L’abbatiale Saint-Ménélée de Menat 

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La page du site Internet Wikipedia qui traite de cette église nous apprend ceci : « Le bourg était autrefois le siège d'une abbaye. L'église conserve encore les dispositions primitives de toute la nef et des bas-côtés qui doivent appartenir au commencement du XII e siècle. Une charpente apparente remplace, sur la nef, la voûte en berceau avec doubleaux qui existait à l'origine. L'église primitive, dont une partie a été détruite au XIX e siècle suite à une reconstruction, se composait d'un chœur avec déambulatoire et trois chapelles rayonnantes, d'un transept et d'une nef avec bas-côtés. Les anciens plans indiquent une tour au Sud-Ouest de la chapelle absidiale, très élevée et crênelée. Un porche carré fut érigé au XIV e siècle devant le portail Ouest, refait à la même époque. Attenant à l'église, les restes du cloître et l'ancien réfectoire de l'abbaye, bâtiments remontant au XIV e siècle. La salle du réfectoire est couverte de voûtes présentant une décoration peinte.

L'abbaye est fondée sous Clovis. Ruinée, elle est reconstruite et réformée à la fin du VII e siècle par Ménélée, venu d'Anjou pour fuir ses parents qui voulaient le marier. Rattachée plus tard à la puissante abbaye de Cluny, elle devient un des centres de réforme monastique en Auvergne. De nombreuses paroisses dépendent du monastère. Enrichi, le prieuré se dote d'une grande église à l'époque romane. Elle est par la suite fortifiée pour faire face aux bandes de routiers qui pillent et détruisent les campagnes.

L'abbaye tombe en commende en 1628. À la veille de la Révolution, elle est en pleine décadence et au bord de la ruine. En 1802, l'église abbatiale devient l'église paroissiale de Menat.

L'ensemble monastique comprend une abbatiale romane, un cloître et des bâtiments conventuels. Le monastère était fortifié, comme en témoigne encore la tourelle Ouest. Vendue à la Révolution, l'abbaye subit de nombreuses destructions. Le chevet fortifié est alors rasé et remplacé par une abside plus modeste et simple.

L'abbatiale conserve un magnifique clocher sculpté, un portail roman, un autre portail polylobé. Dans la nef, un chapiteau, utilisé comme fonts baptismaux, représente la légende de Ménélée, le saint patron du monastère.
»


Nous sommes à présent habitués par des informations du style « Les dispositions primitives de toute la nef et des bas-côtés qui doivent appartenir au commencement du XIIesiècle ... », comme indiqué ci-dessus. Nous savons à présent comment est réalisée une telle estimation. Elle découle d’un raisonnement simple : toute église antérieure à l’an 1200 est du XIIesiècle. Si, dans cette église, des éléments paraissent archaïques, elle date du début du XIIesiècle. Si, au contraire, certaines parties semblent plus récentes, elles sont de la fin du XIIesiècle.


Lorsque nous avons visité cette église en septembre 2015, nous n’avions pas l’information selon laquelle cette église avait été fortement restaurée au XIXesiècle. Nous avons estimé intéressante la décoration du fronton qui supporte le clocher (images 3, et 4). Intéressante mais inusitée. Pourtant les chapiteaux semblent anciens
(image 4). Cependant, les linteaux placés au-dessus des chapiteaux ne sont pas monolithes, mais découpés. Comme s’il s’agissait d’arcs en plein cintre, nous ne savons pas comment on désigne ce type de « dessus de fenêtre » mais nous estimons que sa création débute au XVIIesiècle avec des claveaux faux joints fortement apparents. Ce n’est qu’au XIXesiècle que les joints entre claveaux sont atténués. Il faut alors une observation fine pour remarquer que ce que l’on voit n’est pas un linteau monolithe. C’est ce qui se passe au niveau de l'image 4. Ce que l’on croyait être une originalité romane n’est autre qu’une construction du XIXesiècle.


Extérieurement, la seule partie qui apparaît ancienne, antérieure à l’an mille, est une porte murée située sur la façade Nord (image 8). Cette porte est surmontée d’un linteau en bâtière (image 9). Datation estimée : an 850 avec un écart de 150 ans.

Les images 10, 11 et 12 sont celles de fonts baptismaux qui ont été taillés dans un chapiteau qui représenterait la légende de Saint-Ménélée. Ce chapiteau, taillé sur les 4 faces, provient sans doute du chœur à déambulatoire.


Lorsque nous avons visité cette église, nous espérions y découvrir des traces importantes d’ancienneté. Le monastère de Menat est cité par Grégoire de Tours, qui vivait à la fin du VIesiècle. Nous avons découvert une nef charpentée (en fait il existe une voûte mais elle est en bois), ce qui est pour nous signe d’ancienneté.

Nous ne sommes pas certains que le vaisseau central de la nef ainsi que les collatéraux aient été voûtés à l’origine. Peut-être ont-ils été voûtés plus tard mais ce voûtement n’aurait pas tenu. Il nous semble que si ces vaisseaux avaient été voûtés dès l’origine, on en verrait les restes.

La nef (images 13, 14, 15 et 16) présente les caractéristiques suivantes : les piliers sont rectangulaires de type R1111, les arcs reliant les piliers sont doubles.

Nous envisageons l’hypothèse suivante : primitivement les piliers étaient de type R1010 (absence de demi-colonnes adossées aux piliers côtés Nord et Sud). Ce n’est que plus tard que ces demi-colonnes auraient été ajoutées aux piliers (qui seraient donc devenus de type R1111).

Le chapiteau de l'image 17 porte par l’intermédiaire d’un tailloir simplement épannelé un massif parallélépipédique, qui, à son tour, porte la charpente du toit. Ce massif a été sans doute rajouté lors d’une réfection du toit.


Les images suivantes de 17 à 36 constituent un échantillon non exhaustif des chapiteaux de l’église de Menat. À l’inverse de ceux de l'image 4, ceux-ci semblent authentiques. En tout cas, certains d’entre eux sont endommagés (image 18) .Un examen superficiel pourrait faire penser qu’ils sont tous à feuillages.

Mais sur celui de l'image 19, on voit un homme nu à genoux.

Sur ceux des images 21, 22, 31 et 35, sont représentés des lions dont la queue feuillue passe entre les pattes arrière. Bien que très répandue, la scène demeure énigmatique.

Des arbres de vie (pampres de vigne) apparaissent sur d’autres chapiteaux (images 17, 20 et 28).

On peut voir des entrelacs sur les images 24, 29 et 32, une sorte de gros lézard sur l'image 26, un lion sur les images 30 et 34.

Ces représentations ont un caractère nettement archaïque. Il est difficile d’imaginer qu‘elles puissent dater du même siècle que certains chapiteaux historiés que l’on trouve dans la région. Ne serait-ce que le chapiteau des fonts baptismaux (images 10, 11 et 12). Aussi, nous pensons que ces chapiteaux sont de beaucoup antérieurs au XIIesiècle suggéré en début de cette page. Notre estimation de datation de ces chapiteaux : an 900 avec un écart de plus de 100 ans.


Datation envisagée pour l’église Saint-Ménélée de Menat : an 900 avec un écart de plus de 100 ans.