Les remparts de Carcassonne  

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De quand date la Cité de Carcassonne classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco ? Le nom de Carcassonne apparaît pour la première fois dans deux documents : l’Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem (sous le nom castellum Carcassone) et la Table de Peutinger (sous le nom castellum Carcassione) Par contre il n’est pas cité dans le Catalogue des Provinces Romaines alors que Lodève (castellum Luteva) ou Uzès (castellum Ucciense) le sont.

Ces trois documents dateraient tous trois de la fin du IVesiècle. On ne peut en déduire une datation de la fondation de Carcassonne. Le château de Carcassonne existait sans doute déjà au moment de la rédaction du Catalogue des Provinces Romaines, mais il devait être de moindre importance que les châteaux de Lodève ou d’Uzès. Et si l’Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem ou la Table de Peutinger en parlent, c’est parce que ces documents sont des sortes de plans de voyage qui mentionnent tous les gîtes d’étapes.


Les images ci-dessus montrent les parties les plus anciennes des remparts de Carcassonne. Ces fortifications sont dites du « Bas Empire ». Le Bas Empire correspond à la période : IIIe- IVesiècle. Il arrive aussi qu’on parle de « murailles du IVesiècle » pour parler de ce type de fortifications qui sont en général formées de bandes horizontales de moellons en alternance avec des rangs de briques. 

Comment est-on arrivé à dater ces ouvrages du IVesiècle ? Alors qu’il n’existe semble-t-il aucun document antique permettant d’assurer cette datation. Certes, Ammien Marcellin, officier romain qui vivait dans la deuxième moitié du IVesiècle, décrit les sièges de villes puissamment défendues. Mais ces villes sont situées en Asie Mineure. Et rien ne prouve que les murailles de ces villes n’avaient pas été édifiées plusieurs siècles auparavant.

Plutôt que d’envisager une datation effectuée d’une manière objective il vaudrait mieux considérer qu’elle a dû se faire subjectivement à partir de l’idée suivante : les grandes invasions barbares se sont déclenchées vers la fin du IVesiècle. Les villes romaines sentant venir le danger de ces invasions se seraient fortifiées. En conséquence les fortifications de ces villes dateraient du IVesiècle.

La datation serait donc la conséquence d’une telle analyse. Une analyse probablement très simpliste. Beaucoup trop simpliste. Si les romains avaient tellement peur des barbares situés aux frontières de l’Empire, pourquoi ont-ils construit des fortifications à Carcassonne ville située à un millier de kilomètres de ces frontières ?

La vérité est sans doute beaucoup plus complexe. Très probablement les premières fortifications de Carcassonne ont été édifiées bien avant le IVesiècle. Il resterait de ces fortifications les bases quadrangulaires des tours demi-circulaires (images 9, 10, 11 et 12).

Ces fortifications auraient été construites pour se protéger, non pas d’un ennemi situé à des milliers de kilomètres, de là mais d’un ennemi beaucoup plus proche. Il faut en effet admettre que l’Empire Romain n’était pas aussi unifié qu’on veut le croire. Et un territoire comme la Narbonnaise avec ses villes riches comme Narbonne, Béziers, Agde, Nimes, devait susciter bien des convoitises. C’est sans doute à cause de cela que des châteaux avaient été installés au voisinage de ses frontières, à Carcassonne, Lodève, Uzès. Ces fortifications ont dû être érigées dès le IIesiècle lorsque les bases principales des légions romaines situées au sud de la France et qui avaient bien rempli leur rôle pour les conquêtes de la Bretagne et de la Germanie ont été abandonnées au profit d’autres bases plus proches de nouvelles zones de conquêtes en Afrique du Nord ou en Asie Mineure.