pline l'Ancien, les Leuciens. Et à notre connaissance, il n'y a pas de Vie de Saint Leucio.

Nous pensons à autre chose. Remarquons tout d'abord qu'une route proche de cette basilique est appelée « Via Santa Lucia » : Sainte Lucie. Qui est Sainte Lucie ? Selon l'hagiographie traditionnelle : « Née dans la ville de Syracuse, en Sicile, vers la fin du IIIe siècle, sainte Lucie est une martyre chrétienne, dont le nom signifie la lumière. Elle est fêtée le 13 décembre. ». Il est possible que sainte Lucie ait réellement existé. Cependant, la réalité de l'existence de certains saints est suspecte. Surtout ceux qui vivaient au cours des premiers siècles du christianisme et dont la vie n'a été racontée que plusieurs siècles après pour expliquer la présence de reliques. Plus encore, ceux dont le nom évoque une qualité ou une révélation : la sagesse (Sophie), la foi (Foy), l'espérance (Espérance), la lumière (Lucie, Luce). On sait aussi que certains peuples nordiques célèbrent la sainte Lucie au moment du retour du Printemps. San Leucio pourrait donc être un « avatar » de Sainte Lucie, elle-même un avatar de la Sainte Lumière.

2. La lecture du texte de Wikipédia nous étonne quelque peu car nous ne voyons pas dans le plan de l'image 17 une quelconque ressemblance avec la description suivante donnée par le texte : « une cella vouée au culte, encadrée de deux grands vestibules ». Il n'y a aucune ressemblance entre le plan de ce monument et celui d'un temple grec (ou égyptien) et d'une basilique chrétienne. Ce plan est tout à fait nouveau pour nous. La seule comparaison que nous pourrions éventuellement faire est avec la cathédrale de Zvartnots en Arménie. Il s'agit là d'un édifice à plan centré de grandes dimensions. Le côté du carré extérieur est long d'environ 50 m. Celui du carré intérieur, d'environ 30m. Nous ne pensons pas que le carré intérieur était couvert d'un toit (sauf s'il y a eu à l'intérieur une forêt de colonnes qui ont toutes disparu), car les portées sont trop grandes pour une voûte (à l'époque, la voûte gothique n'existait pas) ou une charpente. Par contre, il est fort possible que le déambulatoire intérieur ait été couvert.

3. Remarquons enfin que l'orientation donnée par les absides n'est pas Est-Ouest, mais à 45° par rapport à cette direction. En conséquence, nous pensons que cette construction n'était pas à l'origine une basilique chrétienne ou un temple grec. Peut-être n'était-ce pas un édifice religieux ? En tout cas, le plan centré est typique d'un édifice représentatif d'un « centre du monde », un microcosme, le point central d'un peuple.

Le motif de la croix est présent de plusieurs façons sut les images 19 et 20.

Datation envisagée pour la « basilique » San Leucio de Canosa di Puglia : an 100 avec un écart de 250 ans.




La basilique San Pietro (images de 21 à 24)

Toujours selon la page dédiée à Canosa di Puglia du site Internet Wikipédia :

« La basilique de San Pietro, la première cathédrale de l'ère chrétienne, devint le sanctuaire de Saint Sabin († 556), le patron de Canosa. Ce complexe à trois nefs, doté d'une abside et du narthex de saint Pierre, est précédé d'un grand portique-atrium. Alentour, on peut voir un corps de logis avec un grand four en briques pour cuisiner et une domus, qui fut sans doute la résidence des évêques ; puis les différents éléments d'un cimetière : un mausolée, le sépulcre de l'évêque Sabin, avec des mosaïques et des chapiteaux doriquo-ioniques. »

Les images que nous avons de cet ensemble sont quelque peu énigmatiques. La basilique San Pietro est sans doute représentée sur l'image 23. On y voit deux absides semi-circulaires de tailles différentes. La plus petite est dirigée vers l'Est. Et la plus grande, vers l'Ouest ; serait-ce le narthex cité plus haut ? Il semblerait cependant que ces deux absides feraient partie de deux ensembles distincts. On remarque au dessus de la petite abside une grande salle rectangulaire dans laquelle est déposée une série de tombes ou de sarcophages correctement alignés. On en trouve d'autres dans la salle adjacente à la grande abside. Toutes ces tombes sont orientées Est-Ouest. Elles sont à plan rectangulaire.

Datation envisagée pour la basilique San Pietro de Canosa di Puglia : an 500 avec un écart de 150 ans.





La basilique San Sabino (images de 25 à 33)

Selon le guide touristique Petit Fûté :

« Édifiée autour de 1080 et consacrée à San Sabino, évêque de Canosa au Ve siècle, la cathédrale n’a de roman que la structure intérieure à trois nefs et l’abside. Endommagée par plusieurs tremblements de terre, elle a été couverte de cinq coupoles et sa nouvelle façade fut reconstruite en style néoclassique à la fin du XIXe siècle. Plusieurs éléments retiennent l’attention à l’intérieur de l’édifice, comme la série de colonnes et deux beaux exemples de sculpture romane : la chaire du XIe siècle et la cathèdre épiscopale reposant sur deux éléphants sculptés. »

Nous n'avons pas montré d'image de la chaire en partie visible sur les images 29 et 30, car sa datation doit être plus proche du XIIe, voire XIIIe siècle, que du XIe siècle.

En peu de mots, le guide Petit Fûté a bien décrit cette église. Le seul problème, selon nous, concerne la datation. Il est dit que l'église a été « édifiée autour de 1080 ». D'une part, cette date est fournie sans justification. D'autre part, les édifices construits autour de 1080 sont des édifices romans. Or cette église n'a rien de roman … mais beaucoup de préroman. Observons l'image 29. On y voit, à droite, une série de 4 arcades, et à gauche, seulement 2, mais les 2 autres doivent être cachées par la chaire. Les arcs sont en plein cintre et à un seul rouleau. Nous sommes donc en présence d'une nef à trois vaisseaux, à piliers rectangulaires de type R0000 et à arcs en plein cintre simples. Les piliers sont dépourvus d'imposte. L'ensemble constitue un schéma caractéristique. L'ensemble des vaisseaux devait être à l'origine charpenté. Et c'est probablement ce qui s'est passé ici. Le vaisseau central devait être charpenté. Il a été ultérieurement voûté. Pour réaliser ce voûtement, on a plaqué contre les murs des colonnes de marbre et posé sur leurs chapiteaux des arcs doubleaux, et sur ces arcs doubleaux, des voûtes d'arêtes. Ce voûtement a dû se faire durant les périodes renaissance ou baroque.

Datation envisagée pour la basilique San Sabino de Canosa di Puglia (dans son état primitif) : an 700 avec un écart de 200 ans.




La basilique Santa Sofia (images de 34 à 36)

Selon le site Internet intituléViaggiare in Puglia : « À un kilomètre de la ville de Canosa, sur la route qui mène à Barletta, vous pourrez admirer le site de plein air contenant plusieurs ruines de la basilique paléochrétienne de Santa Sofia et les catacombes, non visibles, car la structure rocheuse a une instabilité. Les catacombes, selon les pactes du Latran de 1929, appartiennent à l’État du Vatican. La zone romaine subdiale (la tombe au-dessus du sol) peut être datée de la seconde moitié du IIe siècle d.C. à la fin du IVe siècle-début du Ve siècle. »

La vue par satellite de l'image 34 permet d'identifier un édifice à nef unique prolongé par une abside semi-circulaire précédée d'un petit avant-chœur rectangulaire. Cette image devrait normalement surprendre les historiens de l'art car le plan qu'elle nous offre est celui de nombreuses églises toutes datées du XIIe, voire du XIe siècle, encore debout. Le paradoxe est le suivant : si l'église est en ruines, elle est du IVe siècle ; si elle est debout, elle est du XIIe siècle ; entre les deux, c'est-à-dire en 8 siècles, il ne s'est rien passé ! Comprenne qui pourra !

L'église contient une série de sarcophages correctement répartis et orientés vers l'Est. Ces sarcophages sont à plan rectangulaire. Il y a quelques années, tous les sarcophages à cuve rectangulaire étaient datés du IVe siècle. Il semblerait que l'on commence à accepter des datations du Ve ou VIe siècle. En tout cas, l'église est antérieure à ces sarcophages.

Le couvercle du sarcophage de l'image 36 ne correspond pas à la cuve. Ce couvercle est dit « à acrotères ». Il imite un toit de temple.

Datation envisagée pour la basilique Santa Sofia de Canosa di Puglia : an 500 avec un écart de 150 ans.


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