L’ancienne cathédrale Saint-Pierre-d’Aleth à Saint-Malo (ruines)  

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Cet édifice n’a pas été visité. Les images qui suivent, copies d’écran Internet, servent à expliquer et à justifier des datations. Ces images ne peuvent remplacer une visite in situ.


On a de la difficulté à s’imaginer que la ville de Saint-Malo, autrefois ville corsaire, donc ville guerrière, indépendante de la France et de la Bretagne, ait pu être le siège d’un évêché. Pourtant, les faits sont bien là. Il y avait bien un évêque à Saint Malo. Plus exactement à Aleth, qui est actuellement un faubourg de Saint-Malo.

De sa cathédrale dédiée à Saint Pierre, il ne reste que des ruines (image 1). Les images aériennes 2 et 3 permettent de mieux localiser cet édifice et d’en dessiner le plan.

C’est le plan d’une église à nef à trois vaisseaux et deux absides opposées. Ne sachant quelle était l’orientation de cette église, nous l’avons recherchée sur Internet. Sur l'image 3, l’Est est à droite et l’Ouest à gauche.


Ce n’est pas la première fois que nous rencontrons des nefs dotées de deux absides opposées. Elles sont relativement fréquentes en Allemagne, mais il en existe aussi en France à Verdun, Besançon et Nevers (la plus méridionale de toutes). Jusqu’à présent, nous pensions que ce pouvaient être des créations « carolingiennes » : le souverain voulait manifester sa puissance terrestre, de droit divin, en plaçant à l’opposé de l’abside Est, réservée à Dieu, puissance céleste, une autre abside réservée au roi, puissance terrestre accordée par Dieu.

Nous sommes à présent moins catégoriques. Certes, des souverains carolingiens ont pu fournir une aide substantielle à la construction de tels édifices. Mais nous ne sommes pas certains qu’ils aient créé le modèle qui existait peut-être avant eux. Et peut-être pour d’autres raisons que celles indiquées plus haut.

Toujours est-il que ce plan perturbe un peu notre analyse concernant l’évolution des chevets occidentaux (nous allons prochainement rédiger un article concernant cette évolution). Cette évolution suivrait selon nous le processus suivant : une petite abside éventuellement logée dans l’épaisseur du mur Est, puis trois absides (une abside et deux absidioles) situées dans le prolongement des vaisseaux de la nef. La construction d’un transept débordant permet de fixer les absidioles sur les bras de ce transept. Par ailleurs, on peut agrandir l’abside principale. Plus tard, on fera un chevet à déambulatoire et plus tard ecnore, on y greffera des chapelles rayonnantes.

Mais en quoi cette analyse de l’évolution des chevets peut-elle être troublée par l’existence de cette nef flanquée de deux absides opposées ? Tout simplement parce qu’on n’y voit pas les absidioles. Or celles-ci devraient être en prolongement des collatéraux. Est-il possible que cette église doive être rangée entre la première étape (petite abside) et la deuxième étape (absides dans le prolongement des nefs) ? Auquel cas nous serions obligés d’envisager une haute datation.


Dernière observation : nous constatons que la base des piliers de la nef a une section rectangulaire (piliers de type R0000). Cette nef devait être charpentée (et non voûtée). Nous pensons qu’il devait en être de même pour l’abside ; ses murs verticaux droits ne portent pas de naissance d’un cul-de-four (image 5). Sur les images 6, 7, 8 et 9, on découvre des piliers presque intacts. Ces piliers devaient appartenir à la nef. Il semblerait qu’ils portent des impostes à chanfrein vers l’intrados.

Datation envisagée pour la cathédrale Saint-Pierre d’Aleth : an 750 avec un écart de 150 ans.