Autres églises du Vaucluse susceptibles de dater du Ier millénaire (page 4/4) 

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Dans cette page, les cinq édifices étudiés sont les suivants : la cathédrale Notre-Dame de Nazareth d’Orange, l’église Saint-Eusèbe de Saignon, l’église paroissiale de Saint-Pantaléon, l’église Saint-Barthélémy de Vaugines, l’église Notre-Dame et le baptistère de Venasque.



La cathédrale Notre-Dame de Nazareth d’Orange et diverses sculptures

La ville d’Orange contient de nombreux restes antiques. On connaît en particulier son magnifique théâtre romain qui a conservé son mur de scène. Ce qu’on sait beaucoup moins, c’est que ce théâtre a été fortement restauré. Des gravures du XVIIIesiècle montrant son état avant restauration font apparaître un monument réduit de près du tiers par rapport au monument actuel : il n’y avait pas de gradin, certains des murs ont été surélevés, des marbres ont été rajoutés. Si bien qu’il est difficile de tirer des conclusions à partir de l’analyse de cet ouvrage : à tout moment, on peut prendre pour antique une restauration du XVIIIe siècle.

Nous rappelons par ailleurs que dès le début de la construction de ce site, nous avons écarté les monuments romains de notre étude. Nous pensions à ce moment là que les monuments romains avaient été très correctement étudiés et qu’il n’était pas question de remettre en question les études déjà faites. Même si, à présent, nous pensons différemment (à savoir qu’il faut remettre à plat la question de la datation des monuments romains), nous estimons avoir suffisamment de travail avec les monuments non romains pour ne pas nous engager dans une telle remise en question.

Le mur dit du « forum romain » (images 1 et 2). Voici ce qu’en dit un panneau explicatif : « Mur du forum romain : Au croisement des rues principales de la cité antique (axe Nord-Sud : rue Victor Hugo ; axe Ouest-Est : rue Saint Martin), se trouvait le forum qui s’étendait au Nord du nymphée, à l’emplacement du musée actuel. Le mur de 16m de haut sur 100 mètres de long paraît être une partie de l’enceinte qui entourait cette place, centre des affaires publiques et privées. Construit en petits moellons appareillés soigneusement, il est orné d’arcatures aveugles séparées par des pilastres à chapiteaux doriques. L’un des arceaux fut percé postérieurement pour permettre le passage de la rue Pontillac… ». Contrairement à ce qu’on pourrait penser, une telle description pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses : les arcatures aveugles constituent-elles seulement un décor ou ont-elles une fonction architectonique? Pourquoi mettre un mur d’enceinte à un forum ? Quelle est la structure intérieure du mur ? Et la plus importante d’entre elles : de quand date ce mur ?

On peut voir à l’intérieur du musée d’Orange un pilier à entrelacs provenant probablement d’un chancel (clôture de chœur). Selon un panonceau, il serait daté du
VIIIesiècle. Ce type d’entrelacs est dit « carolingien ». Nous les datons de l’an 850 avec un écart de 100 ans.

L’origine de la cathédrale Notre-Dame de Nazareth est probablement très ancienne, mais il nous est difficile de le prouver tant elle a dû subir de modifications. C’est le cas de son portait d’entrée (image 4) dont seuls subsistent les piédroits (image 5). Il manque même les colonnettes, au moins au nombre de 3 par piédroit, placées aux encoignures. Mais, même ces restes de piédroits ne sont pas d‘une haute ancienneté : ils sont romans, du XIeou XIIesiècle.

Quant aux arcades de la nef (image 6), rien ne prouve qu’elles aient primitivement appartenu à une nef à trois vaisseaux.

Datation proposée : an 1050 avec une écart de 100 ans. Si toutefois des éléments nouveaux n’incitaient pas à une réévaluation.





L’église Saint-Eusèbe de Saignon

Cette église est à nef unique et transept débordant sur lequel sont greffées trois absides. C’est du moins ce qui apparaît sur le plan de l'image 9. Cependant il nous faut noter quelques bizarreries.

Il y a tout d’abord l’arc situé sur le mur Est du transept au-dessus de l’absidiole Sud (image 7). Cet arc est a priori inutile... sauf s’il a servi a soutenir auparavant le vaisseau d’un collatéral Sud.

Il y a aussi le fait que les trois absides sont accolées alors que, en général, la construction d’un transept permet de séparer les absides (images 7 et 9). On constate aussi que chacune des absides est dotée d’une fenêtre étroite. Et ce, même si la fenêtre de l’abside centrale (image 8) est encadrée de colonnes et de chapiteaux donnant l’illusion d’une plus grande ouverture. L’adjonction de cet encadrement a pu être fait après la construction initiale du chevet.

Concernant la nef actuelle (image 10), nous ne sommes pas certains qu’elle était primitivement à trois vaisseaux. Cependant, elle a pu remplacer une nef à trois vaisseaux. En tout cas, le chapiteau de l'image 12 présentant des décors géométriques nous apparaît antérieur à l’an 1000.

Datation envisagé pour l’édifice (ou, à tout le moins, le chevet) : an 950 avec un écart de 100 ans.





Église paroissiale de Saint-Pantaléon

Cette chapelle ne présente a priori aucun intérêt (image 13). Cependant, même avec cette image, on pressent une ancienneté (fenêtres étroites, différences d’appareils de construction). Cette ancienneté est confirmée lorsqu’on examine le chevet (image 14). En effet, au pied de ce chevet, se trouvent des tombes rupestres (images 14 et 15). Sur les images 16, 17 et 18, on remarque que ces tombes sont creusées dans le roc. Elles sont caractérisées par leur forme trapézoïdale, avec logette céphalique. De telles tombes sont en général datées du VIIeou du VIIIesiècle.

On remarque enfin que ces tombes longent l’abside de l’église. Tout invite à penser que ces tombes ont été creusées après la construction de l’église.

En conséquence, notre estimation de datation de l’église Saint-Pantaléon est l’an 700 avec un écart de 150 ans.





Église Saint-Barthélémy de Vaugines

Extérieurement, cette église possède une nef à trois vaisseaux (image 19). Si c’est le cas, l’arc que l’on voit sur l'image 21 est un des arcs séparant le vaisseau central d’un collatéral. Le pilier serait de type R1112. Les arcs sont doubles. Ils sont portés par des impostes. En conséquence de nos observations, nous pensons que cette nef est antérieure à l’an 1000. Elle aurait été profondément modifiée durant les siècles suivants, les collatéraux étant transformés en chapelles. Il faudrait cependant effectuer une visite pour vérifier cette hypothèse.

Cependant, il nous semble que ce n’est pas là le plus important. Sur l'image 20, on peut voir que l’arc triomphal est nettement outrepassé. Le fait est relativement rare. On sait que l’arc outrepassé est d’origine wisigothique (ou ostrogothique). La présence wisigothique n’est pas attestée en Provence. Par contre, on sait qu’il y a eu une présence d’ostrogoths. Par ailleurs, on sait aussi qu’il y a eu une présence arabe en Provence.

Notre évaluation de datation : an 900 avec un écart de 150 ans.





Église Notre-Dame et baptistère de Venasque

L’église-baptistère Notre-Dame de Venasque a un plan en forme de croix (image 23). Chacune des branches de la croix est terminée par une abside semi-circulaire. Certaines de ces absides sont à plan outrepassé.

On constate par ailleurs que le plan est irrégulier. De même les images 24, 25 et 27 montrent qu’il y a eu des modifications au cours du temps.

Malgré ces modifications, on peut penser que, à l’origine, le plan était aussi en forme de croix. Mais plus régulier. Toujours est-il que ce plan est rare. On le trouve à l’église Sainte-Croix de Montmajour. Mais Sainte-Croix de Montmajour est une église sépulcrale et non, comme ici, un baptistère.

Datation envisagée pour la construction de l'édifice primitif : l'an 850 avec un écart de 150 ans.