Introduction à l’étude des monuments bretons antérieurs à l’an mille
•
France •
Bretagne
•
Article
suivant
-
Autant
qu’on
puisse
en
juger,
la
Bretagne
est
une
région
pauvre
en
ce
qui
concerne
les
monuments
antiques
(hormis ceux de la période mégalithique). Il n’existe semble-t-il aucun monument romain (remarque : l’observation nous a été faite qu’il existait des traces de monuments romains. Cela est vrai : nous aurions du préciser « encore debout ». Il existe bien en effet des traces d’une présence romaine, mais, d’une part, l’ensemble de ces restes ne peut être comparé à la multiplicité et la grandeur des monuments du Midi languedocien ou de la Vallée du Rhône. D’autre part la Bretagne n’est pas un cas unique en France ; d’autres régions sont aussi dépourvues totalement ou presque de monuments romains. Enfin, le cas du Temple de Mars à Corseul nous ayant été aussi signalé, on peut s’interroger sur le caractère vraiment romain de ces monuments. Dans le cas de Corseul ne serait-ce pas plutôt un temple celtique ou armoricain apparenté à d’autres temples situés à Autun ou Périgueux ?). Et rares sont les monuments dits « romans ».
La première vient du fait que la Bretagne était elle-même un pays pauvre. Le sol acide était néfaste aux cultures et la forte humidité ne permettait pas la conservation des récoltes. Les ressources minières étaient aussi très faibles.
Par ailleurs, ce pays était situé en dehors des voies de communication. En conséquence les romains ont négligé de venir l’occuper en permanence.
La Bretagne a aussi joué de malchance sur un autre point. Il existe très peu de documents historiques la concernant (on consacrera une autre page de ce site à l’Histoire de la Bretagne).
Malgré ces carences on peut imaginer quelles étaient les villes principales de Bretagne vers le milieu du Premier Millénaire. Il y avait, à l’Est, Nantes, Rennes, le Mont-Dol, Corseul, Alet (Saint Malo). Peut-être aussi Redon. Au Sud, on trouvait Vannes. Au centre, il y avait Carhaix, ville ayant sans doute été fondée avant la conquête romaine. A l’Ouest, Brest n’existait sans doute pas en tant que ville. Par contre, il devait déjà y avoir Quimper et Saint-Pol-de-Léon. Chacune d’elles a été le siège d’un évêché : la Cornouaille, pour la première, le Léon, pour la seconde. Par ailleurs, le mot même de Léon viendrait de « legio », qui fait envisager que la ville de Léon, appelée plus tard « Saint-Paul-de-Léon », ait été le siège d’une légion romaine. On fait la même observation en Espagne pour la ville et la province de Léon. Ajoutons que pour cette ville espagnole de Léon, il est bien prouvé qu’elle a été le siège de la VIIe légion romaine. Enfin, au nord de la Bretagne, la ville de Tréguier a aussi été le siège d’un évêché au Moyen-âge.En conséquence, la Bretagne ne devait pas être totalement exempte de monuments urbains, et, en particulier, pour cette période du Haut Moyen-âge, d’églises. Et on retrouve des restes de certaines d’entre elles : Locmaria à Quimper, Saint-Melaine à Rennes. Et d’autres encore que nous étudierons en détail. sur d’autres pages à venir. Existe-t-il d’autres témoins du passé de la Bretagne pouvant être attribués au premier millénaire ?
Les Croix de Rome
Par
contre
certaines
croix
de
carrefour
ont
une
telle
originalité
qu’elles
font
envisager
une
haute
datation.
Elles
sont
certainement
moins
spectaculaires
et
moins
travaillées
que
les
fameuses
croix
irlandaises
mais
pourraient
être
plus
anciennes.
Certaines
d’entre
elles
jalonnent
des
routes
ou
des
chemins
quasi
rectilignes
qui
font
penser
à
d’anciennes
voies
romaines.
Il
en
est
ainsi
de
la
voie
allant
de
Saint-Pol-de-Léon
à
Ploudalmézeau
en
passant
par
Plouzévédé,
Lanhouarneau,
Ploudaniel,
Plabennec,
Coat-Meat
et
Plouguin.
Le
nom
de
« Croix
de
Rome »
qui
a
été
donné
à
ces
croix
est
seulement
indicatif
car
le
qualificatif
« de
Rome »
a
pu
être
attribué
durant
le
bas
Moyen-âge
à
des
chemins
de
pèlerinage.
Et
de
là
aux
croix
jalonnant
ces
chemins.
Néanmoins,
dans
ce
cas,
on
peut
se
demander
quel
est
le
pèlerinage
obligeant
les
pèlerins
à
se
déplacer
d’Est
en
Ouest,
entre
Saint-Pol-de-Léon
et
Ploudalmézeau.
Plus
probant
est
le
fait
que
certaines
de
ces
croix
sont
pattées
(à
branches
évasées).
La
croix
a
été
représentée
sous
sa
forme
dite
« pattée »
dans
les
premiers
temps
de
l’ère
chrétienne.
On
la
trouve
en
de
multiples
endroits
du
pourtour
méditerranéen.
Aussi
bien,
comme
on
le
voit
sur
les
images
ci-dessous,
en
Égypte,
à
Louksor,
qu’au
Sud
de
la
France,
à
Colombiers
dans
l’Hérault.
Ce
type
de
croix
semble
être
plus
répandu
dans
l’espace
dit
« wisigothique »
et
sa
datation
serait
comprise
entre
le
Ve
et
le
VIIIe
siècle.
Et
il
semble
légitime
d’envisager
une
datation
analogue
pour
les
croix
bretonnes.
Les
édifices
non
encore
répertoriés
Il faut comprendre que la prise de conscience de la richesse du patrimoine du Moyen-âge est relativement récente. Cela tient en grande partie au fait que nous avons de grosses difficultés à le connaître et à le comprendre. Ceci est vrai pour chacun d’entre nous. Mais peut-être plus particulièrement pour les bretons. Ceux-ci ont été tellement imprégnés de l’idée qu’ils n’avaient pas de passé, ou du moins, qu’ils avaient un passé de primitifs et d’incultes, qu’ils ont fini par le croire. En conséquence, ils ne peuvent s’imaginer qu’il puisse exister tout près de chez eux des monuments antiques autre que des menhirs. (Cette remarque n’est d’ailleurs pas spécifique aux bretons).
Or on vient de voir qu’il pouvait exister des voies antiques. Donc des agglomérations antiques (villes ? villages ? hameaux ?). Et dans ces agglomérations des lieux de culte. Il serait étonnant qu’il ne subsiste rien de ces lieux de culte.
Certes, des gens très qualifiés visitent les églises et répertorient leurs richesses. Mais ne peut-il leur arriver de passer à coté de quelque chose d’important ? Surtout en ce qui concerne l’architecture romane sur laquelle beaucoup de questions n’ont pas encore été résolues ?
Les
deux
images
8
et
9
ci-dessous
montrent
la
« découverte
fortuite »
(en
fait,
cette
« découverte »
a
été
faite
sans
doute
par
beaucoup
d’autres
avant
nous)
d’éléments
anciens
dans
des
églises
apparemment
plus
récentes.
Pour
la
première,
Plovan
(image
8),
il
s’agit
d’une
travée
romane
située
à
l’avant
de
travées
plus
récentes.
À
première
vue
(cette
unique
photo
est
la
seule
référence),
les
piliers
de
cette
travée
pourraient
dater
du
XIe
ou
XIIe
siècle.
Ils
seraient
donc
de
peu
postérieurs
aux
constructions
que
nous
comptons
étudier.
Mais
qui
nous
dit
qu’il
n’existe
pas
ailleurs,
dans
d’autres
églises,
des
restes
plus
anciens ?
Image 8 : Intérieur de l’église de Plovan (Finistère). Cette photo a été prise un peu au hasard sans réflexion précise, uniquement pour la beauté de l’édifice dont la charpente, œuvre sans doute récente, est doucement illuminée. Après un examen détaillé, il apparaît que les piliers de la travée la plus proche sont apparemment romans.
Image 9 : Église de Beuzec (Finistère). Il s’agit de l’église de Beuzec (Finistère) qui n’a pu être visitée intérieurement : une classique église bretonne apparemment sans intérêt. Pourtant, si on examine la façade occidentale, on réalise que cette façade a été probablement détruite avec la travée qui la précédait.
Les restaurateurs ont obturé par un mur l’ouverture béante sans essayer de reconstruire une façade. Et ils ont laissé apparents les piliers et arcades des nefs. On réalise qu’il s’agit d’une église à 3 nefs avec des collatéraux pourvus d’arcades en plein cintre.
Une étude plus approfondie est nécessaire, car certains éléments permettent de penser qu’elle pourrait être plus ancienne que l’église de Plovan.
Très certainement, une visite systématique de toutes les églises permettrait-elle de faire d’autres « découvertes » d’éléments architecturaux du Moyen-Âge, et, en particulier, de ceux antérieurs à l’an mille.
Addendum (juin 2019)
La remise en chantier du chapitre des monuments de Bretagne que nous effectuons actuellement (juin, juillet 2019) est l’occasion pour nous d’effectuer un petit bilan de l’activité de notre site et de son impact plus particulièrement en ce qui concerne les monuments de Bretagne susceptibles de dater du premier millénaire
Notre site a été mis en ligne en février 2016 et dès cette date, l’étude des monuments de Bretagne avait été commencée : 5 ou 6 pages créées. Par la suite, d’autres pages ont été ajoutées et d’autres encore sont à l’heure actuelle en cours d’élaboration.
Après un réexamen des pages déjà faites, nous ne les remettons pas en question. Comme nous l’avons affirmé dès ce moment-là, le nombre de monuments de Bretagne antérieurs à l’an mille est nettement plus important que celui envisagé précédemment et ce nombre devrait augmenter au fur et à mesure que les recherches seront affinées. Sur cette page d’introduction, nous affirmions que les croix pattées pouvaient être préromanes. Mais notre évaluation portait sur quelques exemplaires. De fait, sans que nous le sachions, plus d’une centaine avaient déjà été identifiées du Haut Moyen-Âge, rien que dans le Finistère. Cependant, il faut observer que le même type de croix est estimé du Haut Moyen-Âge dans le Finistère et du Bas Moyen-Âge dans les Côtes d’Armor.
Notre recherche s’est révélée fructueuse et nous pensons qu’elle le sera encore dans les mois ou années qui viennent. Il est néanmoins un point sur lequel nous enregistrons un échec. Lorsque nous avons conçu ce site, nous voulions en faire à la fois un site de recherche et de dialogue. Mais le dialogue a très peu fonctionné. Et nous avons encore de la difficulté à évaluer quel a été l’impact de nos recherches.
Nous pensons cependant que notre site a eu une certaine efficacité. En témoigne, selon nous, ce paragraphe extrait du site : « La liste des édifices romans en Bretagne » recense les édifices romans civils et religieux en Région Bretagne, subsistant totalement ou partiellement. Seuls les édifices présentant encore des parties de l'époque romane visibles et clairement identifiées sont pris en compte (les dates sont celles majoritairement indiquées dans les descriptions des édifices, les dates d'édifications faisant débat sur la période). ». Ainsi que notre analyse du recensement effectué : sur 88 édifices estimés romans, 6 sont estimés du Xe siècle, 36 du XIe siècle, et 46 du XIIe siècle (remarque : lorsque l’évaluation était faite sur deux siècles - exemple : du Xe ou XIe siècle - nous avons systématiquement privilégié la datation la plus basse).
Cette liste peut paraître totalement anodine. Elle ne l’est pas. Il y a plus de trois ans, elle aurait paru hérétique : qu’un édifice puisse être antérieur à l’an mille était impensable. Alors 6 !
Le texte ci-dessus est aussi révélateur d’une attitude nouvelle : la révélation de débats sur des dates d’édification. Jusqu’à présent,, tout semblait clair : les églises dites romanes dataient du XIe ou du XIIe siècle. Et, à de rares exceptions près - édifices en ruines - il ne pouvait pas y avoir d’église antérieure à l’an mille. Tous les historiens de l’art semblaient d’accord avec ce point de vue devenu certitude. Notre site, et sans doute aussi des positions de chercheurs dont nous n’avons pas eu connaissance, ont remis en question ce point de vue. Si les certitudes des historiens de l’art étaient étayées, ils n’auraient aucune difficulté à apporter des preuves.
La phrase, « les dates sont celles majoritairement indiquées dans les descriptions des édifices, les dates d'édifications faisant débat sur la période. » nous a conduit à la réflexion suivante : lorsqu’il y a litige entre deux positions fondamentalement différentes, pour savoir quelle est la bonne, il suffit de chercher celle qui est majoritaire, c’est-à-dire celle exprimée par le plus grand nombre de personnes. C’est du moins ce que semble exprimer la phrase précédente.
Nous avons aussitôt pensé à un proverbe chinois : « Le conseiller d’un prince lui dit ceci : imagine que, sur une question importante, tu demandes leur avis à deux conseillers. Que l’un te donne un conseil, et l’autre, le conseil contraire. Tu ne peux pas savoir qui a raison et qui a tort. Puis le conseiller recommence : imagine maintenant que, sur une question importante, tu demandes leur avis à trois conseillers. Deux te donnent un conseil, et le troisième, le conseil contraire. Tu ne peux pas savoir qui a raison et qui a tort. Et, de nouveau : cette fois-ci, tu demandes leur avis à quatre conseillers. Trois te donnent un conseil, et le quatrième, le conseil contraire. Tu ne peux pas savoir qui a raison et qui a tort. Et le conseiller continue encore et encore. Puis : imagine enfin que, sur une question importante, tu demandes leur avis à cent-un conseillers. Cent te donnent un conseil, et un seul, le conseil contraire... Eh bien, c’est ce dernier qui a raison. »
Mais les arcanes de la pensée chinoise peuvent paraître trop complexes. Essayons plutôt le raisonnement du simple berger voulant mener son troupeau aux alpages. À qui doit–il faire confiance ? Aux cent moutons, bêlant toute la même mélodie, copiant en cela le mouton qui a émis la première vocalise sans trop savoir pourquoi il le faisait? Ou à son chien qui tourne autour du troupeau et ramène les brebis égarées ? On l’aura compris : une opinion communément admise n’est pas forcément une vérité établie. C’est d’ailleurs ainsi que la science progresse : par la remise en question de certitudes établies.