L’église ruinée de Sabadel près de Villeneuve d’Aveyron 

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Nous n’avons pas visité l’église ruinée de Sabadel et nous ne pouvons la commenter comme nous l’avons fait pour les autres églises. Néanmoins, le texte et les photographies ci-joints communiqués par Mme Thérèse Albert-Rébé permettent de vérifier que cet édifice est analogue à ceux de Toulongergues et Saint-Loup. Le texte permet par ailleurs d'apprécier l’effort des jeunes bénévoles attachés à la restauration de cet édifice.


« Sabadel : la vie de château à Maleville : Sur une colline de Maleville, les jeunes de REMPART, venus de divers pays du monde, relèvent l’église millénaire de Sabadel pour construire un monde meilleur.

Malgré le mépris des hommes et les outrages du temps, les vestiges l’église de Saint-Jean de Sabadel, isolée sur une butte, aux confins du Causse et du Ségala, gardent la majesté d’un sanctuaire archaïque et inspirent une émotion profonde. Les Amis de Maleville, passionnés d’archéologie et du patrimoine de leur commune, ont décidé de relever un double défi : l’arracher à la ruine totale et décrypter son histoire. Depuis 2002, l’été, au rythme des marteaux et des burins, au son des voix joyeuses qui mêlent des accents divers, le site de Sabadel s’anime. Des jeunes venus du monde entier s’y retrouvent pour apprendre la taille de la pierre, la maçonnerie et l’art du vivre ensemble.

Au milieu des ronces, une ruine mystérieuse

Quelques jours avant Noël, en décembre 1993, quelques adhérents de « Paroles Vives », association culturelle de Villefranche de Rouergue, se mettent en route vers les ruines de l’église de Sabadel sur l’invitation de Françoise (Mme Bessou, aujourd’hui secrétaire des Amis de Maleville). Pierre Bouscayrol, archéologue et radiesthésiste, Jeanne Lafon, que les Villefranchois n’ont pas oubliée, participaient à cette marche.

« Sabadel », conte de Noël, (T. Albert-Rébé in « la Théière Bleue », éd. Deep Forest et in « Les maisons de Célina », éd. le Bon Albert) s’inspire de cette randonnée hivernale :

« C'est un vrai sentier de chèvres. Il fait très doux. La lumière semble s'être réfugiée en haut de la colline, sur Sabadel qui reste invisible, justement….

Les pieds doivent maintenant deviner les pierres. Parfois, un caillou glisse interminablement le long de la pente, dans un bruit de fêlure assourdi par la neige. Les haies sauvages griffent au passage, ralentissent les marcheurs, obligent chacun à une station prolongée pour se libérer de leur emprise. Leur groupe s'étage à mi-pente, divisé par les ronces qui les hèlent. Le site de Sabadel est donc à ce point en friche ? A moins qu'il ne soit protégé par la luxuriance da cette végétation sauvage ? Soudain, Françoise s'arrête et, derrière elle, ses compagnons s'attroupent : « Sabadel, c’est ici! ».

Un arc gothique surgit au-dessus des chênes-nains. Sa pierre claire a l'éclat pur du métal entre ciel et neige, Il faut avancer dans les gravats accumulés sous la neige d'où émergent des arbres nains. La ruine s'inscrit entre leurs troncs boursouflés et tors, sous les bouquets vifs des houx. »


Cette découverte au parfum de légende d’une église aux murs béants, perchée et solitaire, enfouie sous les ronces, reste inoubliable pour tous ceux qui l’ont vécue. Dans la Dépêche, quelques semaines après, un article attire l’attention sur cette église, lui donnant une large visibilité.

L’aventure de la restauration d’un monument naît toujours de l’émotion profonde que suscitent ses vestiges, éveillant le désir de le retrouver dans sa splendeur première. Bien sûr, il faut ensuite qu’une volonté passionnée transforme en réalisation cette émotion. L’association des Amis de Maleville, fondée le 13 décembre 1994, aura cette volonté et trouvera les moyens pour la mettre en œuvre. Dès 2002, elle consacre en priorité son action à la sécurisation et à la restauration de cette église abandonnée dont les anciens de la commune gardent la mémoire. Les liens tissés avec l’association du Bastidou de Peyrusse le Roc, affiliée à REMPART (Union de 170 associations de sauvegarde du patrimoine et Reconnue d’utilité publique), notamment avec Gérard et Chantal Serres, se concrétisent dès lors par des chantiers annuels de sauvegarde du patrimoine, guidés par le service départemental de l’architecture, avec le soutien financier du Conseil Départemental de l’Aveyron, du Conseil Régional, du Ministère de la Culture, de Crédit Agricole.



Une église préromane de style Rouergat

Dès septembre 2003, l’église Saint-Jean de Sabadel est enfin accessible et ses murs dégagés de leur gangue végétale apparaissent, permettant de reconstituer le plan originel et de comprendre l’évolution du bâtiment au cours des siècles. Avant toute recherche archéologique, la SRA (service archéologique régional) a imposé une sécurisation préalable : colmater les fissures des murs, stabiliser les arases, dégager le pierrier issu de l’effondrement des toitures. Une fois ces précautions prises et le matériel déblayé classé, vient le temps de l’analyse de ce qui subsiste.

La hauteur des murs sans contrefort impressionne. On identifie deux parties accolées. A l’est, un chœur carré (4,20 m de côté) constitué de moellons calcaires soigneusement taillés à la manière antique. A l’ouest, la nef (9,60 m su 4,50 m) est faite de pierres mal équarries, assemblées sans souci d’esthétique. Sur le mur sud, on retrouve une rupture qui laisse apparaître un angle arrondi, cité dans un document d’archives : on a bâti à partir « de là où le mur est rond ».

A l’intérieur, deux hautes arcatures aveugles jumelées en plein cintre. Aucune trace de voûtement. La nef était simplement charpentée. Entre la nef et le chœur, les reliefs des arrachements attestent de la présence d’un arc triomphal détruit.

La chapelle gothique s’ouvre sur le mur nord, et sa baie à arc ogival est aménagée sans respect de symétrie dans une arcature aveugle. On peut la dater du XVe siècle.

Pour le Dr Laurière, président de la Société Archéologique de Villefranche de Rouergue, spécialiste des églises à chevet plat et à angles arrondis, l’église Saint-Jean de Sabadel ressemble comme une sœur à l’église de Toulongergues, sur le causse de Villeneuve. On peut l’identifier comme une église préromane du Xe siècle de style Rouergat. Cependant, la taille des moellons du chœur laisse supposer qu’on a réutilisé au XI ou XIIe siècle les vestiges d’un édifice antérieur : temple gallo-romain ou tour de guet ?

Au flanc Est du chœur, on retrouve les vestiges du presbytère, construit après 1740, puis ceux de la sacristie, accolée à la chapelle latérale. Le clocher pignon, visible sur les gravures de 1920, a disparu. Mais les murs écrêtés du chœur, de la nef et de la chapelle gothique matérialisent l’espace du sanctuaire Saint-Jean de Sabadel.

Il est établi qu’en 471, la borderie de Sabadel, était un domaine wisigoth. Les bases de colonnes réemployées dans les murs de l’église et la découverte de tombes bordées de pierres plates, lors de la construction du presbytère, indiquent l’existence d’une nécropole du VI ou VIIe siècle. Une source, aujourd’hui captée, coulait en pleine pente, au nord de l’église. Tous ces éléments rapprochent indubitablement l’église Saint-Jean de Sabadel de l’église Saint-Pierre et Saint-Paul de Toulongergues et d’autres, construites au pied de la faille qui sépare le Causse du Ségala. Ces édifices témoignent d’une même influence wisigothique et sont construits à la fin du premier millénaire.

Le cartulaire de Conques, établi entre 996 et 1004, mentionne Saint-Jean de Sabadel et contribue à établir qu’elle est donc une des plus anciens monuments du Rouergue.



Une paroisse rurale abandonnée

Sabadel est un hameau qui compte encore 5 maisons en 1789. Mais la majorité des paroissiens affluent des hameaux (une quarantaine de lieux dits ou villages) parfois lointains de plusieurs kilomètres, à travers le Causse ou le Ségala. Parmi les événements notables de la vie paroissiale, l’installation d’une cloche en 1643. Après les épidémies de peste, le culte de saint Roch est pratiqué dans la chapelle gothique. Mais la petite église rurale reste pauvre et son entretien est négligé. L’évêque de Rodez souhaite le rattachement de cette paroisse à celle de Maleville, dotée d’une église plus grande, située dans un bourg en développement et desservi par une route En 1739, les 700 paroissiens de Sabadel protestent et obtiennent, certes, des travaux pour leur église et la construction d’un presbytère mais le desservant sera vicaire de Maleville. Le presbytère et ses dépendances sont vendus en 1792 comme biens nationaux. L’église, rendue au culte, a perdu son rayonnement et sera finalement désaffectée en 1908. En 1937, l’évêque de Rodez autorise les habitants à utiliser les pierres de l’église de Sabadel comme matériau de construction à la condition d’ériger une croix pour en garder le souvenir. Cette croix ne fut jamais érigée.


Sabadel en chantiers

Vendredi 19 août 2016, on a fêté à Sabadel, en présence d'élus locaux et d’invités passionnés d’architecture et d’archéologie, la fin du chantier d’été qui a rassemblé du 06 au 22 août une dizaine de jeunes bénévoles de 18 à 26 ans, venus du Maroc, d’Israël, d’Allemagne et de France, encadrés par Roger Fabry et Dominique Renou, de l’association du Bastidou, tailleurs de pierre professionnels dont on apprécie la compétence et la pédagogie. Cet été, le sculpteur Rémi Teulier dont les œuvres magistrales sont actuellement exposées à la galerie Annotiau, place du Bourg, à Rodez, prêtait son précieux concours. Les jeunes apprentis tailleurs de pierre avaient pour objectif de remettre en état la porte côté interne avec le rebâti de l'arcature aveugle et de remonter une partie du mur du chœur de deux rangées de moellons taillés. L’autre objectif du stage est de faire travailler ensemble des jeunes d’origines diverses pour lier des liens de solidarité autour du travail commun. Roland Séguret, directeur du chantier, pouvait se réjouir : le travail a été bien fait et le groupe a bien fonctionné : «La plus belle chose, c'est de voir ici cette jeunesse si souvent critiquée, qui paye pour se déplacer et participer bénévolement à ces chantiers».

Lors de chantiers précédents, on a consolidé les arases, rebâti des rangs de mur du chœur, remonté les chaines d’angles de la chapelle gothique, réalisé une fenêtre lancéolée, replacé le chœur de plus d’une tonne dans la chapelle gothique, taillé la face avant de la porte… . Certes l’église de Sabadel reste une ruine, mais une belle ruine admirée, protégée, étudiée.


Les études entreprises par les archéologues et historiens locaux sont sans cesse enrichies par la moindre découverte d’indices sur les lieux et la curiosité sans cesse éveillée par des détails révélateurs. Le n° 104 de Sauvegarde du Rouergue, consacré à Sabadel, donne un aperçu de ce travail de recherche. Mais une limite leur est imposée : les fouilles archéologiques sont réservées aux autorités archéologiques compétentes dont on souhaite vivement l’intervention.

L’église de Sabadel est devenue un haut lieu où les savoir-faire ancestraux se transmettent à des jeunes venus du monde entier, un lieu où les questionnements se confrontent pour retrouver la trace d’une très longue histoire, cerner peu à peu une très ancienne culture qui fut le terreau de notre identité locale. Il est beau que cette découverte se fasse dans l‘ouverture et le partage.


Contacts :

- les Amis de Maleville : président Max Lhoyez – Lescalairie- 12350 Maleville 05 65 29 34 18

- le Bastidou : Chantal Savignac- Serres : Ecole Basse Le Bourg, 12220 Peyrusse le Roc : 05 65 80 45 00

- Société d’archéologie de Villefranche de Rouergue : président Raymond Laurière- 28, rue du Sénéchal 12200 Villefranche »


Texte de Thérèse Albert-Rébé



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